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Digitized by the Internet Archive in 2013
http://archive.org/details/dictionnairedarcv1 p1 cabr
DICTIONNAIRE
D'ARCHÉOLOGIE CHRÉTIENNE
ET
DE LITURGIE
TOME PREMIER
PREMIÈRE PARTIE
A AMENDE
C
DICTIONNAIRE
D'ARCHÉOLOGIE CHRETIENNE
ET
DE LITURGIE
PUBLIl': PAR
du Rme dom Fernand CABROL
ABBÉ DE SAINT-MICHEl, DE FARNBOROUQH (ANGLETERRE)
et du R. P. dom Henri LECLERCQ
AVEC LE CONCOURS D'UN CRAND NOMBRE DE COLLABORATEURS
TOME PREMIER
PREMIÈRE PARTIE
A - AMENDE
^1
V
PARIS, VI
LIBRAIRIE LETOUZEY ET ANE 87, Boulevard Raspail, 87
1924
TOUS DROITS RÉSERVÉS
PRÉFACE
On peut dire quo depuis le xvic siècle les sciences historiques se renouvellent tous les cinquante ans. Tandis que les savants, les critiques et les érudils sont à l'œuvre, des documents inconnus sont mis en lumière, d'autres sont rejetés comme apocryphes ou interpolés, quelques-uns interprétés d'une façon nouvelle. Des dissertations de détail éclairent des coins obscurs de l'histoire, des travaux d'ensemble révèlent des lois historiques non encore soupçonnées ou donnent aux événements leur véritable portée.
Ce renouvellement continu rend nécessaires des répertoires du genre de celui auquel ces lignes vont servir de préface.
Sans donner à ces réflexions préliminaires toute l'étendue qu'elles comporteraient, nous devons cependant nous expliquer sur le but que nous poursuivons et les moyens que nous mettons en œuvre.
Qu'il soit utile, même nécessaire d'avoir aujourd'hui un nouveau Dictionnaire d'archéologie chrétienne et de liturgie, il suftit pour en convenir de jeter un coup d'œil sur les travaux composés dans la deuxième moitié du xixe siècle, en archéologie et en liturgie.
Le premier Dictionnaire d'archéologie chrétienne, parmi ceux qui comptent, est celui ■de l'abbé Martigny, sous le titre de : Dictionnaire des antiquités chrétiennes, en 1864. La deuxième édition, qui date de 1877, a été considérablement améliorée1.
Ce qui étonne en parcourant ce travail, c'est qu'un simple prêtre de province, réduit à ses seules forces, ait pu arriver à construire une œuvre qui suppose tant de recherches, patiemment poursuivies, avec un esprit éclairé, curieux, ingénieux et
i. Martigny avait d'abord été choisi pour rédiger dans le Dictionnaire des antiquités grecques et romaines de Daremberg et Saglio la partie chrétienne. Mais la collaboration parut si importante que l'on irouva préférable de la publier à part, de là l'origine du Dictionnaire des antiquités chrétiennes.
a
n PRÉFACE
La meilleure preuve de son mérite, en dehors des appréciations bienveillantes qui en oui été portées par les gens compétents, peut être tirée de ce fait qu'en Angleterre et en Allemagne, les érudits ont voulu tout de suite doter leur pays d'un ouvrage analogue, et qu'ils ont pris pour base de leur travail le Dictionnaire de Martigny qu'ils se sont contentés de développer et de mettre au courant.
La première en date de ces imitations parut, en Angleterre sous ce titre : Dictionary of Christian Antiquities , en 2 vol. gros in-8°, London, 1875, sous la direction de William Smith et de Samuel Cheetam.
On était étonné ajuste titre que, dans l'ouvrage français, le même auteur eût écrit tous les articles. Cela supposait un esprit d'une nature encyclopédique, une grande sou- plesse d'intelligence, en même temps qu'une extraordinaire facilité d'assimilation et une érudition aussi variée qu'étendue.
Mais pour cette raison même on était un peu mis en garde contre cette compétence presque universelle, n'y ayant guère d'apparence que le même homme pût traiter avec une égale sûreté de main tant de questions diverses. Les directeurs anglais se sont entourés au contraire d'un grand nombre de collaborateurs, la plupart sortis de ces excellentes écoles de Cambridge et d'Oxford, et dont quelques-uns étaient des maîtres comme Fremantle, Haddan, Lighlfoot, Stubbs, Swainson, 'Wcslcott, Wordsworth, etc. Les articles distribués aux hommes compétents, d'après un plan judicieux, sont géné- ralement très bien faits, quelques-uns sont des travaux d'une rare valeur, qui aujour- d'hui encore seront consultés avec fruit; dans la plupart apparaissent les qualités de l'esprit scientifique anglais, le sens pratique, l'allure méthodique, la précision et le soin du détail, la sagesse des appréciations. Mais il faut avouer que si le grand nombre des collaborateurs a un avantage, il a un grave inconvénient auquel les éditeurs anglais n'ont pas su se soustraire; il y a parfois entre les collaborateurs des contradictions, et sur des points graves, dont quelques-unes ont déjà été relevées.
Le Dictionnaire allemand, venu en 1882, et qui pouvait profiler de l'ouvrage anglais, est dû en grande partie à un homme qui a laissé une trace profonde dans l'étude des antiquités chrétiennes, et à qui il n'a manqué, pour être tout à fait de premier ordre, qu'un peu plus de patience et de suite dans les travaux, Xavier Kraus. C'est à lui que revient la part principale dans la Real-Encyklopâdie der christlichen Alterthùmer, 2 vol. in-8°, Freiburg im Breisgau, 1882-1886, qui réalise, comme esprit critique el comme science, un nouveau progrès. L'unité de vues dans les différents articles, qui faisait défaut au Dictionnaire anglais, est ici remarquable, grâce à une révision sévère de l'éditeur '.
Même en supposant que ces Dictionnaires aient tenu compte de tous les travaux, de tous les progrès accomplis jusqu'à l'année 1882, époque où parut le dernier d'entre eux, ce qui du reste n'est pas le cas, comme nous le montrerons tout à l'heure, depuis cette date que de recherches, que de résultats nouveaux dans le champ de l'archéologie chrétienne ! Des travailleurs pleins d'ardeur, appliquant les méthodes les plus ingé-
1. Nous ne parlerons pas du Wel/.eru. Welte's Kiirhenlr.viron oder Encyklopûdie der katholischen Theo- lo<jic. a. Huer Hùlfswissenschaften, 2e édit. sous la direction de Hergenrôthei cl Kaulen, \2 vol., Freiburg un Breisgau, Berder, 1882-1901, ni de la Realencyklopâdie f&r protestantische Théologie n. Kirche d'il. 3* édit., sous la direction de A. Ilauck, commencée en 1890, parvenue actuellement 1906 au 17* volume,.
on voit par leur titre même que ces ouvrages répondent à une conception différente.
PRÉFACE m
nieuses et les plus sûres des sciences philologiques, ont fait progresser ces études. Nous ne donnerons pas une bibliographie complète de ces travaux1, mais nous citerons les plus intéressants pour montrer combien il devenait urgent d'en consigner les résultats dans un travail d'ensemble.
L'année môme où paraissait le 2e volume de la Real-Encyklopâdie de Kraus, Lo Blant publiait ses Eludes sur les sarcophages chrétiens de la Gaule, in-4°. Paris, 1886, que suivront bientôt le Nouveau recueil des inscriptions de la Gaule, in-i°, Paris, 1892, les 750 inscriptions de pierres gravées inédites ou peu connues, in-4°, Paris, 1896.
Kraus lui-même éditait peu de temps après ses Inscriptions chrétiennes de la région du Rhin [Die christlichen Inschriflen der Iiheinlande, 2 vol. in-i°, Freiburg im Breis- gau, 1890), puis son Histoire de l'art chrétien [Geschichtc der christlichen Kunst, in-S0, Freiburg im Breisgau, 1893, t. u).
Rohauit de Fleury, en 18 grands volumes, nous donnait la documentation monu- mentale de la messe : La messe. Etudes archéologiques sur ses monuments, 8 in-i°, Paris, 1882-1888 ; Les saints de la messe et leurs monuments, 10 vol. in-4°, Paris, 1883- 1890.
De Rossi ajoutait à son œuvre quelques pages importantes : La Bibbia offerta da Ceolfrido abbate al sepolcro di S. Pietro, in-fol., Rorna, 1888; La capsella argentea africana, in-fol., Roma, 1889
Des disciples fidèles complétaient ses travaux et les continuaient, tandis que quel- ques adversaires en contestaient certains points2.
D'autre part, l'art byzantin inspirait des œuvres de grand mérite :
Ch. Bayet, L'art byzantin, in-8°, Paris, 1882.
Kondakov, Histoire de l'art byzantin considéré principalement dans les miniatures 2 vol. in-4°, Paris, 1886-1891.
Pokrovskij, Peintures murales dans les anciennes églises grecques et russes, in-8% Moscou, 1890.
Kondakov, Description des monuments de l'antiquité dans quelques églises et monas-
1. On la trouvera sous forme chronologique dans le Manuel d'archcol. cltrét., que dom Leclercq va faire paraître et dontil a bien voulu mettre à notre disposition les bonnes feuilles.
2. Schultze, Die Katakomben, die altchristlichen Grabstàlten , ihre Geschichte u. ihre Monumente, in-S", Leipzig-, 1882; Die theologische Ertrag der Katakomben forschung, in-8°, Leipzig, 1882; Die altchristlichen Bildwerke u. die wissenschaft licite Forschung, in-8°, Leipzig, 1889; Archàologie der altchristl. Kunst, in-8°, Miinchen, 1895. Lefort, Etudes sur les monuments primitifs de la peinture chrétienne en Italie, in-12, Paris, 1885 ; Grousset, Etude sur l'histoire des sarcophages chrétiens, in-S, Paris, 1885 ; Armelliui, Lechiesedi Roma dalle loro origine sino al secolo xvi, in-8°, Roma, 1887, 1891 (2e édit.) ; Lezioni di archeologia cristiana, in-8% Homa, 1898; Wilpert, Principienfragen der christl. Archàologie, in-8°, Freiburg-im-Breisgau, 1889-1890; Ein Cyklus christologiscîicr gemàlde aus der Katacomben der heiligen Petrus u. Marcellinus, in-8°, Freiburg im Breisgau, 1891 ; Die Katakombengemâlde u. iltre alten Copien, in-4°, Freiburg im Breisgau, 1891 ; Die gotgeweihten Jungfraucn in den ersten Jahrhuriderte der Kirche, in-i°, Freiburg im Breisgau, 1892 ; Fraclio panis, die atteste Darstellung des eucharistischen Opfers, in-4°, Freiburg im Breisgau, 1895; trad. française, Paris, 1896 ; Die Mtdereien in der Sahramentskapelle in der Katak. d. heiligen Callistus, in-8% Freiburg im Breisgau. 1897; Die Malereien der Katakomben Rom, 2 vol. in-fol., Freiburg im Breisgau, 1903 : Msr Arthur Barnes, St. -Peter in Rome and his tomb on the Vatican Hill, in-8°, London, 1900 ; Maruc- chi, l'un des plus féconds disciples du Maître, Il cimetero e la basilica di sun Valentino, in-8°, Borna, 1890; Guida del Museo cristiano lateranense, in-12, Homa, 1898; Eléments d'archéologie chrétienne, 3 vol. in-8°, Rome, 1900-1903.
IV PRÉFACE
tères de Géorgie (en russe), Pétersbourg, 1890. Le même, Les émaux byzantins, collec- tion de M. A. W. Zweriigorodskol, in-4°, Francfort, 1892.
Strzygowski, Die byzantinische Wasserbehàlter vonKonstantinopel , in-8°, Wien, 1893.
Lethaby et Swainson, The Church of sancta Sophia, in-8°, London et New-York, 1894.
Uvarow, Monuments chrétiens, matériaux pour V archéologie du Caucase, in-4°, Saint- Pétersbourg (en russe), 1894.
Bock, Die byzantinische Zeilenschmelze der Sammlung Dr. A. W., in-4°, Aacbcn, 189G.
Rddin, Die Mosaïken der ravennatischen Kirche, in-8°, Petersburg, 1896.
Stassoff, Gesch. des Huches : Byzantinische Zellenernails, A. V. Zwcnigorodskoï, in-4°, Petersburg, 1898.
Van Millingen, Byzantine Constantinople. The Walls of the city and adjoining his- torical sites, in-8°, London, 1899.
Ainalov, Fondements hellénistiques de fart byzantin, Pétersbourg, 1900.
Diebl, Justinien et la civilisation byzantine au ve siècle, in-4°, Paris, 1901.
Diez et Quitt, Urspruny und Sieg der altbyzantinischen Kunst, in-4°, Wien, 1903.
G. Millet, La collection chrétienne et byzantine des Hautes-Etudes, in-8°, Paris, 1903.
De Reylié, L'habitation byzantine, in-4°, Paris, 1903.
Errard et Gayel, L'art byzantin d'après les monuments de l'Italie, de fis trie et de la Dalmatie, l. i, Venise, la basilique de Saint-Marc; t. n, Parenzo, in-fol., Paris, 1903.
E. Millet, L'art byzantin, dans A. Michel, Histoire générale de l'art, t. i, Paris, 1905.
Les procèdes architectoniques des édifices chrétiens et l'histoire des basiliques étaient étudiés avec plus de méthode et de suite dans une série de travaux importants.
Dehio et IJezold, Kirchliche Dau kunst des Abcndlandes, in-8°, Stuttgart, 1884-1899, avec un atlas in-fol.
Adamy, Architektonik der altchristl. Zeit, in-8", Hannovcr, 1884.
Lange (K.), Bans und Halle. Studien zur Geschichte des antiken Wohnhauscs it. der Basilika, in-8°, Leipzig, 1885.
Jakson, The Architecture of Dalmatia, Londres, 1887.
Cattaneo, L'architettura in Italia dal sec. n al mille circa, in-80, Venczia, 1889.
De Lasteyrie, La basilique de Saint-Martin de Tours, in-4°, Paris, 1892.
Dehio, Die christliche Baulcunst des Abcndlandes, in-8", Stuttgart. 1892.
Crostarosa, Le basilichc crisliane, in-8", Roma, 1892.
Clausse, Basiliques et mosaïques chrétiennes, Italie-Sicile, 2 vol. in-8°, Paris. 1895.
Giovenale, La basilica di S. Maria in Cosmedin, in-8°, Roma, 1895.
Diepolder, Der Tempelbau der vorchristtichen u. christlichen Zeit oder die bitdenden Iîïoisleim Dicnste der Religion bei den Ileiden, luden, Muhammendannern, u. Christian, in-8°, Leipzig, 1900.
Rivcira, Le origini délia architettura Lombarda, in-4", Roma, 1901.
Lella, Contribute alla storia de If arte médiévale ne Uà bassa Italia. L'antica basilica cristiana di Sessa Aurunca cd i suoi monumenti, in-8°, Cftuino, 1901.
Cram, Church Building, a study of the principles of architecture in their relations to the Church, in-8", Roston, 1901.
Macs, Basilica pap;v Julii l juxta Forum, in-8", Roma, 1901
PRÉFACE V
Agapito y Revilla, La basilica visigoda de San Juan Bautista en Bahos de Cerrato, in-8°, Valladolid, 1902.
Witfing, F)ie An/ange christlicher Architektur. Gedanken liber Wesen u. Enstehunn der christlichen Basilika, in-8°, Strasburg, 1902.
Du même, Westfranziïsischen Knppelkirchen, in-S°, Strasburg, 190£.
Bortaux, L'art dans l'Italie méridionale, in-8°, Paris, 1904
Les catacombes, que l'on croyait un sujet épuise après De Rossi, ont livré soit à Rome, soit dans d'autres villes, de nouveaux secrets, et les ouvrages où ces fouilles sont consignées méritent d'être dépouillés.
Germano, Memorie archeologiche e critiche sopra gli atti e il cimitero di S. Gentizio di Ferento precedute da brevi notizie sul territorio dell' antica via Ferentana, in-8°, Roma, 1886.
Von Wilmousky, Das Cômeterium S. Eucharii. Ein Beitrag zur àltesten christl. Geschichte Triers, in-i°, Trier, 1886.
Marucchi, El Cimitero e la basilica di San Valentino, in-8°, Roma, 1890.
A De Waal, Diepostclgruft ad catacumbas an der via Appia, eine hist. arch. Unter- snchnng auf Grand der neuesten Ausgrabungen, in-8°, Roma, 18*94.
Germano, La casa Cœlimontana dei SS. martiri Giovanni e 'Paolo, in-8°, Roma, 1891.
Strazzula, Dei recenti scavi eseguiti nei cimiteri délia Sicilia, in-8°, Palermo, 189(5.
Jozzi, Snpplemento alla Borna sotterranea cristiana dei G.-B. De Bossi, in-8°, Roma, 1897 (2péd. 1898).
Fubrcr, Forschungen zur Sicilia sotterranea, in-4°, Miinchen, 1897.
Tumiati, La chiesa dei SS, Abbondio ed Abboudanzio in Bignano Flaminio, presso Roma, dans Carte, 1898.
De Rock, Matériaux pour servir à l'archéologie de l'Egypte chrétienne, Saint-Péters- bourg, 1901.
Fûhrer, Ein altcliristliches Ilgpogœum im Bereiche der Vigna Cassia, in-8°, Miin- chen, 1902.
Lanciani, Storia degli scavi di Borna e notizie interno le collezioni Bomani di anti- data, Roma, 1902.
Kaufmann, Ein altcliristliches Pompeij in der libyschen Wïiste, in-8°, Mainz, 1902.
Jerovsek, Die rômischen Katakomben, in-8°, Marburg.
Enfin, et avant tout autre, il faudrait citer le nouveau bulletin d'archéologie (Nuovo bulleltino di archeol. crist.; ufftciale per i reseconli délia commissione di archeol. sacra sugli scavi e sulle scoperle nelle catacombe romane, 1895 sq.), qui enregistre les décou- vertes, et donne de bonnes dissertations sur divers points d'arcbéologie chrétienne, et la Rùmischc Quartalschrift fur christl. Alterthumskunde u.f. Kirchengeschichte, commencée en 1887 à Rome.
Il faut rappeler aussi que nos colonies du nord de l'Afrique ont été explorées avec une patience et une sagacité qui ont obtenu les plus beaux résultats et ouvert de nouveaux horizons sur l'histoire de l'archéologie et de l'art chrétien. Nous ne ferons
vi PRÉFACE
que citer les noms de Gsell1, et ceux d'Audollent et du P. Delattre2, qui ont ressuscité en quelque sorte l'Afrique chrétienne.
Enfin dans cette enquête sommaire sur les ouvrages qui ont apporté une contribu- tion nouvelle à l'archéologie chrétienne, on ne saurait oublier les travaux de Muntz3, dont l'activité s'est portée à plusieurs reprises sur l'archéologie chrétienne, et surtout ceux de M. Strzygowski qui, par ses recherches, a modifié si profondément nos concep- tions4 et a retrouvé les origines de l'art chrétien, non pas à Rome ou en Italie, mais en Egypte et surtout en Asie-Mineure.
On ne peut disconvenir que ces travaux constituent un vaste et riche ensemble, et qu'il n'est pas inutile d'en enregistrer les conclusions. Cette seule raison suffirait, selon nous, à justifier la création d'un nouveau Dictionnaire d'archéologie.
Mais de plus, on se tromperait si l'on supposait que nos prédécesseurs ont usé de toutes les richesses qu'avaient accumulées les travaux de leurs devanciers; que de riches épis à glaner derrière eux! La génération savante du xixe siècle, poussée par un esprit de nouveauté, qui est un peu celui de toutes les époques, par un sentiment de dédain pour les anciens, et par une certaine suffisance que lui donnaient des conquêtes d'une incontestable valeur dans le domaine des sciences philologiques et historiques, s'est montrée en général trop oublieuse du passé, et cette disposition, il faut le dire, ne semble pas devoir disparaître parmi nos jeunes générations studieuses. Quand on est à portée de l'une ou l'autre des trois ou quatre grandes bibliothèques d'Europe, comme le British Muséum, où s'entassent depuis des siècles les richesses du xvic, du xvne et du xviue siècle, on est étonné de trouver parmi les travaux de ces savants d'ordinaire si probes, si consciencieux, si appliqués, des œuvres fortes et judicieuses, des dissertations très bien menées, qui ont été peu exploitées jusqu'ici et où l'on rencontre sinon résolus, au moins soulevés avec une grande perspicacité, un grand nombre de problèmes que nous étudions on histoire, en archéologie, en liturgie et que nous croyons nouveaux '.
1. Recherches archéologiques en Algérie, in-8°, Pans, 1893. Les monuments antiques de VAIgërie, 2 vol. in-8°, Paris, 1901. « Ouvrage, dit justement dom Leclercq, Manuel d'archéologie, t. i, p. 27, qui lait revivre l'Afrique monumentale du passé. »
2. Audollent, Carlhage romaine, 446 avant Jésus-Christ, 698 après Jésus-Christ; il y faut joindre Car- ton. Découvertes archëol. et èpigraphiques faites en Tunisie, in-8°, Paris, 189o; (iauckler, L'archéologie de la Tunisie, in-8°, Paris, 1896; de la Blanchère, Tombes en mosaïque de Thabarca, in-8°, Paris, 1897; et plusieurs mémoires et travaux de détails parus dans les revues africaines.
Pour le P. Delattre qui a publié un grand nombre de dissertations et de travaux, on trouvera une bibliographie complète de ses œuvres sous ce titre : Musée Lavigerie, Publications des Pèrts blancs, à la fin de l'opuscule : Un pèlerinage aux ruines de Carthage et au Musée Lavigerie, par le R. P. Delattre, Lyon, 1902.
3. E. Muntz, Études sur l'histoire de la peinture et de l'iconographie chrétienne, in-8°, Paris, 1886; Les sources de l'archéologie chrétienne, dans les Mélanges d'archéol. et d'hist., 1884; La mosaïque chrétienne des premiers siècles, in-8°, Paris, 1893; Une industrie ancienne à ressusciter (la mosaïque), in-8°, Paris, 1898.
4. On peut voir les résultats de ces recherches heureusement consignés dans dom Leclercq, Manuel d'archéol. chrét., t. i, p. 27 sq. Les principaux ouvrages de Strzygowski sonl, outre celui cilé plus haut, Strzygowski, Die Kalenderbilder des chronographs von Jahre 354, in-8°, Berlin, 1888; Die Etschmiadzin Evangeliar, in-4°, Wien, 1891 ; Orient oder Rom, in-8", Leipzig, 1901 ; Klein Asicn, 1903.
o. Parmi tant de personnes qui se sont intéressées à notre œuvre, il n'est que juste de remercier ici les administrateurs de la Bibliothèque tlu British Muséum, auprès desquels nous avons toujours trouvé un accueil aussi sympathique qu'intelligent.
PREFACE vu
II
Pour la liturgie il faut affirmer avec plus de force encore ce que nous disions à propos des études archéologique. Dans la seconde moitié du xixc siècle, après une période de stagnation à peu près complète, de 1800 à 1850, ces études ont été renouvelées. J'ai ailleurs dressé le bilan assez complet des travaux accomplis dans celte période1. Je ne citerai ici que ceux qui ont marqué un progrès vraiment sérieux.
Nous donnerons la première place à la publication des documents nouveaux. Il faut avouer que depuis le xvne on avait peu fait dans ce sens; nous vivions un peu trop sur ce que nos prédécesseurs nous ont légué. Notre base d'opération paraissait donc étroite. Or la seconde partie du xix° siècle et les premières années de celui-ci. ont été marquées en liturgie par quelques découvertes retentissantes.
En premier lieu il faut citer la Aioayrj tcov 'A-octo'Xcov - qui est probablement de la fin du Ier siècle, et qui, avec quelques règlements sur la liturgie primitive, nous donne des fragments de prières du plus grand intérêt.
Les canons dits de saint Hippolyte contiennent aussi des prescriptions très anciennes sur l'ordination, sur le baptême, et quelques autres points de liturgie 3.
Les diverses constitutions anciennes, sous quelque nom qu'on les désigne, éta- blissent aussi des règles liturgiques qui ne sont pas sans intérêt pour nos études4.
L'Anaphore de Sérapion ou prières de la messe, dues à cet évoque de Thmuis au ivc siècle, sans doute la plus ancienne formule connue du canon 5, le Testamentum D. N. Jesu Christi, étroitement apparenté aux constitutions apostoliques et qui, comme elles, contient une liturgie du ivc ou du vc siècle6.
Bickell a donné, d'après un papyrus du commencement du ive siècle, deux courtes antiennes qui sont parmi les plus anciens monuments de la liturgie écrite, l'une en
1. Introduction aux études liturgiques, in-12, Paris, 1900.
2. Édilée la première fois par Philothe'e Bryennios, Constantinople, 1883, plusieurs fois ensuite. Cf. Funk, Opéra PalrumapostoL, Tubhngœ, 1887, 1. 1, p. cxl.
3. La date et l'origine de ces canons a donné lieu à d'érudites discussions qui ne sont pas près de finir, voir surtout Arhelis, Die canones Hippohjti, dans Texte u. Untersuchungen, Leipzig, 1891 ; Funk, Die Apostolischen Konstitutionen, Rotlenburg, 1 891 , et A. d'Alès, La théologie de saint Hippolyte, Paris, 1900, p. 169 sq.
4. Cf. outre l'ouvrage de Funk déjà nommé : E. Hauler, Didascalia apostat, fragmenta Veronensla Latina, Leipzig, 1900; G. Horner, The statutes of the apostles or Canones ecclesiastlci, London, 1904; Unbekaunte Fragmente altchristl. Gemeindeordnungen, dans Sitzungsb. de l'Ac. royale de Rerlin, 1900; el un résumé de tous ces travaux dans Funk, Didascalia et Constitutiones Apostolorum, 2 vol. in-8°, Paderborn, 1900.
ii. Publié par G. Wobbermin, dans Texte u. Untersuchungen, 1899, puis à nouveau par Brightman, dans Journal of thcolog. Studies, 1889, p, 88.
0. La première édition avec traduction latine donnée par M«r Ign. Hliamani, Mayence, 1899 ; cf. aussi Funk, Das Testament unseres Herm u. die verwandten Schriften, dans Forschungen z. christi. Litcratur u. Dogmengesch., Mainz, 1901.
vin PRÉFACE
l'honneur de la Nativité, l'autre de saint Jean-Baptiste1; de nouveaux Ordines romani ont été publiés par M. De Rossi et par M*T Duchesne2.
La Peregrinatio ad loca sancta contient une liturgie de Jérusalem nu ivc siècle, qui ouvre des perspectives nouvelles sur ces questions3.
Les liturgies gallicanes se sont enrichies de fragments qui nous permettent d'en mieux apprécier les caractères. En premier lieu il faut placer les messes de Mone, Latei- nische i(. grir.se/nc/ic Messen ans dem zweiten bis sechsten Jahrk., Frankfurt, 1850, dans Migne, P. L., t. cxxxvm, col. 8G3, qui sont d'une importance caj itale dans l'histoire do l'eucologie latine. Puis quelques autres fragments de moindre importance :
Un fragment dans Mai, Script, vet. >wva collectw, Rome, 1828. t. m, 2e partie, p. 2i~r dans Iîammond, Liturgies eastern and western, p. lxxxi, et dans Migne. P. L.t t. cxxxvm, col. 803.
Dans Bunsen, Analecta antenicœna, t. m, Ueiiquix liturgies:, Lond., 1854, et dans Iîammond, Liturgies eastern and western, p. 53.
Le fragment publié par Peyron, M. T. Ciceronis oration. fragment., Stuttg., 182'k p. 226, reproduit dans Iîammond, The ancient liturgy of Anlioch, p. 51.
Les fragments de Priscillicn publiés par Schepss : Priscilliani quse supersunt (dans Corpus scriplor. ecclesiast. lalinor. de Vienne), Vienne, 18S9, contiennent une Dene- diclio super fidèles, sous forme de préface qui n'a pas encore, que je sache, été signa- lée (p 103-106).
La liturgie celtique qui se rattache à la liturgie romaine d'une part, et aux liturgies gallicanes de l'autre, a été découverte dans ces dernières années. La plupart des frag- ments ont été publiés par F. E. Warren, The liturgy and ritual of the celtic Church, in-8°, Oxford, 1881.
De tous ces fragments le plus célèbre est le missel de Slowe qui a été aussi publié (pour les messes seulement) par le Dr Mac Carthy, dans Transactions of the Royal [risfi Aeademy, vol.xxvu (n°G, Dublin, 188G), p. 192-232. C'est la meilleure édition. Quelques autres fragments celtiques ont été découverts par Meyer et Bannister, cf. Journal of thcological sludies, 1003, p. 49 sq. et G10.
The Prayer Boo/c of Mdelwald the bishop, commonly eu lied the Booh of Cerne, edited by A. B. Kuypers, in-i", Cambridge, 1902.
La liturgie ambrosienne dont presque aucun monument ancien n'avait été publié, peut être étudiée maintenant sur quelques-uns de ses principaux documents.
M. Magislretti, Monumenta veteris Ecclesie ambrosianœ . Manuale Ambrosianum. 2 vol. gr. in-8", Mcdiolani, 1905.
Du môme, Pontificale in usum Ecclesix Mcdiolanrnsi* neenon ordines Ambrosiani, 1 vol. in-8°, 1897.
1. Mitlheil. ans der Sammlung der Papyrus Erzh. Renier, 1S87, cf. Ilarnack, Gesch. der altchr. Lllteratur, t. i, p. 407.
2. De Iîossi, Inscriptiones christianx urbis Romx, l. n, p. 31, 33; Dueliesne, Origines du culte chrétien. appendice, Ordines du manuscrit de Saint-Amand (éd. angl., l'JOi, p. b'.i'ô sq.).
3. Publié par F. Gamurrini, dans Bibliothcca dell' Accademia storico-giuridica, Roma, 1887, t. iv. Cf. Sie duti documenti di storia e diritto, 1888, et notre élude sur la Peregrinatio Silvix. Les eylises de Jéru- salem, la discipline et la liturgie au jva siècle, in-8°, Paris, 1895.
PRÉFACE ix
Dcroldus sive EcclesisR ambrosianœ Kalendarium et ordincs sxc. xu, Milano (édité d'abord par Muràtori), in-4°, 1894, par Magistretti.
On doit aux Bénédictins do Solesmes la publication de plusieurs autres monuments de cette liturgie, un sacramentaire, des capitulaires. un antipbonaire, etc.'.
Quant à la liturgie mozarabe, trop peu connue aussi jusqu'ici, les publications de dom Germain Morin, et de dom Férotin nous permettent de l'étudier dans ses grandes lignes.
Dom Germain Morin, Liber comicus sive lectionarius misses quo Toletana Ecclesia ante annos mille et ducentos utebatur, in-8°, Maredsoli, 1893.
Dom Férotin, Liber ordinnm, dans le t. vde nos Monumenta Ecclesiœ liturgiea*. Plus récemment encore on nous a donné un psautier et un bymnairc de cette église3
A une liturgie de l'Italie du centre, probablement Bavenne, appartiennent une série d'oraisons publiées par Ceriani*, et qui se rapprochent de la liturgie romaine.
On a retrouvé aussi quelques fragments de liturgie assez étroitement apparentés au léonien5.
Enfin il faut signaler la publication de collections d'inédits liturgiques qui, pour n'avoir pas la même valeur que les précédents, forment une base plus solide pour l'étude des liturgies locales.
Au premier rang nous placerons les publications de la Bradshaw Society, qui a réé- dité des textes comme Y Antiphonaire de Bangor6, édité pour la première fois le Missel de Robert de Jumièges'1 et quelques autres documents de la liturgie d'Angleterre9.
La Stirtees Society a publié aussi quelques textes liturgiques, entre autres le Ponti- fical d'Egbert9, un psautier et des hymnes de l'Église anglo-saxonne10, le Missel et le Pontifical de l'Église d'York, etc.".
1. Auctarium Solesmense, Codex sacrnmentorum Bergomensis, etc. fascic. i (seul paru), in-S°, Solesmis, 1900. Les tomes v et vi de la Paléographie musicale contiennent l'antiphonaire ambrosien, avec une savante introduction sur ces ouvrages; sur la bibliographie du rit ambrosien en général, cf. P. Lejay, Ambrosien (Rit), col. 1439 sq.
2. Un vol. in-fol., Paris, 1904.
3. Clemens Blume, Hymnodia Gothica, Die Mozarabischen Ilymnen, etc., in-8°, Leipzig-, 1897; The Sfoza- rabic Psalter, éd. by J. P. Gilson, dans la Bradshaw Society, Londres, 1903.
4. Il rololo opistografo del principe Antonio Pio di Savoia, in-fol., Milan, 1883; rée'dité dans VArckivio storico lombardo, 1884, p. 1 sq. J'ai même essayé de démontrer que les oraisons pourraient être de saint Pierre Chrysologue. Cf. Revue bénédictine, oct. 1906, p. 1-12.
5. Msr Mercati, Antiche reliquie liturgiche, Rome, 1902, p. 65 sq.
6. Magnifique reproduction du manuscrit de l'Ambrosienne, 2 vol. in-4°, London, 1893.
7. Édité par Wilson, London, 1896.
8. Voir notre article Bradshaw Society, dans le Dictionnaire d'arch. et de lit., et notre Introduction aux études liturgiques.
9. Vol. xxvu. The Pontifical of Egbert, arch. ofYork, a. 732-766, éd. by W. Greenwell, 1853.
10. Vol. xvi-xix. Anglo saxon and early English Psalter, etc., éd. by Stevenson, 2 vol. 1843-1847. Vol. xxiii. The Latin hymns of the anglo saxon church, éd. by Stevenson, 1851.
11. Vol. lix. Missalead us. insignis Ecclesiœ Eborac., éd. by W. G. Henderson, 2 vol. 1874. Vol. lxi. Liber pontificalis C. Bainbridge arch. Ebor., éd. by W. G. Henderson, 1875.
Vol. lxiii. Manuale et Processionale ad us. insignis Ecclesiœ Eborac, éd. by W. G. Henderson, 1875. Vol. lxxi, lxxv, lxxviii. Breviarium ad us. insignis Ecclesiœ Eborac, éd. by Lawlez, 1880-1883, 3 voi Vol. x. Rituale Ecclesiœ Dunelmensis, éd. by Stevenson, 1841.
x PRÉFACE
Sur la môme ligne nous signalerons les publications liturgiques de l'abbé Ulysse Chevalier dans sa Bibliothèque liturgique, notamment le Missel de l'Église de Vienne, le Sacramenlaire de Saint-Remg de Reims, etc. l.
Citons encore dans la même catégorie :
The Léo fric Missal as used in the Cathedral of Exeter during the Episcopate of its ftrst bishop, A. D. 1050-1072, edited by W. E. Warren. in-i°, Oxford, 1883.
The Missal of St. Augustine's Abbey Canterbury, edited by M. Rule, 1 vol. gr. in-8°, Cambridge, 1896.
Paléographie musicale. — Les principaux manuscrits de chant grégorien, ambrosien, mozarabe, gallican, publiés en fac-similés phototypiques par les Bénédictins de Solesmes (en cours de publication), 8 vol. in-4°, Solesmes, 1889-1900.
Paléographie musicale des Bénédictins de Solesmes. Deuxième série [Monumentale). 1. Antiphonale du B. Harther, in-4°, Solesmes, 1900.
Mentionnons quelques autres publications qui intéressent plus spécialement l'étude des liturgies locales, mais qui sont à encourager :
A. Collette, Histoire du Bréviaire de Rouen, in-8°, Rouen, 1902.
M. Pellecbet, Notes sur les livres liturgiques des diocèses d'Autan, Chalon et Mâcon, etc., in-8°, Autun-Paris, 1883.
V. Dubarat, Le Bréviaire de Lescar de 1541 , réédité avec une introd. et des notes, etc., in-i°, Pau-Paris, 1891.
L.Marcel, Les livres liturgiques du diocèse de Langres, etc., in-8°, Paris, 1892 2.
Parmi les documents liturgiques édités, quelques-uns l'ont été aux siècles derniers d'une façon très insuffisante3. Il était donc urgent de les rééditer avec plus de soin et suivant les méthodes imposées par la philologie moderne. Nous citerons parmi ces rééditions :
II. A. Wilson, The Gelasian sacramentary, in-8°, Oxford, 1894. Ch. Lett Feltœ, Sacramentarium Leonianum, edited wilh Introduction, notes and three Photographs, in-8°, Cambridge, University Press, 1896.
C. E. Hammond, Liturgies Eastern and Western. in-12°, Oxford, 1878.
Vol. xiii. Liber vitx Ecclesix Dunclmensis; nec non obiluaria duo ejusdem ecclesix, éd. by Stevenson.
1841. Vol. xv. A description... of ail the ancient monuments, rites and customes within the monastical church of Durham before the sujipression, etc., edit. by Raine, 18i'2. Sur l'ensemble de ces publications, sur le but de la Surlees Society, voir The Publications of the Surtccs Society, vol. cv, éd. by F. W. Dendy Durham, 1001, in-8°.
\. Bibliothèque liturgique, commencée en 1893, Paris, Picard, arrivée aujourd'hui à son dixième ■volume. Voir le détail de celte publication dans notre Introduction aux études liturgiques.
2. Pour le détail des publications liturgiques en général, voir le Mémoire de M. L'. Chevalier dans l'Université cathol. du 15 sept. 1897 et dans le Compte rendu du IVe Congrès scientifique international des catholieptes i89~-1898, in-8°, Fribourg, 1898; pour les publications de liturgie locale, voir un autre mémoire du même, Renaissance des études liturgiques, dans les Mélanges de littérature et d'histoire reli- gieuses (Mélanges Cabrières), Paris, 1889, tome ni, p. 2G1-303, et pour l'ensemble notiv Introduction aux études liturgiques.
3. Voyez sur ces rééditions, dans nos Origines liturgiques, l'appendice A, Documents liturgiques, et l'appendice B, sur la méthode en liturgie.
PRÉFACE xi
F. E. Brightman, Liturgies Eastern and Western being the texts original or transla- tedof the principal liturgies of the Church. Vol. i, Eastern Liturgies, in-8°, Oxford, 1890.
Pour les liturgies orientales : Rituale Armenorum being the administration of the sacraments and the breviary rites of the Armenian Church together with the Greek rites of Baptism and Epiphany, by F. C. Conybeare, and the East Syrian Epiphany rites, translatcd by A. J. Maclean, in-8°, Oxford, Clarendon Press, 1905.
Quelques utiles collections de documents prendront place à côté de celles de Renaudot :
H. A. Daniel, Codex liturgicus Ecclesiee romano-catholicœ in epitomen redactus, 4 vol. in-8°, Lipsiae, 1847-1853.
H. Denzinger, Ritus Orientalium coptornm, syrorum et armenorum in administrandis sacrameutis, 2 vol. in-8°, Wirceburgi, 1863-1864.
Il faut voir aussi les documents ou articles publiés dans Y Oriens Christianns, Rumische Halbjahrhefte fur die Kunde des christl. Orients... unter der Schriftleitung von Ant. Baumstark, in-8°, Rom, 1901, et qui complète la collection de Renaudot :
ire année, 1901. Baumstark, Eine âgyptische Mess u. Taufliturgie vermutlich des vi. Jahr., 1901, p. 1 sq.; Le même 1901. Dos maronitische Synaxar zum 29. Juni verof- fentlicht, von Ant. Baumstark, p. 314 sq.; Die neslorianischen Schriften « de causis festorum », von Ant. Baumstark, ibid., p. 320 sq.
2e année, 1902. Eine syrische « Liturgia S. Athanasii », p. 90 sq. ; Ugolini, Due fram- menti di un antichissimo salterio Nestoriano, ibid., p. 179 sq.
3e année, ly03. Schermann, Die grieschischen Kyprianosgebelc, p. 303 sq. (laisser, Les Bermoi de Pâques dans f office grec, p. 416 sq.
4e année, 1904. Baumstark. « Liturgia S. Gregorii Magni », eine griechische Ueber- setzung der rômischen Messe, p. 1 sq. ; Baumstark, Eine syrisch-melchitische Allerheili- genlitanei, ibid., p. 98 sq. ; Altlibanesische Liturgie ^Baumstark), p. 190 sq.
Des travaux comme ceux de Léopold Delisle, d'Ebner, d'Ehrensberger, sont de nature, mieux que tous autres, à faire avancer la science liturgique1.
Parmi les travaux et les dissertations publiées pendant ce demi-siècle, nous ne rap- pellerons que les principaux, ceux de Probst, dont l'ensemble forme une histoire de la liturgie jusqu'au vie siècle2; celui de M»r Duchesne, qui a ouvert des voies nou- velles aux investigations des liturgistes1, quelques ingénieuses dissertations de dont
1. Delisle, Mémoires sur d'anciens sacramenlaires, dans les Extraits des Mémoires de l'Acad. des ins- cript, et belles-lettres, i vol. in-4°, Pari-s, 1886, t. xxxn. — H. Ehrensberger, Libri liturgici bibliothecx apostoliese vaticanse, gr. in-8°, Freilmrg-i.-B., 1897. — A. Ebner, Quellen und Forscfiungcn zur Gesddchlc und Kunstgeschichte des Missale Eomanum im Miltelalter, 1 vol. in-8°, Freiburg-i.-B., 18%.
2. F. Probst, Exequien, in-8°, Tiibingen, 1856; Brevier und Breviergebet,2c éd., in-8°, Tiibingen, 1808; Liturgie der drei ersten christliclien Jahrhundcrtc, in-8°, TLibingen, 1870; Sakramente und Salcramentalien in den drei ersten chrisUichen Jahrhundcrten, in-8°, Tiibingen, 1872; Lchre und Gebet in den drei ersten christlichen Jaluhundirten, in-8°, Tiibingen, 1871; Kirchliche Disciplin in den drei ersten cluisllichen Jahrhundcrten, in-8°, Tiibingen, 1873; Die abendldndische Messe vom jiïnften bis zum achten Jahrltundert, in-8°, Mùnster-i.-W., 1896; Liturgie des vierUn Jahrh. u. deren Iieform, in-8°, Mùnster-i.-W., 1893; Die altesten rômischen Sacramentarien u. Ordines, in-8°, Munster, 1892.
3. Les origines du culte chrétien, première édition 1889, 26 1898; éd. anglaises 1903 et 1904 (diverses additions).
xir PREFACE
Germain Morin, qui jettent un jour sur des coins ignorés de cette histoire'; l'ouvrage de Nilles, qui permet de comparer la liturgie occidentale aux liturgies orientales2, celui de Bâumer3, et tant d'autres études qui ont enrichi nos connaissances dans le domaine lilurgique*.
Ce n'c.il pas le lieu ici d'apprécier ces divers écrits. Mais quelle que soit leur valeur respective, il est incontestable que dans l'ensemble ils ont changé la conception des études liturgiques, ils ont soulevé des problèmes nouveaux et sur quelques points ap- porté des solutions dont il faut tenir compte.
Mais il y a plus que cela. La science liturgique est en train de se créer :i. Il existe d'admirables travaux auxquels il serait puéril de ne pas rendre pleine justice, il y a quelques bons répertoires, des œuvres de détail dont quelques-unes sont fort remar- quables.
Cependant il faut bien le dire, cette science n'est pas encore organisée. Il ne semble pas que les principes soient établis solidement, la méthode fait souvent défaut, les lois de l'évolution des rites ont été d'ordinaire méconnues, même les instruments de tra- vail sont insuffisants. Il y a donc beaucoup à faire.
On nous permettra de rappeler ici ce que nous disions quand nous tracions le pro- gramme de ce Dictionnaire :
« A Dieu ne plaise que nous méconnaissions les admirables travaux des litur- gistes anciens, mais les spécialistes [sont d'accord pour dire que, comme science, la liturgie est encore à ses débuts. A ce titre, elle est en droit de réclamer certaines recherches préliminaires dont on trouvera le résultat, nous l'espérons, dans cet ouvrage.
« En premier lieu, il faut dresser le bilan de ce que l'on sait, de science certaine, en liturgie, établir bien nettement où l'on en est, sur chaque point, afin d'épargner aux commençants et même parfois à des maîtres, de fausses démarches et des éludes inu- tiles. Ceci demande d'ordinaire une initiation de plusieurs années. La forme du diction-
1. Publiées dans la Revue bénédictine; nous en avons donné le détail dans noire Introduction aux éludes liturgiques déjà citée, où l'on trouvera une bibliographie plus complète des œuvres liturgiques.
2. Nicolas Nilles, Kalendarium mannale utriusque Ecclesix orientatis et occidentalis, 2 vol. in-8°, Œniponte, 4896-1897.
3. Damner, Geschichte des Dreviers, Freib.-i.-B., 1892; traduction française par dom Giron, 2 vol in-S°, Paris, Letouzey et Ané, 190a.
4. Citons seulement J. M. Neale, A history of the hohj eastern Church — General introduction, 2 vol. in-S», London, 1850. — A history of the holy eastern Church — The patriarchate of AUwandria, 2 vol. in-8°, London, 1847. — A history of the holy eastern Church — The patriarchate of Anti«ch posthumouj fragment)..., edited by G. Williams, in-8°, London, 1873. — S. -G. Pimont, Les hnmirstlu bréviaire romani, 2 vol. in-8°, Paris, 1874-1884. —John Wordsworth, The ministry of Grâce, 2' édit., 1903. — V, Thalhofer, llandbuch der kalholischen LUurgik, 2 vol. in-8°, Kreiburg-i.-B., 1890-1893, t. u; 1894, t. i lrt partie rééditée par A. Ebner). — V. E. Warren, The liturgy and rilunl ofAntc-Mrene Church, 1 vol. in-8°, London, 1897. F. Magani, L'antica liturgia Romana, 3 vol. in-8°, Miluno, 1899. — J. Corblet, Recherches histo- riques sur les rites, cérémonies et coutumes de l'administration du baptême, in-8°, Paiis, 1840.
Nous ne citons pas dom Guéranger, dont les Institutions liturgiques ont eu une séiieuse inlluence, parce que celte œuvre est antérieure à la période que nous étudions.
Sur les hymnes, un grand nombre de publications, au premier rang John Julian, A dictionary ofhym- nology, Londres, 1892, in-8°, et pour la littérature du sujet l'article de lîaumer, llymnen, dans Kirchen- Icxicon.
5. C'est ce que j'ai essayé de montrer dans Les origines liturgiques [conférences à l'Institut catholique de Paris), 1 vol. in-S°, Paris, 1905.
PREFACE xin
naire se prête admirablement à cette partie cki travail, et la lecture de quelques articles suffira pour mettre au courant ceux qui désirent se renseigner.
« Le dictionnaire permettra aussi, à notre avis, de procéder à un classement chrono- logique et géographique des rites, des formules, des textes, des documents. La con- fusion qui existe sur ce point dans nos connaissances et les erreurs qui ont été commises, viennent le plus souvent de ce que l'on n'a pas assez soigneusement discerné les temps et les lieux. Quand tous les faits auront été classés, on pourra philosopher plus aisé- ment et plus sûrement.
« Enfin si ce dictionnaire répondait à nos espérances, nous aurions l'ambition sur plus d'un point de faire avancer la science. La méthode comparée qui, dans les sciences naturelles et en philologie, a conduit à de si merveilleux résultats, peut, en liturgie, découvrir des points de vue nouveaux. La classification des rites et des formules per- mettra de reconnaître des parentés, de dresser des généalogies liturgiques. Enfin nous savons que quelques-uns de nos collaborateurs nous apporteront des idées neuves et fécondes, fruit de recherches originales et personnelles.
(c II faudra quand l'occasion se présentera montrer les analogies entre la liturgie catholique et celle des juifs, à laquelle il est incontestable que les chrétiens ont fait de très larges emprunts ; du reste une partie de ces questions ont déjà trouvé place dans le Dictionnaire de la Bible ; dans ce cas, nous y l'enverrons purement et simplement. Certains rites païens eux-mêmes ne sauraient être négligés.
« Il faudra traiter aussi de la liturgie chez les hérétiques, et ceci est un terrain jus- qu'ici peu exploré et qui donnera lieu à des inductions très fécondes pour l'histoire de la liturgie catholique.
« Les rites proprement dits comprennent l'histoire des sacrements, baptême, confir- mation, pénitence, extrême-onction, ordre, mariage cl surtout l'eucharistie et la messe qui sont vraiment le centre de la liturgie, et les autres riLes, consécration des vierges, bénédictions, etc.
« Les formules sont intimement liées aux rites ; il faut comprendre sous ce chef les acclamations liturgiques, les oraisons, les exorcismes, les préfaces, la psalmodie, les antiennes, les répons, les hymnes, etc.
« Ces formules sont contenues dans les livres liturgiques qui auront une large place dans ce dictionnaire, les sacramentaires, les lectionnaircs, les évangéliaircs, les mis- sels, les pontificaux, les bréviaires, les rituels, etc. Il y a beaucoup à dire sur ce point et à ajouter à tous les ouvrages connus. Autant qu'il sera possible, nous ferons même entrer dans notre travail des dépouillements de catalogues de manuscrits et des des- criptions de manuscrits qui seront pour les travailleurs de la plus grande utilité. Nous y ajouterons une autre partie nouvelle, des notices sur les documents ou sources litur- giques, comme la Didaché, la Peregrinatio ad loca sancla, les ouvrages de Cassien, en indiquant bien exactement ce qu'on y trouve au point de vue liturgique.
« Les gestes liturgiques, génuflexions, prostrations, signes de croix, ont jusqu'ici été peu étudiés et méritent cependant d'attirer l'attention des liturgistes.
« Sous ce titre, choses et éléments, nous comprenons le sel, l'eau, l'huile, l'encens, le feu, les cendres, les rameaux qui jouent aussi un grand rôle dans la liturgie ; les édi- fices, catacombes, chapelles, basiliques, églises, autels, baptistères, lieux de pèlerinage, vases sacrés, mobilier des églises.
siv PRÉFACE
« C'est d'après ces différents éléments que l'on arrive à constituer les caractères des principales familles liturgiques, les liturgies orientales, la liturgie grecque, les litur- gies latines (romaine, ambrosienne, gallicane, mozarabe). Sur ce point aussi, si nous ne nous trompons, le Dictionnaire fournira des éléments nouveaux et décisifs aux con- troverses si importantes que soulèvent ces questions.
« Une autre catégorie liturgique comprend les personnes, la hiérarchie (pape, évoques, prêtres, diacres, et autres ministres), les moines qui ont toujours eu une liturgie spé- ciale, question fort peu étudiée encore et qui fournira une importante contribution à la liturgie; les fidèles, les catéchumènes, les vierges et les veuves, les voyageurs et les pèlerins, les pénitents, les énergumènes, les malades. La liturgie des morts est si étendue qu'à elle seule, elle peut prétendre à former une branche à part.
« Le culte du Père, du Fils et du Saint-Esprit, celui de Marie, des martyrs et des saints est à proprement parler l'objet de la liturgie.
« Le temps forme un autre chapitre qui comprend les heures canoniques, la semaine et l'année liturgiques, et les fêtes. Celles-ci surtout méritent d'être étudiées de plus près qu'on ne l'a fait jusqu'ici.
« Enfin, pour ne laisser de côté aucun élément d'information, nous avons l'intention de consacrer des notices biographiques aux principaux liturgistes, non pour donner le détail de leur histoire que l'on retrouvera dans tous les dictionnaires biographiques, mais pour exposer aussi clairement que possible ce que leur doit la science liturgique et en quoi ils l'ont fait progresser. Nous laisserons donc de côté tous les écrivains de deuxième ou de troisième ordre, dont le nom ne ferait qu'encombrer les colonnes de ce dictionnaire sans apporter aucun renseignement utile aux travailleurs1. »
III
Je sais les objections que l'on peut faire, et que l'on n'a pas manqué de faire, contre la forme du dictionnaire. Au xvue et au xviu0 siècle, on fit campagne contre les dic- tionnaires, avec une vivacité et en des ternies qui aujourd'hui nous étonnent. Baylc défend Moréri, auteur d'un Dictionnaire fameux, que lui-même attaquait du reste quelques pages plus loin. « Je ne saurais souffrir, dit-il, l'injuste caprice de ceux qui se plaignent des fréquentes éditions de Moréri, et qui regardent les libraires qui les procurent comme des empoisonneurs publics2. »
On appelait encore le dictionnaire « l'égout des recueils, une rapsodie des copistes » et les auteurs étaient traités eux-mêmes de compilateurs sans initiative, ni invention, de « portefaix des grands hommes », de « crocheteurs » \
Mais le public tenait bon contre les critiques, et il a en somme donné raison aux faiseurs de dictionnaires. Ce serait écrire une page curieuse et intéressante de l'érudi- tion et de la littérature française, que de faire l'histoire de ces publications, et l'on
1. On le voit, nous n'étudions ici que la liturgie historique ou scientifique. F. es questions de liturgie pratique ou de rubrique ne sont Das de notre ressort.
i. Dictionnaire historique et critique, Rotterdam, lf>97, p. 10. 3. Bayle, loc. cit., p. 11.
PRÉFACE xv
peut s'étonner que le sujet n'ait encore tenté personne. L'auteur anonyme de la préface du Dictionnaire de Furetiôre, pouvait écrire : « Le public est assez convaincu qu'il n'y a point de livres qui rendent de plus grands services, ni plus promptement, ni à plus de gens que les dictionnaires. »
Il paraît évident, au premier aspect, qu'un imposant ouvrage qui présenterait une belle synthèse, qui se développerait avec aisance, dans l'harmonieuse proportion de toutes ses parties, serait préférable.
Mais tout d'abord le Dictionnaire est à peu près la seule forme pratique quand on est obligé de recourir, comme dans l'espèce, à un grand nombre de collaborateurs.
De plus, l'avantage est que dans un dictionnaire chaque article forme un tout, et si le plan est bien exécuté et réalisé, il contient un sujet étudié avec soin, et dans toutes ses parties, muni, si l'on peut dire, de tous ses organes, définition, bibliographie, his- toire, etc.
En outre chaque pierre est à sa place, cette place n'est déterminée, je le veux bien, que par le hasard de l'alphabet, mais elle est connue. Rien n'empêchera plus tard do reconstituer, à l'aide d'une table méthodique, la synthèse qu'a dû se former l'auteur avant de commencer. son dictionnaire.
El la preuve que cette forme est vraiment la meilleure, c'est que plusieurs des grandes œuvres d'érudition du xvn° au xxe siècle, qui ont gardé jusqu'à ce jour leur valeur, sont des dictionnaires, comme ceux de du Gange, de Littré, de Viollet-le- Duc, de Bayle et cet autre admirable monument non encore acbevé, le Diction- naire des antiquités grecques et romaines de Dàremberg et Saglio. Mais si, comme le dit encore Bayle, rien n'est plus facile à faire qu'un dictionnaire historique où l'on se contente de répéter les précédents, il n'en va pas de même si l'on veut dire le dernier mot sur un sujet, être au courant de tous les travaux parus sur la matière, et même,, si possible, faire avancer la science sur un point particulier.
IV
Et c'est en somme ce que nous avons voulu faire dans cette œuvre. Nous avons cherché dans nos collaborateurs des spécialistes, disposés à mettre leurs connaissances à la portée dû public, des hommes si au courant de la question qu'ils traitent, qu'ils ne laissent rien passer d'important sur le sujet, si bien que ceux qui lisent un article peuvent croire légitimement qu'ils ont sous la main tous les éléments de la question, et sont dispensés par là même d'un long et pénible travail.
On peut même nous rendre cette justice, et on a bien voulu nous la rendre de divers côtés, c'est que souvent nos collaborateurs ne se sont pas contentés de remplir ces pre- mières et indispensables conditions de tout bon dictionnaire. Tel de ces articles est une savante monographie qui après avoir résumé tout ce qui est connu sur le sujet, donne des résultats nouveaux et présente de vraies découvertes. De telle sorte que le Diction- naire, qui ne prétendait qu'à être un répertoire utile, devient quelque chose comme le recueil des Archives des missions scientifiques, ou la collection des mémoires de telle société savante
xvi PREFACE
On verra aussi par le simple examen de la table du premier volume, combien d'ar- ticles y ont trouvé place qui ne sont même pas mentionnés dans les Dictionnaires anciens (v. g. Ad sanctos, Agaune, Amours, Antinoë, Apa, etc.).
Nous avons cherché à limiter avec précision notre travail. L'archéologie chrétienne, telle qu'elle est ordinairement comprise', embrasse l'élude des institutions anciennes, les mœurs et les coutumes des âges primitifs chrétiens, dans la vie sociale et dans la vie privée, l'architecture ancienne dans ses rapports avec la liturgie et l'art chrétien de la première époque; l'iconographie, les symboles et les figures, l'épigraphie, la paléo- graphie, la sigillographie, la numismatique dans leurs relations avec l'antiquité chré- tienne, l'art chrétien dans ses diverses représentations; enfin la liturgie, c'est-à-dire l'élude des rites et des formules, telle que nous l'avons définie plus haut.
De ce plan, on le voit, nous avons éliminé l'étude des dogmes, des hérésies, des opinions théologiques, qui appartiennent au Dictionnaire de théologie catholique'1; les questions purement littéraires et philologiques, l'étude de la littérature chrétienne, des ouvrages des Pères et des premiers écrivains chréliens, ont été aussi volontairement exclus de notre domaine, ainsi que les questions de législation et de droit canonique, qui seront réservées les unes et les autres pour un autre Dictionnaire. Enfin, l'étude des événements historiques dans leurs causes et leurs conséquences, et des personnages, constituent l'histoire de l'Eglise, et ne touchent à l'archéologie qu'indirectement.
La limite de l'antiquité chrétienne n'est pas rigoureusement tracée. Les uns l'arrêtent à saint Grégoire le Grand, d'autres antérieurement, quelques-uns la font descendre jusqu'à Gharlcmagne. C'est une question d'appréciation. Nous avons choisi de préférence celte dernière date, car à partir de ce moment les institutions primitives, que l'on pouvait considérer comme encore en formation, et qui dans tous les cas subissaient encore bien des changements, tendent à se fixer dans une forme à peu près définitive; c'est le commencement d'une période historique marquée par des traits bien distincts. Nous laissons donc de côté les institutions d'âge postérieur, comme les universités: nous n'avons que rarement dépassé celte fronti;,a ,, et seulement pour résumer en quelques mots l'histoire d'une institution qui n'eût pas été complète sans cette explication.
Cependant la question change d'aspect pour la liturgie. Celle-ci n'est pas renfermée, comme l'archéologie, dans une période de l'histoire ecclésiastique. Nous avons donc l'intention de l'embrasser tout entière, tout en donnant plus' d'étendue à la période ancienne qui est beaucoup plus importante.
Depuis que le Dictionnaire a commencé sa publication (1903), l'opinion a eu le temps de se prononcer. Nous ne résumerons pas ses jugements, cependant nous pouvons dire que d'ordinaire ils ont été favorables3.
■i. Voir cependant la définition qu'en donne Kraus au mot Archéologie dans sa Real-Encyklopàdir.
2. Ce Dictionnaire commencé par M. Vacant, et continué sous la direction de M. Mangenot, en est arrivé avec, son 20e fascicule au mot Confession.
3. Je citerai presque au hasard les appréciations du Guardian, du Journal of theological ftudirs, de la Dublin Rcvicw, du Mont h, de la Church quarterly Review, de la Theologische R^vue, de la Revue de l'Instruc- tion publique en Belgique, celles de plusieurs revues françaises, Revue des éludes historiques, Revue des questions historiques, Revue du clergé frunçais, etc.
PRÉFACE xvii
Mais le contraire serait arrivé que nous n'en eussions pas été élonnés. Un ouvrage comme celui-ci doit faire ses preuves; c'est le temps qui consacre les réputations on matière d'érudition ou de science. Tel ouvrage qui a eu à lutter à ses' débuts contre les attaques de la critique, pis que cela, contre l'indifférence du public, est arrivé à s'im- poser à l'attention des contemporains et même de la postérité.
L'accueil a donc été meilleur que nous n'étions en droit de l'espérer; non seule- ment les souscriptions sont venues en nombre, le nombre s'accroissant à cbaque fasci- cule, mais encore on a bien voulu nous dire que notre œuvre rappelait par sa solidité celle des anciens bénédictins.
Il était inévitable que des critiques se fissent entendre. Si les articles avaient clé abrégés, et les proportions du Dictionnaire réduites, on eût dit que nous étions super- ficiels, et que nous ne faisions guère que rééditer les encyclopédies déjà existantes. On ne pouvait vraiment nous faire ce reproche avec quelque apparence de vérité. Mais au contraire on nous a dit que notre Dictionnaire serait énorme, que nous n'en verrions pas la fin. Quand le P. Richard, dominicain du xvme siècle, lançait un dictionnaire, du reste un pou oublié, mais qui n'était pas sans mérite, le Dictionnaire universel dogma- tique, canonique, historique, géographique et chronologique des sciences ecclésiastiques, en six volumes in-folio1, ce fut un cri universel. « La première pensée qui s'ollVe à l'esprit, écrit-il lui-même, ou du moins celle qui le frappe le plus vivement, et qui y laisse des traces plus profondes, c'est l'impossibilité de la réussite. Le projet est beau, mais il est vaste, immense, impossible dans l'exécution. Voilà le cri public, général, uniforme, constant. » 11 ne se laissa pas décourager et il lit bien, et la suite montra qu'il avait eu raison contre la critique.
La critique et l'opinion publique ont souvent tort en ces matières. Outre que le temps compte peu dans des entreprises semblables, et qu'une fois l'œuvre terminée on ne s'enquiert pas du temps qu'elle a duré, mais seulement si elle est utile et solide, en calculant le temps consacré à la première lettre, en faisant la part des retards inévi- tables au début, de l'inexpérience des imprimeurs ou des éditeurs, on peut déterminer à peu près le nombre des années que demandera l'exécution, on verra que ce nombre n'atteint même pas le grande ?nor(alis œvi spatium. Nous n'avons donc môme pas besoin d'avoir recours à un autre argument, comme les éditeurs du Dictionnaire de Trévoux qui disaient bravement dans leur édition de 1771 (qui du reste était la sixièmo ou la septième) : « Il en est en général des grands dictionnaires comme de ces vastes édifices qui n'ont jamais été l'ouvrage d'une seule génération, mais d'une longue suite d'architectes. »
Notre Dictionnaire prétend être pour l'archéologie chrétienne et la liturgie un réper- toire complet. 11 ne dépassera pas les limites que réclame un pareil dessein. Je dirai même, encore que cela paraisse une gageure, que dans l'espèce il serait plutôt court. Du moment que l'on s'adressait à des bénédictins qui se font honneur de marcher sur les traces de leurs ancêtres, on devait bien s'attendre que ce Dictionnaire ne serait pas une simple encyclopédie, comme le dernier siècle en a tant vu, rééditant les notices que se transmettent ces sortes d'ouvrages depuis environ trois cents ans.
Or si l'on compare notre œuvre aux 32 volumes de X Histoire littéraire de la France,
i. Dont un volume de supplément, 1"60.
xviii PRÉFACE
aux 24 volumes in-folio des Historiens des Gaules, aux 9 volumes in-folio des Acta san- ctorum de Mabillon, sans parler des énormes ouvrages de Montfaucon, on verra que notre Dictionnaire est de proportions modestes.
On nous dit en Angleterre et en Allemagne que ni l'une ni l'autre de ces nations ne peut pour le moment et sur ce terrain nous opposer une œuvre comparable, ce compli- ment pourrait nous servir d'excuse auprès de ceux qui trouvent notre plan trop étendu, et assurément on ne pouvait le mériter qu'à la condition de recueillir tous les renseignements sur un sujet et d'épuiser la matière. Qu'on lise des articles comme Acémètes, Archimandrite, Ambrosien (Bit), Apocrisiaire, Apodeipnon, Ad sanctos, Alexan- drie, Amulettes, Anges, Aquariens, pour ne citer que ceux-là, et l'on verra que non seu- lement tout l'essentiel est dit, mais encore qu'il faudra recourir de toute nécessité à ces articles pour avoir le dernier mot sur la question.
VII
Je dirai peu de chose des principes qui nous ont guidé. On a bien voulu reconnaître que notre ouvrage était conçu dans un esprit strictement scientifique. Il ne peut y avoir conflit entre la vérité historique et les vérités de l'ordre surnaturel, les unes et les autres ayant la même source qui est Dieu et un domaine bien distinct. Dès lors, sur le terrain historique, c'est la vérité de cet ordre qu'il faut chercher avec tous les moyens à notre disposition et sans préoccupation ni préjugé.
Nous disions à nos débuts : « On s'efforcera de ne rien avancer qu'avec preuves à l'appui : on peut, on doit même, en ces questions, faire pour ainsi dire table rase des opinions reçues, qui la plupart se transmettent des dictionnaires aux manuels, depuis des générations, sans qu'on ait souvent songé à en examiner le bien fondé. On évitera des généralisations hâtives, des rapprochements forcés entre des monuments et des lextes, des rites ou des formules, qui ne se ressemblent qu'en &\ parence, tentation dangereuse en liturgie et en archéologie, et qui a souvent induit en erreur les meilleurs esprits. On ne marchera qu'appuyé sur des textes que l'on aura soigneusement revisés soi-même et étudiés dans leur contexte, lequel souvent prouvera que le texte avait été cité à tort ou détourné de son sens véritable. »
Après la publication des onze premiers fascicules, nous croyons pouvoir maintenir dans son ensemble cette assertion.
Au sujet de l'illustration du Dictionnaire nous aurons moins encore à dire : chacun peut en juger facilement. Nous n'avons pas craint de multiplier les représentations des monuments. Ils forment à eux seuls une leçon de choses que l'archéologue ne saurait négliger; mieux que cela, ils font partie essentielle de son éducation.
On se convaincra par un simple coup d'œil que bien loin de nous contenter des gravures de Martigny, de Smith ou de Kraus, nous avons puisé aux sources les plus variées, souvent les plus difficiles à atteindre. Notre sièclejustement soucieux de l'exac- titude, et armé de merveilleux instruments photographiques, a définitivement remplacé les dessins à la plume ou au crayon de nos prédécesseurs, où la fantaisie se donnait trop souvent carrière, par des reproductions d'une vérité mathématique. Sur ce point
PREFACE XIX
nos éditeurs n'ont rien ménagé pour mettre notre Dictionnaire au niveau des derniers perfectionnements de la gravure et de la. chromolithographie.
C'est donc avec une certaine confiance que nous allons continuer notre œuvre. Les encouragements précieux qui l'ont accueillie à ses débuts, ne lui manqueront pas, nous l'espérons, dans la suite. Ceux qui nous ont le plus touché, nous l'avouerons, ce sont moins les éloges pourtant bien précieux des hommes compétents, que les remercie- ments de modestes travailleurs qui ont bien voulu nous dire tous les services que leur rend le Dictionnaire. Après tout, on ne compose pas un ouvrage de celte sorte pour quelques douzaines de savants, qui sont déjà armés de toutes pièces ou croient l'être, et savent où trouver les sources de la science, mais pour ceux qui débutent, pour ceux qui cherchent, pour ceux qui, ne se croyant pas encore arrivés, ne dédaignent pas de trouver les éléments de leurs connaissances dans les plus humbles travaux.
Il est temps de conclure cette préface. Nous ne sommes qu'au début de notre oeuvre, nous ne savons s'il nous sera donné de la terminer. Mais celui, quel qu'il soit, qui sera chargé d'y mettre la dernière main, après un juste hommage rendu aux dévoués collaborateurs du Dictionnaire, aux éditeurs qui l'ont soutenue avec énergie, aux souscripteurs que n'ont pas découragés les lenteurs de la publication, pourra dire aux lecteurs que les promesses du début ne les ont pas trompés, et que, dans cette masse de faits et de citations, ils ont la synthèse de l'archéoiogie et de la liturgie chrétienne. A eux d'en tirer toutes les conséquences pour l'histoire de la vie chrétienne, et de l'art, pour l'apologétique et pour la théologie.
Fehnand CABHOL.
farnborough.
DICTIONNAIRE
D'ARCHÉOLOGIE CHRÉTIENNE
ET
DE LITURGIE
-«**Kx>ca«<=*
AQ.-I. Sens de ce symbole. II. Épigraphio. III. Objets mobiliers. IV. Particularités. V. Numismatique. VI. Sigil- lographie. VII. Monuments figurés. VIII. Glyptique. IX. Paléograpbie. X. A et Q dans la liturgie.
I. Sens de ce symbole : syà) xb aXcpa xatl tb <L, é Trpuvro:; xai 6 k'cryjrroç, r, àpyji xot\ tg téXoç1, « Je suis l'alpha et l'oméga, le premier et le dernier, le commencement et la fin.» — iytô s![j.c rô aXça xoù xb ù 2 ; — èvù) xb aXapa xai xb ù, v) àpyô xa't xb xéXoç 3. Le développement de la formule pourrait aider à se représenter la chronologie des diffé- rents chapitres de l'Apocalypse : I, èyw e!|j.i xb aXça xoù xb (L...; — XXII, èyà>... xb aXça xai xb a>... r; apyr, xa\ xb téào;; — xxil, èyù... xb aXœa xa'i xb (L, ô itpwxo; xa\ ô ËTyaxoç, T| àpx'1 *aV' Tô xÉXo;.
Les vers de Prudence montrent que l'interprétation est demeurée stationnaire : Apoc, I, 8. èyw e'tjj.i xb a/.yx -/.ai tô ù>, ô a>v xai ô r|V xai 6 èpyô(j.svo;. Corde natus ex parentis ante micndi exordium, Alpha et Q cognominatus, ipse fons et clausula, Omnium quse sunt, fuerunt, quœque post futura sunt *.
Il ne parait pas que le type ait souffert aucune incer- titude, car il n'y a pas d'exemple que l'échange e u> pour a (o, général dans les anciens dialectes et dans le grec, se soit produit. Ceci achève de déterminer le sens sacré de ces lettres.
II. Épigraphie. — i.da tes. — On a entendu le signe dont
il est parlé dans l'Apocalypse du chrismon )£, ainsi on pourrait faire remonter à l'époque apostolique l'usage
1 Apoc, xxil, -13. — s Tbid., i, 8. — 3 Ibid., xxi, 6. — * Cathe- merinon, hymn. ix, Hymnus omni hora, vers "10, P. L., t. lix, col. 863. Voy. Tertullien, De monogamia, c. v, P. L., t. il, col. 935. S. Jérôme, Contra Jovinianum, 1. I, P. L., t. xxui, col. 237; S. Paulin, Poema xxx, v. 89, P. L., t. lxi, col. 673; Bède, In Apocalypsim, i, 8, P. L., t. xcm, col. 135. — 5 Léon Renier, Explication des inscriptions chrétietines conte- nues dans le t. v du recueil de L. Perret, intitulé Les cata- combes de Rome, in-fol., Paris, 1852, t. vi, p. 98. — • Voy. Boldetti, Osservaziom sopra i cimiteri de'santi martiri ed antichi cris- tiani di Roma, in-fol., Roma, 1720 : « Quanto aile lettere « et u, non v'ha dubhio che quei primi cristiani le presero dall' Apoca- lisse. » — " 0. Bayet, De titalis Atticx christianis antiquissimis, in-8°, Lutetiœ Parisiorum, 1878, p. 56, 58, n. 31, 45, 60. — 8E. Re- nan, Mission de Phénicie, in-fol., Paris, p. 350. — 9 Le Bas et Waddington, Voyage archéologique en Grèce et en Asie Mi- neure, gr. in-4\ Paris, n. 2663. — 10 Klôn Stéphanos, 'Ei^yo. Tr; vii<Tou Eûpou, Athènes, n. 60; C. Bayet, dans la Revue archéolo- gique, Paris, 1876, p. 289. — " J. T. Wood, Modem discoveries
DICT. D'ARCH. CIIRÉT.
do l'accoster des lettres Ad)5. Ceci n'est qu'une conjec- ture 6. En Attique, on rencontre A+ûO vers la fin du ive siècle ', et en Asie Mineure, sur une inscription de l'an 313 (si toutefois ce n'est pas de l'ère des Séleucides qu'il y est fait mention 8) et sur une autre inscription de la fin du IVe siècle 9. On trouve l'emploi avec le chrismon dans un titulus de Syros qui parait ancien10; autre exemple à Ephèse ".En Phrygie, les exemples sont rares et tardifs, le plus ancien est probablement sur un berna du IVe siècle, à Aidan,près Euménie : XP IC TOYACO I2 ; en Phénicie, épitaphe du vie siècle (ère d'Antioche, 577; ère de Sidon, 514) : A+ûO 13; en Pisidie, une inscription probablement antique u ; En Palestine, les exemplaires rencontrés sont généralement de basse époque. En Ara- bie et dans la péninsule sinaïtique à Wady-Mokatteb A+CO en tête d'une acclamation liturgique de type an- cien on lit 'I[ï)(70-j]; Xp[l<TTp, [] ÈXÉtlTOV (I xfbv Ô]oO'/[oV (?) 1S.
En Nubie, une épitaphe découverte à Colasucia et posté- rieure au ve siècle 16 porte en tête : + A + Cû +.
En Afrique, nous trouvons les lettres a u> entourées d'une couronne dans l'inscription dédicatoire de Césarée
de Mauritanie |C^^J n (258-304) et dans une épitaphe
plus récente, à Rusicade „j~)4»xl_ ' 8 > même exemple à Rome qu'en Mauritanie. Les autres exemples en Afrique
on the site of ancient Ephesus, in-16, London, 1890 ; Inscrip- tions front tonibs, n. 21. — '* W. Rarasay, Cities and bishopries of Phrygia being an essay ofthe local history of Phrygia from the earliest Urnes to the Turkish conquest, in-8", Oxford, 1895- 1897, t. i, n. 382. Voyez cependant dans la banlieue de Prym- nessos; J. B. Lightfoot, The apostolic Fathers, in-8*, London. 1885-1890, part. II, t. i, p. 485. — ,3E. Renan, Mission de Phé- nicie, p. 390. — 1* Ch. Lanckoronski, Les villes de la Pamphilie et de la Pisidie, in-fol., Paris, 1890, t. Il, p. 244, n. 235. — « Cor- pus inscriptwnum grxcarum, in-fol., Berolini, 1877, t. iv, n. 8947. — ,6 A.-J. Letronne, Analyse du Recueil d'inscriptions de M. le comte Vidua, in-8\ Paris, 1828, p. 14, propose la date 692; Kirchhoff, loc. cit., n. 9121, adopte l'année 492; E. Le Blant, préfère le v siècle. Étude sur les sarcophages chrétiens antiques de la ville d'Arles, in-4'., Paris, 1878, introd., p. xxm sq. — *' Léon Renier, Recueil des inscriptions romaines de l'Algérie, in-fol., Paris, 1855, n. 4025; De Rossi, But. di archeologia cris- tiana, 1864, p. 28 ; L. Perret. Catacombes de Rome, t. VI, p. 12. — <8 Corp. inscr. lat., in-fol., Berolini, t. vin, n. 8190
i.-l
3
A Q
sont moins anciens et ne s'éloignent plus des types re- çus, saul quelques variantes accidentelles : A+CO, Corp.
inscr. lat., t. vin, n. 56, 674, 1767, 2009. A-f-00, ibid., n. 453, 456, 670, 672, 839, 1105, 2017, 4671, 4762, 4799, 5669, 9590, 9591 ;Add., n. 926, 10516, 10540-10548, 10665, 10713;
Ephem.cpigr., t. vu, n. 1 167, 551, 591. 1041. A^CO, Corp. insc. lat., t. vin, n. 749, 1156, 1246, 1247, 2189, 2272, 5176, 8427, 8709. 8730, 8757, 9714, 9715, 9717, 10686 [10688], Add., n. 10933; Ephem.epigr., t.vn, n. 70,488. A 00, Corp. insc. lai., t. VIII, n. 8638, 8C39, 8649, 9716.
En Espagne, on ne peut rien trouver d'antique. Les types ordinaires reparaissent, échelonnés entre le Ve et le IXe siècle. A+00, Hùbner, Inscr. Hisp. christ., n. 21,
73, 74, 86, 91, 119. A-£oO, Hiibner, Inscr. Hisp. chris. n. 2, 3, 9, 14, 22, 28, 33, 44, 45, 66, 67, 68, 87, 98, 99,
125, 186. A)^C0, ibid., n.18, 23, 60, 61, 71, 72, 75, 78,84, 127, 151, 164, 180, 193, 197, 198, 203, 203 b. Ephem. epigr., t. vm, n. 259. A. 00, Hubner, ibid., n. 92, 95, 154. Dans les Gaules, a <o apparaissent sur les inscriptions datées de l'an 377 à l'an 547 '. A+00, Le Blant, Inscr.
chrét. de la Gaule, n. 551 a. A-J-00, ibid., n. 15, 46,
55, 92, 239, 244, 250, 270, 273,295, 346.355. A^OO, ibid., n.49,50, 73, 77, 86, 202, 230 a, 236, 246, 255, 275, 281, 291, 299, 300, 306, 323, 326, 329, 331, 336c, 337 a, 338, 369. 370, 399, 423, 460 /;. 466, 501, 509, 572, 575, 583 a. A 00, ibid., n.266, 283,351.
En Angleterre, les monuments sont tardifs et appar- tiennent plus à l'art du dessin qu'à l'épigraphie -. La première et la deuxième Germanie sont comprises dans les relevés des Gaules, donnés ci-dessus3.
Dans l'Italie du Nord, où Ravenne (Classis), Milan, Aquilée, Brescia, Vérone semblent les seuls sièges épis- copaux que l'on puisse faire remonter par des arguments sérieux au delà du IVe siècle, les exemples deviennent innombrables, mais ils sont tardifs, Ravenne et Milan qui paraissent avoir eu leur communauté chrétienne orga- nisée vers le commencement du IIIe siècle et même un peu plus tôt. Clusium (Cltiusi) dont les cimetières de Santa-Catarina et Santa-Mustiola contiennent des tombes du ni" siècle, n'offrent pas un seul exemple. A Vérone.
on trouve une pierre portant A)(f 00 et qui semble anté- rieure à la paix de l'Église4. En Thrace, on signale les lettres a 'w sur un titulus qui paraît ancien 5; en Pan- nonie, un marbre d'époque peut-être antérieure à la paix de l'Eglise6. Dans l'Italie méridionale et en Sicile. on retrouve les types reçus, principalement en Sicile ". à Capoue 8. A Rome, on trouve les lettres a <■> dans une épitaphe datée de l'an 295, mais dissimulées, dans les noms des consuls : ....VIRGO MOR[T]VA ES(l) TVS00 ETA || NVLLINO CON[s]S qu'il faut lire: ...virgo
' E. Le Blant, Manuel d'épigraphie chrétienne d'après les mar- bres île lu Caille, accompagné d'une bibliographie, in-12, Paris, 1869, p. 27, 29; Inscriptions chrétiennes de lu Gaule anté- Heures au vm' siècle, in-4", Paris, 1856-1865, n. 369, 167; Nouveau recueil tirs inscriptions chrétiennes de la Gaule anté- rieures au vin siècle, in-4*, Paris, 1892, préf., p. n. — «Cf. E, Hiibner, Inscriptiones Britannùe christianse, gr. in-4*, Berolini, 1871), et Pétrie. Christian inscriptions m the irish language, in-4", Dublin, 1872-1878. — 'Vive/, encore F. X. Kraus, Die
christliche Inschriften, in-4", Freiburg im Breisgau, 1800.
•Dom F. Cabrol et dom H. Leclercq, Monumenta Ecclesix litur- iina. gr. in-4', Paris 1902, i. i. n. 2848, — SA. Dumont, Inscript île 'l'heure, dans les Archives iirs missions scientifiques, in-8%
Palis, 1870, n. 72. — ''• Minium. Eccl. lit., t. I. n. 2775. — " Sa- tinas, dans VArchivio storico per le provinde napoletane, publi- roto a cura délia società di storia patria, in-8*, Napoli, 1876, anno i, p. 481; Pitra, Analecta sacra Spicilegio solcsmensi pa- rata, in-4% Typis tusculanis, 1884, t. n, p. 178; Torremuza,
Siciliie et uhjacentium insularuin vet. inscriptionutn COllecttO, in-fol., Panormi, 1609, p. xvn, 8, 45. — * Mommsen, Corp. inscr. lat., in-fol., Berolini, 1883, t. x, n. 4494, 4526. — » De Rossi, Inscrip-
mortua est Tus [co] et Anullino (consuhbu)s 9. Toutefois cette interprétation est contestable. Le symbole A00 se rencontre à Rome, sur les inscriptions datées de 355 (?) 360 à 509 10. A+00, De Rossi, Inscr. christ, urb. Romse,
t. i, n. 249, 941. A-|^00, ibid., n. 218", 22">, >70, 275,
276, 325, 411, 587, 661, 666, 847. A^00, ibid., n. 127, 143, 153, 178, 187, 191, 197, 213, 214, 223, 248, 281, 283, 304, 308, 326, 341, 345, 378, 445, 473, 510, 589, 594, 776. A00, ibid., n. 172. Parmi les inscriptions non datées les plus antiques : MODESTINA A00 (cimetière de
Priscille12. A-j-00, Monumenta Ecclesiœ liturgica, t. i.
n. 3109, 3122. A^00, Ibid., n. 3016, 3046, 3097. 3144, 3161, 3173, 3242, [3279 (?)].
Les statistiques ont démontré que Rome précéda tou- jours la province dans l'adoption des formules, des sym- boles lapidaires et les abandonna avant elle. Ce fait est évident, tant pour l'Occident que pour l'Orient13. Il suflira de borner l'histoire chronologique du symbole a (■> à l'épigraphie romaine (inscriptions datées). Le symbole a eu entre ses limites extrêmes une période de vogue, vers 365-385, et un retour de mode coïncidant probablement avec l'époque à laquelle on commença de suspendre par des chaînettes A et 00 aux croix station- nais l*. A partir de l'année 430, nous ne rencontrons plus a o) que cinq lois, et quatre fois on les représente au bout de chaînettes 15.
Pour les autres symboles voici leur répartition chro- nologique. (Le chiffre en coefficient indique le nombre de tituli d'une même date portant le symbole.') De l'année 340 à l'année 355 : en 340; — de 355 a 365 : en 355, 360, 362, 364; de 365 à 385 : en 365, 366, 367-. 3703, 371-', 375^, 377, 378-\ 379^, 3812, 3S33, 38-4; - de 385 à 405 : en 389, 393, 399, 402; - de 405 à 425 : en 408, 409; — de 425 à 509 : en 472. Parmi les pierres Funéraires portant plusieurs symboles, la plus antique (uie siècle probable- ment) provient de la catacombe de Callixte; il y a lieu de rapprocher l'inversion de lettres de l'inscription de l'année 295, citée plus haut16 :
|
LJ • A • |
U D |
|
r~ |
A 'cJ |
//. PARTICULARITÉS. — Les lettres a w ont été souvent et diversement altérées, aucun indice ne permet d'en donner une autre raison que l'inhabileté ou la négli- gence des lapicides. La lettre A garde partout et toujours l'essentiel de ses lignes, parfois la ligature est omise,
tioncs christianœ urbis Ronnv septimo sseculo antiquiores, in-fol., Romœ, 18M, t. i, p. 25, n. 20, — '"Le Blant, Manuel d'épigr. chrét., p. 29. — "De Rossi, loc. cit., p. lin, n. -jis.
— "Davin, La cappella greca, p. 323, et Wilpert, dans Zeit- schriftf.kath. 77ie<if.,rnnsbruck,1888,p.l60. — l:'i: Le niant. Ma- nuel d'épigr. chrét.. p. 29; navet. De tttutfa Attictt christianis antiquissiniis, c. V, in-8', Paris, 1878, p. 56: Fr. Cumont, Les inscriptions chrétiennes de l'Asie Min uri . dans les Wi langea de l'École française de Rome, in-s-, Rome, 1805. — "Bottâri, Sculture et pitture sagre estrate dei cimiteri di Roma, publi- eute già dagli autori délia Roma sotterranea ed'ora nuo- uamente date in luce colle spiegazioni, in-fol.. Renia. I7;t7, pi. xi.iv; Cf. lîesio. Roma sotterranea, in-fol., Roma, 1632, p. 131;
E. Le Blant. Inscriptions chrétiennes de la Gaule antérieures au vue siècle. 2 in-4% Paris, 1856-1865. t. il. p. 126, n. 157. — '■ De nussi. Inscr. christ, urhis Roma', t. I. années 430, 431, 455, 5un.
— "Boldetti, Osservazioni sopra i cimiterj, 1. M, e. m. p
Cf. A. Dûment (Homélie), Mélanges d'archéologie et d'histoire, in-8", Paris, 1892; Inscriptions de la Thrace, n. 743*; C, Ha\ot Detitul. Ait. christ., n. 78: C. Jullian. Inscriptions romaine» de Bordeaux, 2 in-4", Bordeaux, 1887-1890, n. 850
A Q
une seule fois on trouve M '. La lettre 00 est représentée quelquefois par Q en Afrique2, en Espagne 3. Peut-être faut-il considérer la représentation fréquente CO comme un acheminement vers cette forme4; mais elle fait dé- faut sur les monuments de l'antiquité proprement dite. Cet argument a suffi à Garrucci et Rossi pour rejeter comme fausse une gemme portant le dauphin entre A et Q s. Une pierre du vne ou vme siècle, en Angleterre, figure r<o sous cette forme : (D 6. A Rome, on rencontre LU 7, à Catane et à Rome C 8. Cette dernière figure se retrouve en France et en Espagne : A+O 9 ; elle n'est peut- être pas sans rapport avec le fait qu'à la même époque (ve, VIe, VIIe siècles), on ohserve en Orient, principalement en Syrie, la substitution de l'o à l'w ,0; en Germanie, à Cologne, on trouve W ", et à Aquilée (Grado) V 12. Quant à l'interversion des lettres, elle ne témoigne que de l'ignorance des lapicides pour lesquels a et a> n'étaient plus qu'un motit de décoration qu'ils accommodaient à la symétrie de leurs ouvrages, comme on le voit dans une inscription dédicace à sainte Justine de Padoue13 :
J7T
~TX
(dédicace.)
FT
7L
11 suffit de signaler quelques erreurs grossières et sans portée, telles que A+A en Viennoise14.
On rencontre le chrismon accosté de a a> sur l'un des côtésdu titulus trilingue juif de Tortose 15; dans une inscription d'Aquilée où les symboles juits se rencontrent avec les symboles chrétiens16; enfin sur un anneau d'ivoire trouvé à Arles, datant du IVe siècle et portant en outre le mot gnostique ABPACAZ, ce qui peut s'expli- quer assez facilement, Mithra (Abraxas) étant regardé dans plusieurs groupes gnostiques comme type du Christ, créateur et conservateur de l'univers 17. La lettre S que l'on rencontre plusieurs fois composée avec le chrismon et a H se rapporte au monogramme 18. Deux inscrip- tions de l'hypogée de Poitiers portent les mentions sui- vantes >9 : l)jj-h3 Alpha et 00 + initium et finis, qui
-E-
est la iormule de l'Apocalypse; 2)
A Ico
ALFA ET
1 E. Le Blant, Inscriptions chrétiennes de la Gaule, n. 49, 356. Cf. Corp. irtscr. lat., t. vin, n. 864t. — 2 A Hanschir Makter, en Byzacène; Io. Schmj,dt, dans l'Ephemeris epigraphica, in-8°, Romae, 1892. t. vu, n. 70; Le Blant^ Journal des savants, 1828, et Corp. inscr. lat., t. vm, n. 9716. — 3E. Hiibner, Inscriptiones Hispanix ehristianx, in-4°, Berolini, 1871, n. 91, 119, 151, 197. — * De Rossi, Inscr. christ, urb. Rom., t. 1, n. 213; E. Le Blant, Inscr. chrét., n. 337 a, 565. — 5 Macarius, Hugioglypta, sive picturx et sculpturx sacrse antiquiores, prxsertim qux Bomx reperiuntur, edidit R. Garrucci, in-8°, Lutetiaî Parisio- rum, 1856, p. 168, note. — BE. Hùbner, Inscr. Brit. christ., n. 189, 194, manque dans 202 et 205. — 7 De Rossi, Inscr. christ, urb. Rom., n. 473. — *Torremuza, loc. cit., p. xvm, 8, 45; De Rossi, loc. cit., n. 546. Peut-être cependant, qu'à Catane, n'est-ce qu'un sigma lunaire Ç, servant d'S au chrismon. Voy. Bull, di archeologia crist., 1870. pi. ni, n. 1 ; G. Kaibel. Inscrip- tiones grxcx Sicilix, et Italix additis grxcis Gallix, Hispa- nix, Britanniœ, Germanix inscr iptionibus, in-fol., Berofini, 1S90, n. 524, 546. — » E. Hiibner, Inscr. Hisp. christ., n. 106; E. Le Blant, Nouveau recueil des inscriptions chrétiennes an- térieures au vm' siècle, n. 294. — '"Corp. inscr. grxc, n. 8853. Cf. E. Renan, Mission de Phénicie, et inversement Le Bas et Waddington, Voyage archéol. en Grèce et en Asie Mineure; Inscript., t. III. n. 2160. — " E. Le Blant. Inscriptions chrétiennes de la Gaule, n. 356: à Ravenne on trouve le chrismon entre M-M. Voy. Corp. inscr. lat., t. xi, n. 332. — ,2 Corp.inscr. lat., t. v, n. 1663. — « Corp. inscr. lat., t. v, n. 3100; Bull, di archeologia crist., 1873, pi. vm, n. 1, 2. — ,4E. Le Blant, Inscriptions chrétiennes de la Gaule, n. 467, et Études sur les sarcophages chrétiens de la ville d'Arles, p. 23. Voy. aussi Ma-
L'état de dispersion des inscriptions grecques et la négligence avec laquelle la publication en a été trop souvent faite, ne permet pas le travail de classement auquel se prêtent les inscriptions latines.
En l'absence de monuments datés, on ne saurait ré- soudre définitivement le problème de la date de l'appa- rition des lettres A et CO. Menken 20 et Ramirez 21 d'une part défendent la postériorité de la sigle à l'hérésie d'Arius. Allegranza 22 est d'une opinion contraire, que le P. Gar- rucci 23 renforce de deux textes importants et dont il est difficile de contester les caractères antéconstantiniens.
1) A | 00
Q.PETICIVS HABENTIVS Q.PETICIVS NAVICIVS PATER DEP- III ID -SEP
2) Ai» CS Jl/00 VALERIA RODE VALERIAE RODE NI- MATRI. CAR
BEN
MERENTI FC.
I
Plusieurs poètes ont fait rentrer a et w dans leurs compositions. Nous les citons afin de ne rien omettre de ce qui peut renseigner les archéologues24.
Sur la forme Ci. — En Italie, à Verceil, on trouve cette forme sur une inscription de l'année 471 portant le chrismon accosté de a a> 2S, sur une autre inscription, à San-Pietro di Acqui Biorci, de l'an 488, en Gaule, sur une brique découverte à Nantes portant le chrismon accosté 26 et sur une monnaie de Dagobert Ier (G25-638) portant la croix accostée de Q, A 21.
///. composition. — L'emploi de différents motifs or- nementaux avec a w donne lieu, dans chaque pays, à des séries, dont les résultats ne paraissent plus pouvoir être sérieusement modifiés.
On se demande s'il faut introduire dans cette série deux
compositions ainsi libellées 1) : Ji>)^§3;2) /^rç . 1
sir- >Xê3;2)/^.L;
mière décore la panse d'un vase gravé sur une épitaphe de Lyon, de l'année 510 28, la seconde, que M. Le Blant lit
j-nj , provient d'une épitaphe grecque de Trêves 29. On
peut compter parmi les monuments épigraphiques les trois tables de bronze du Touron (Seconde Aquitaine 30). Chacune d'elles porte en tête, gravé au pointillé, le chris-
machi, Origines et antiquitates christianx, éd. Matranga, in-4% Romœ, 1844, t. ni, pi. 1, n. 1. — 's E. Renan et E. Le Blant, Inscription trilingue de Tortose, dans la Revue archéo- logique, nouv. sér., 1860, p. 345 sq. — ,6 Corp. inscr. lat., t. v, n. 1645. — " C. W. King's, Antiq. gems., in-8°, London, p. 358. — ,8E. Hiibner, Inscr. Hisp. christ., n. 151 ; E. Le Blant, Inscriptions chrétiennes de la Gaule, n. 92-96, pi. Lxvn; Torre- muza, loc. cit., p. 257, n. 8. — ,9E. Le Blant, Nouveau recueil des inscriptions chrétiennes de la Gaule, 1892, n. 248, 249. — *° Menken, Opusc, t. 1, Diatriba de monogrammate Christi, c. H, n. 2. — «' Ramirez, Notx in Chron. Liutprandi, p. 362. Cf. P. L., t. cxxxvi, col. 1040. — 22 Allegranza, Spiegazione e rifles- sioni sopra alcuni sacri monumenti antichi di Mitano, in-4', Milano, 1757, p. 18. 77. — 23 Garrucci, Storia dell'arte cristiana, t. 1, p. 169. — 2* Ant. basil. Vincent. Med., p. 24; Sedulius, m, 285 sq., P. L., t. xix, col. 664; S. Paulin, P. L., t. LXI, col. 673. — *« Gazzera, Délie iscrizioni cristiane antiche del Piemonte discorso, in-4°, Torino, 1849, p. 86. — 2fl De Caumont, Bulletin monumental, in-8\ Paris et Caen, 1867, p. 310. — 27 Garrucci, Sto- ria dell'arte cristiana, t. I, p. 567. Cf Clermont-Ganneau, Un chapitre de l'histoire de l'ABC. Origine des caractères complé- mentaires de l'alphabet grec r*X>KQ, dans les Mélanges Graux, in-8% Paris, 1884, p. 415-440; Haussoullier, Note sur la forma- tion des caractères complémentaires de l'alphabet grec d'après un mémoire de M. Clermont-Ganneau, dans la Revue archéo- logique, Paris, 1884, IIP série, t. H, p. 286 sq. — 28E. Le Blant, In- script, chrét. de la Gaule, n. 61. — 29 Ibid., n. 267. Pour les adaptations simplement capricieuses, voy. de Rossi, Bullett. di arch. crist-, 1880, pi. iv, 4 et p. 75. — 30E. Le Blant, Nouveau recueil des inscriptions chrétiennes de la Gaule, n. 286. 287, 288.
A Q
s
mon accosté des lettres AOO. Ces plaques appartiennent au ive siècle; elles sont, en Gaule, des premières, avec l'inscription de Sion ' (Première Germanie), où figu- rent les lettres symboliques.
' E. Le Blant, Inscriptions chrétiennes de la Gaule, n. 369.
L'importance des symboles pour la détermination de l'origine et de l'âge des inscriptions engage à dresser ici le catalogue de chaque série de compositions par pays. Il ne peut rentrer dans les limites de ce travail de faire plus, c'est-à-dire d'entreprendre la critique de chaque inscription non datée.
SYMBOLES
A 00. A + Où.
A + O.
Tfra . . A |(J . . A I CJ
A )f G3.
INSCRIPTIONS DATEES
AFRIQUE '
Ann. 405 K
£5/526.
384. 419.
258-304.
588, 622,
Ann. 504 566, 584, 649.
578, 627. VIe s.
466, 520, 530, 544, 562, 567, 662.
510, 517, 578, 586, 632. [388?]
482, 500?, 521, 525. 544, 562, 666.
545.
VIe-VIIe s.
6 'il.
Ann. 504
an, IVe s., Ve s.
Î93.
454 ou 540.
Ann. 364. 375.
ROME"
377, 383, 393, 472.
340, 355, 360, 362, 365, 366. 367*, 370 2, 371, 372, 375. 377. 379*, 380 2. 3332, 384, 389, 397, 398, 402, 4C8.
409.
377.
{71.
384, 385.
370. 130, 508.
431.
145.
■ A. Wilmanns, dans le Corp. inscr. lat., t. vin. — ' E. Ilùtmer, Inscr. Hispan. christ. — ' E. Le Blant, Inscriptions chré- tiennes de lu Gaule. Cf. Itev. archâol., 1S76, p. 111. — "De Rossi, Inscr. christ, urb. Rome, I. 1, et Bull, ili urch. crist.. 186R. p. 13, 1800, p. 18. — 'Cf., C. Jullian, Inscriptions romaines de Bordeaux, t. Il, n. 852 sq. ; Blavignac, Histoire de Varchitectwc sacrée dans les anciens crèches de Genece. Lausanne et Sion, in-8% Lausanne, lS.">;i, atlas, pi. 1. n. :i.
Le chiffre en coefficient marque le nombre de tituli de la même date portant le symbole.
A Q
10
SYMBOLES
A 00. A + CO
rf
A+GÛ
A^OO
A L)
rasa
'AI
aX Rn
INSCRIPTIONS NON DATEES
AFRIQUE
Corp. iriser, lat., t .vin.
n. 8638, 8639, 8649, 9716. n. 56, 674, 1767, 2009.
. 453, 1 105, 4799, 10516 10713
t. VII, 1167.] . 749, 2189, 8709, 9715, 10933 t. vu,
456, 670, 672, 839, 2017, 4671, 4762, 5669, 9590, 9591, 10540-10548,10665, [Epltem. epigr., n. 551, 591, 1041,
1156, 1246, 1247, 2272, 5176, 8427, 8730, 8757, 9714, 9717, 10686, 10688, add. [Eplt. epigr., n. 70, 488.]
n. 453, 455, 456, 458, 839, 1247, 4671, 4762, 4799, 5669, 9590, 9591, 10516, [Epheni. epigr., t. vu, n. 591, 1167.]
n. 5176.
n. 603,671, 705, 2009. n.670, 672,1105, 10665,107 13.
n. 749, 2189, 8427, 8709. 8730, 8757, 9714, 9717. 10686, 10688. 10933.
n. 674. n. 1767. n. 2017. n. 2272. n. 4473. n. 8641. n. 9716.
ESPAGNE
Hûbner, Inscr. Hisp.
n. 92, 95, 154
n. 21, 73, 74, 86, 91, 119.
n. 2, 3, 9, 14, 22, 28, 33, 44, 45, 66, 67, 68, 87, 98, 99, 125, 186.
n. 18, 23, 60, 61, 71, 72, 75, 78, 84, 127, 151, 164, 180, 193, 197, 198, 203, 203 b, [Ephem. epigr., t. vin, n. 259.]
GAULES
Le Blant, Inscr. chr.
n. 266, 283, 351. n. 551 a.
n. 15, 46, 55, 92, 239, 244, 250, 270, 273, 295, 346, 355. [Kraus, n. 52, 59, 100, 101, 103, 117", 142, 151, 156, 176, 207, 230 ,232, 267.]
n. 49, 86, 202, 230a, 236, 246, 255, 275, 281, 291, 300, 306, 323, 336 c, 366, 369, 370, 509, 572, 575, 583 a [Kraus : n. 15, 24, 47, 48, 50, 51, 53, 91, 117 41,123, 133,144, 147. 148, 155, 160, 171, 173,
190, 20812.21.62].
n. 15, 46, 239, 244, 249, 250. 270, 273, 275, 340, 439.
n. 264. [Kraus, n. 178.]
n. 583a.
n. 551 a. n. 92-96.
n. 365. [Kraus, n. 284.]
n. 50, 73, 77, 326, 328. 329, 331, 336 a, 337 a, 338 356, 399, 423, 460 6, 491, 498, 501.
Monum. Éccl. liturg., t. i.
n. 3109, 3122.
n. 3M6, 3046, 3097. 3144, 3161, 3242, 3279 (?).
• On s'est restreint, pour Rome, à la période préconstantinienne. Les coefficien'.s reproduisent le classement adopté par F. X. Kraus.
11
A Q
12
SYMBOLES
AXXL
INSCRIPTIONS NON DATEES
AFRIQUE
Corp. inscr. lut., t. vin.
[Ephem. epigr., t. vil, n. 70.
[Ephem. epigr., t. vu, n,
551.1
ESPAGNE
Hubner. Inscr. Hisp.
n. 151. [Eph. epigr., t. vm, n. 259.]
n. 23.
n. 106.
GAUI.ES
Le Blant, Inscr. chr.
[Nouveau recueil, n. 294.] n. 363.
n. 331.
n. 202, 246, 575.
Monum. Eccl.
liturg. t. i.
[De Rossi. Bull., 1879.
pi. VI.]
Perret, Catac.
t. vi. p. 12.
1 On s'est restreint, pour Rome, à la période préemstantinienne.
Il faut signaler encore une classe de compositions, celle des figures triangulaires que l'on trouve en Afri-
que
à Rome2
, en Gaule s/^)^^.
(Curube) (Rome) (Lyon)
On peut interpréter cette figure soit d'après sa valeur géométrique; elle signifierait alors le mystère de l'éga- lité des personnes divines; soit d'après sa valeur paléo- graphique. En ce cas, elle représenterait, dans le monu- ment le plus caractéristique de la série, la lettre latine (A) D et ferait fonction du mot Dieu, D[ews]. Cette der- nière interprétation, qui appartient au P. Lupi, est fon- dée sur la paléographie de l'inscription composée en langue latine avec des caractères grecs.
Roldetti 4, dont il faut toujours se défier un peu, à cause de sa négligence 5, a publié une épitaplie romaine
T
de l'année 370 portant ce symbole : A JL CJ, dont on
1 De Rossi, De titulis christianis carlhaginiensibns, $ I, dans Pilra. Spicilegiurn solesmense, in-4". Parisiis, 1858, t. iv, p. 514, et la figure v de la page 499. Cf. Revue archéologique, Paris, 1878, nouv. série, t. xxxvi, p. 37. — * Aringhi, Homa sub- terranea, in-fol., Lutetiae Parisiorum, 1659, p. 605; Boldetti, Osservazioni sopra i cimiteri, p. 402; Lupi, S. J., Dissei-tatio et animadversationes ad vuper inventum Severse marturis epitaphium, in-fol., Panormi, 1734, p. 64. 102; R. Garrucci, Sto. ria deli'arte cristiana, in-fol., Prato, Î872, i. 1, p. 168. — ' Le blant, Inscriptions chrétiennes de la Gaule, t. 1, p. 107, n. 49. — * Osservazioni sopra i cimiteri, p. 80, 353; De Rossi, Inscr. christ, urb. Boni., t. 1, n. 218. — s De Rossi, loc. cit.,
peut rapprocher un titulus très antique d'un cimetière de Rome 6.
Cette dernière pierre nous amène à étudier les ori- gines du symbole : AC0. Si l'on réunit les moninm ats les plus anciens, antérieurs à la paix de l'Église, on ob- tient l'ensemble suivant : 00 ETA" — CûA» — 00)|(A9
— )((A 10. Cette interversion de lettres en <■> a ne laisse pas d'être balancée par des exemples du contraire plus nombreux", mais d'une paléographie moins ancienne pour la plupart. J.-B. Rossignol en a donné une expli- cation fort recherchée et qui nous parait peu fondée l2. Nous croyons que le symbole n'a commencé à se fixer.
p. 2'i, 54. — • De Rossi, De titul. christ. Carth.. dans Pitra. loc. cit.. t. iv, p. 527, note 4; n museo epigrafico cristiana Pio-Lateranense, in-fol. Roma, pi. xiv, n. 32. — ''De B Inscr. christ, urb. Rom., t. I, p. 20. — " Boldetti, Osservaziont sopra i cimiteri, 1. IL c. m, p. 353. — °De Rossi, De titul. christ. Carth.. p. .V27. note \: Roma s, <t .. t. in, pi. xxx, n. 35.
— '" De Rossi, liull. di arch. crist., 1874, p. 109 et pi. vi ; 1878, pi. x, n. 1". Cf. Me Vogué, Syrie centrale, pi. 42, 43. — "Voy. Monum. Eccl. liturg., t.' 1. n. 3016,
3144, 3161, 3242 <:tJ70 ?). — «J.-B. Rossignol, Des services que peut rendre l'archéologie aux études classiques, in-8', Paris, 1878, p. 421 sq.
13
a a
u
tel que nous l'employons encore, que vers le temps où il lit son apparition sur les monnaies impériales, c'est-à- dire après la paix de l'Eglise.
On ne peut songer à épuiser ici la longue série des variations d'un type avant l'époque où il commença à se fixer, bornons-nous à signaler les variantes notables, sans nous occuper de leur signilication possible '. Une inscription du cimetière de Cyriaque donne la variante
qui suit
. Un cartouche retiré du cimetière de
UJ
Callixte représente un olivier accosté des lettres A ûO 3. Deux marbres du cimetière de Sainte-Agnès représentent des on.nt.'s, l'un d'eux donne le chrisme au-dessus de la tète, et A 00 à hauteur des yeux; l'autre ne conserve que Où, la partie droite, manquante, devait offrir l'A*.
A Modène et en Espagne on trouve cette forme
: ~lSy£
A Carthagène, on a estampé le symbole suivant :
dans lequel A et R n'ont pas besoin d'être expliqués ici ; quant à la lettre Q elle pourrait bien être un simple oméga. On trouve le cas d'une médaille sur laquelle cette erreur de lecture fut faite. Dans Supplemenhtm Inscript. HifpanisB christ., Hùbner lit : ora.
Les inscriptions du Rheinland offrent quelques types notables :
■4-^®- À
p u p i2 p
V
v
CJ V
13
I
vio v ; v
En tête, de chacun des livres du sacrarnentaire dit gélasien on trouve A+CO u.
Voici quelques types, sur lesquels on pourra recourir aux explications de M. De Rossi :
~PtJ ;A^
^J
; A
ÛJ[
En Espagne on ne relève pas de nouveaux types dans le Supplementum inscript. Hispaniee christ, publié par Hùbner en 1900, sauf sur une tuile où Yalpha parait
transformé en lambda /
\%
t,,19, semble-t-il. A Rome.
on a trouvé un type qui ne parait nulle part ailleurs, à P20
notre connaissance,
OU
et le suivant dans lequel le
' V. Davin, Les antiquités chrétiennes rapportées à ta Cap- pella greca du cimetière apostolique de Priscille, in-8°, Paris, 1892, p. 319. — * J. Allegranza, De monogrammate D. N. Jesu Christi, in-4°, Mediolani, 1773, p. 50. — 3 R. Fabretti, Inscriptio- num antiquarum, qux in sedibus paternis asservantur, ex- plicatio, in-fol., Romae, 1702, p. 580, n. i.xxx, et De Rossi, Ro- ma sotterr., t. n, p. 323. — * M. Armellini, /( cimitero di S. Agnese, in-8% Roma, 1880, pi. xiv, n. 5, 7. — 5 Corp. inscr. lat., t. xu, n. 941 ; E. Hùbner, Inscr. Hisp. christ., n. 2, 99. — 6F. X. Kraus, Die christlichen Inschriften der Rheinlande, in-4°, Freiburg im Breisgau, 1890, n. 41. — 7 Ibid., n. 82. — *Ibid., n. 117 a'. — » lbid., n. 143. — "> tjbid., n. 177, deux fois. — " Ibid., n. 289. — '- Ibid., n. 290. — «» Ibid., n. 152. — u Muratori, Liturgia romana vêtus, in-fol.. Venetiis, 1748, t. i, p. 493, 635, 687; cf. édit. C. L. Feltoe : Sacramen- tarium Leonianum, edited tOith introduction, notes, ami three photograplis, in-8% Cambridge, 1896. — ,5De Rossi, Roma sot-
P. Garruccivoit le symbolisme du serpent d'airain réa- lisé dans la croix qui forme ici un T 21 :
[T
X-
SALVS
III. Objets mobiliehs. — Dans le nombre assez consi- dérable d'objets compris sous cette catégorie, que les épigraphistes désignent sous le nom de inslrumentum domeslicum, quelques spécimens remarquables sont fournis par chaque classe.
/. tuiles El- BMQUES. — En Espagne, une ou plusieurs officines doliaires avaient adopté le symbole a to. Plu- sieurs des tuiles semblent dater de la fin du iv« siècle. Le type suivant a été retrouvé à Arunda, à Uipa, à Séville, à Ecija et plusieurs exemplaires enfin dans la Bétique 22.
#
A Cordoue, une série de tuiles munies de petites anses (aldabones) aux quatre angles23.
|
w |
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A Bujalance -i :
marciane a£w
VIVAS >N
à Ecija23.
En Italie, on a trouvé des tuiles ou des briques à Plaisance26, à Syracuse 21. Dans la tuile de Plaisancï l'ù) est réduit au sigma lunaire ^ dans la cavité duquel on a tracé un bâtonnet W . En outre la lettre A entre en composition du mot NIKA dont les lettres achèvent d'envelopper le monogramme.
//. amphores. — Une amphore trouvée dans le cellier de la maison des saints Jean et Paul, au Célius, porte, au-dessus de l'indication de la contenance du vase en lettres grecques numérales, le chrismon accosté de a w 2S. C'est le troisième exemplaire du monogramme accosté que l'on trouve dans cette maison du IVe siècle. Outre le plat et les deux amphores qu'elle a fournis, on a trouvé
terr., t. il, pi. xlix-l, n. 29. — ,6De Rossi, Ruti. di arch. crist., 1872, p. 83. - "Ibid., 1877, p. 151 et pi. x. — ls Ibid., 1877, p. 134. — i9E. Hùbner, Inscr. Hisp. christ., Supplemen- tum, grand in-4% Berolini, 1900, n. 431; cf. n. 325, 326, 330, 432 tuile, 437, 453 lampe. Un sarcophage du IV siècle dans K. Joa- chim Botet y Siso, Noticia historica y arqueologica de Empo- rion, Madrid, 1879, p. 122, et J. Ficker, Mittheilungeii des kaiser- lich deutschen arcliœologischen Instituts. Roinische Abthei- lung, in-8°, Rom., t. iv, p. 77; cf. E. Hùbner, loc. cit. — -° R. Garrucci, Storia dell'arte cristiana, 1. 1, p. 169-173. — -l R. Garnie- ci, Storia dell'arte cristiana, t. i, p. 173. — "E. Hùbner, Inscr. Hisp. christ., n. 193. — 23 Ibid., n. 198. — " Hùbner, n. 203. — -'Ibid., n. 203b. — '-•■ De Rossi, Bull, di arch. crist.. (870, p. 15 sq., pi. n, n. 2; p. 32. — -7 C. Cavedoni, Annotazioni al fascicolo del Corpus inscriptionum grmearum continente le iscrizioni cristiane, in-8", Modena, 1860, p. 18. — *8 De Russi, Bull, di arch. crist., 1890, p. 39 et t.. m, pi. n.
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A G
une autre amphore, à Rome, portant A;fcGO au-dessus des lettres marquant la capacité du vase '.
m. ANNEAUX. —Nous retrouvons les principales compo- sitions de l'épigraphie dans la gravure du cliaton de plu-
sieurs anneaux
ACO 2 _ a\J/£>3 _ ^qn t Qn a
tionné déjà un anneau d'ivoire trouvé à Arles 5. Voir col. 6.
iv. vases ET divers AUTRES. — Un petit vase de bronze de forme cylindrique (fig. 1), trouvé dans le lit du Rhin, prés de Benfeld 6 (hauteur 0,38), et que la paléographie de l'inscription permet de faire remonter au i\" ou Ve siè- cle, était une mesure légale, probablement un de ces éta- lons dont la garde passa des temples aux églises lors de l'avènement des empereurs chrétiens 7 ; la présence du monogramme fut la seule raison qui fit considérerquelque temps ce vase comme ayant servi à administrer le bap- tême. Citons encore : une coupe provenant de la cata- combe de Callixte8; un fond de coupe de verre où. et guise de nimbe, saint Laurent porte le monogramme; un peu plus bas, à hauteur des épaules on trouve dans
16
Nazaire, eu 1S'i5 20, on voit un monogramme qui est accosté de l'A 00 et de sept étoiles. Ce dernier symbole est une application aux bienheureux de l'idée d'éternité que les lettres a ui appliquent pour leur, part au Christ. En effet, dans la symbolique des premiers chrétiens, à laquelle on peut rapporter ce monument, la constel- lation des sept étoiles de la Grande-Ourse ne disparais- sant jamais de l'horizon 21 représentait la gloire indéfec- tible du ciel22. Ce n'était que l'adaptation d'une pensée païenne analogue 23. En Syrie, on signale la présence du chrismon sur la plupart des portes des habitations rui- nées depuis l'invasion musulmane 2* ; à Serdjilla on relève
la combinaison :
Le Liber revelaûonum de
sainte Elisabeth de Schbnau 2e mentionne des épitaphes découvertes à Cologne en 1151 27. Dans l'une d'elles, et d'après la description par Egbert du monogramme indi- qué au bas de la première épitaphe, Brovver a pensé reconnaître le chrismon accosté de l'A et de l'CO et Masenius 2S a restitué, d'après un manuscrit du Liber reveLationum la figure Deu certaine du monogramme
^fPTlPlIV5THEODOLYJCORP£CroRVEN£T]AEETISTRfAEEXAG
1. -- Mesure légale. D'après Le Blant, nscrïp. c'ir''\ de la Gaule, t. i, pi. 41.
le fragment subsistant l'CO 9; une cuiller niellée du
musée Campana porte A-(-CO 10; un collier d'esclave
ft^Q. X." : unetransenna de marbre A LU 12;des plaques de métal dont la destination n'apparaît pas clairement
Aîtc"13; (vfcW; (m^):5; un poids
ixgyc \±y ^y
lampe n.
IV. Particularités. — A GO entrent fréquemment dans des combinaisons assez curieuses pour être signalées. A Plaisance, on lit sur une tuile NIKACO18; à Rome;
dans une area à ciel ouvert: 6 JU 19. Sur l'une des parois
d'une crypte découverte à Milan, près de l'église Saint-
• Ballet, di arch. crist., 1890, p. 41 sq. — 'Boldetti, Osser- vazioni supra i cimiteri, p. 502, n. 32. — 3 Vettori, Nutn- rnus sereus veterum Christianorum explicatus, in-4\ Romae, 1737, p. 52. — * Collection Fortnum, n. 30. Cf. Fortnura (G. Drury. E.), On finger rings of the early Christian period, in-8\ London, 1869, et du même auteur : On some antique gold finger rings found at Palestrina in Italy, in-4*, London, 1876.
— BC.W. King's. Antiq. gems, in-8*, London, 1860, p. 358. — "Bulletin des comités historiques, t. iv, p. 37-38; E. Le Blant, Inscriptions chrétiennes de la Gaule, t. I, n. 351 et pi. 244; De Rossi, Bull, di arch. crist., 1864, p. 58. — ' E. Le Blant, loc. cit., p. 466, notes 2, 3. — 8 Boldetti, Osservazioni sopra i cimiteri cristiani, pi. ni, n. 4, p. 194. — • Grimouard de Saint-Laurent, Guide de l'art chrétien, in-8', Paris, 1872-1875, t. v. p. 27, 255. — ,0De Rossi, Bull, di archeologia crist., 1868, p. 81. — " Ibid., 1874, p. 44, 63. — "Ibid., 1881. pi. x. — ,3F. X. Kraus, Die christlichen Inschriftcn der Rheinlande, n. 190'.
— '* Ibid., n. 19C. — «» Ibid., n. 190». — IB G. Kaibel, Inscr.grxc. Sicil., n. 25793. — "Mélanges de l'École française de Borne, in-8% Rome, 1886. — "Voyez col. 14. — '"De Rossi, Borna sot- terr., t. ni, pi. l, n. 19. — "Biraghi, Sopra alcuni sepolcri
ci-contre. Signalons un seul détail dans ce
' monogramme très suspect, ce sont les lettres
"^ A X accostant la traverse de la haste P. On re-
^* trouve en effet ce rapprochement de lettres
M dans des inscriptions de Pompei et d'Hercula-
num 29, dans une série de monnaies de l'époque
y républicaine 30. Cette combinaison est née de l'usage qu'avaient les pédagogues de faire répéter par les enfants les lettres de l'alphabet deux par deus en les accouplant par ordre d'éloigneinent, par exemple : AX, BV, CT, DS. ER, FQ, GP, HO, IN, KM »«. On procédait de même pour l'enseignement des lettres latines el des lettres grecques32. « C'est l'usage parmi nous, raconte saint Jérôme, de faire réciter l'alphabet grec, par ordre, jusqu'à la dernière lettre, c'est-à-dire, alpha, béta et le reste jusque oméga, et ensuite, comme exercice de mé-
antichi cristiani scoperli presso la basilica degli apostoli e di San Nazaro in Milano, dtssertazioni, Milano, 1845. — " Virgile, Georg., 1. I, 246; Ovide, Mélamorph., xm, 295. — "L. Polii Sepolcri Nazariani, p. 51. — " Passeri, De gemmis astriferis veterum christianorum, dans le Thésaurus gemmarum astri- ferarum, in-fol., Florentia-, 1750, t. n, p. 36. — s* M. de Vogué, Syrie centrale. Architecture cirile et religieuse, grand in-4*, Paris, pl.31. — "E. Le Blant, Inscriptions chrétiennes de la Gaule, t. i, n. 356, pi. 41, fig. 245. — "Egbertus, Liber révéla- tionum Elisabeth de sacro exercitu virginum Colonensium, c. xi ; Acta SS., jun. t. m, p. 604-606 ; Crombach, S. Ursula vindi- cata, in-fol.. Colon. Agripp., 1647, t. n, p. 733 sq. — «Browar, Antiquitatum et annalium trevirensium lib. XX. 2 in-fol., Coloniae, 1628; t. i, p. 288 b. — *• Antiquit t. 1,
p. 593 sq. — S9 Corp. inscr. lat., t. IV, n. 2542-48. — " J. Eckhel, Doctrina nttmmorum veterum, in-4', Yindobome, 1792- 1798, t. v, p. 76. — 31 J. Eckhel, loc. cit.; C. Cavedoni, Ripostigk antichi, p. 172; Mommsen, Geschichte des r&n. Ifumwesena, p. 561; cf. De Rossi, Bull, di arch. crist., 1881, p. 133. — " C. Cave- doni, dans le Bullettino dell'lstituto di correspondenza archeo- logica,\n-S', Roma, 1853, p. 175.
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A Q
18
moire, on change l'ordre, mêlant les premières lettres avec les dernières, en sorte qu'on épelle alpha, oméga; béta. psi '. » Cet usage aura pu suggérer le rapproche- ment avec les textes de l'Apocalypse et devenir l'origine historique du symbole. Quoi qu'il en soit la parité de situation entre A et a, X et io put entraîner parité d'at- tribution d'autant plus facilement que les méthodes pédagogiques se conservèrent presque sans aucun chan- gement depuis le premier siècle jusque vers le sixième.
Dans l'opuscule étrange de Rhaban Maur : De laudi- bus sanclse Crucis, le nimbe crucifère de Jésus porte ia combinaison A M Q dont l'auteur donne cette expli- cation : In cruce namque quse iuocla caput posita est sunt 1res lilterse, hoc est : A, M et Q, quod signi/ical initium et médium et finem2.
Une inscription préconstantinienne du cimetière de Thrason 3 est ainsi conçue .
MERCVRIANE QVAE VIXITANNIS XXXI
m *- ta
« Mercuriana, qui a vécu trente et un ans. Le Christ, l'alpha et l'oméga, est la vie. »
A Pologne, on trouve B aJ?00 M *. Enfin une in- scription relatant un baptême in extremis :
PVER NATVS A 00
DIVO IOVIANO AVG-ET
VARRONIANO COSS
ORA NOCTIS-IIII
IN VXIT Vill-IDVS MADIAS
DIE SATVRNIS LVNA VIGESIMA
SIGNO-APIORNO NOM-INE SIMPL-CIVS s.
La sigle A 00 a eu à suhir tant de caprices, que dans plusieurs cas on n'entrevoit pas les raisons qui ont pu les inspirer. Chez les gnostiques, dans la Pistis-Sophia le nom de l'Immortel est AAA GO0O0O 6. Un sarcophage découvert à Paris sur l'emplacement du cloître Saint-
2. — Monogramme accosté d'une étoile et d'A et Q. D'après la Revue archéologique, 1873, p. 191.
Marcel (2 septembre 1871) présentait une combinaison nouvelle de la sigle avec un chrismon astrifère (fig.2). Cette forme de monogramme, qui se trouve comme type
' S. Jérôme, In Jerem., xxv, 26. P. L., t. xxiv, col. 838. — Rhaban, Opéra, Col. Agrip., 1617, t. I, p. 282, P.L., t. cvn, col. 'IIâ. — 3Marangoni, Acta S. Victorini, in-4% Roma, 1740, appen- dix, p. 98; V. Davin, Les antiquités chrétiennes rapportées à la Cappella greca du cimetière apostolique de Priscille, p. 273 et pi. XI, ri. 8; Monumenta Eccl. lit., t. i, n. 3097. — * Corp. inscr. lat., t. xi, n. 802. — 5Guasco, Musset capitolini antiquse inscrip- tiunes, in-fol., Romae, 1775, t. m, p. 141 et de Rossi, Inscr. christ. urb. Rom., t. i, n. 172, p. °f>.. — 6C.-W. King's, Antiq. gems, in-8% London, 2' édit., p. 199. — T A. de Longpérier dans la Revue archéol., 1873, p. 191. — » Sathas, dans la Rev. archéol., 1877,
accessoire sur les monnaies d'Arcadius (395-408), constitue- le type principal de plusieurs petites monnaies d'argent frappées au nom de Justin Ier (518-527). Sur ces der- nières le monogramme (dont la croix est pattée) se voit accosté de Valpha et de l'oméga ou de deux astres7. C'est plus tard que la sigle disparut des monnaies de Con- stantinople 8. Un type est resté inexpliqué, malgré les ingénieuses suggestions de J.-B. De Rossi, c'est le sui-
vant 9
M
Un collier d'esclave fugitif, publié par Giorgi 10, porte la légende :
TENE ME QVIA FVGI ET REVO CA ME DOMINO MEO BONIFATIO LINARIO
A|QX'
Les inscriptions de Syrie présentent quelques variétés notables :
?
VÏ?
LU
CJ
Enfin, sur une maison construite en l'année 420 à Deïr-Sanbil,se lit cette inscription triomphale lfj (fig. 3) :
TOYTOhKÀ
R -#
A
lu
3. — Inscription triomphale. D'après de Vogué, Syrie centrale, pi. 151.
et sur l'église d'Ezra, en l'année 510 n : A IN; enfin sur une inscription de Palmyre dont l'explication parait
digne d'être tentée18 • T (inscription) T A | I m
V. Numismatique. — /. médailles. — Une médaille
publiée plusieurs fois, représentant le supplice de saint
Laurent, porte les lettres 00 A, d'autres fournissent les
compositions suivantes : A)]<00, A+00, A+00 19. Une plaque d'identité à l'usage d'un esclave porte à la partie inférieure A 00 de chaque côté d'une couronne 20.
En l'état où se trouvent nos monuments, il ne faut pas songer à réduire en doctrine ce que nous pouvons con- clure de quelques faits. La matière subjective et la destina- tion des médailles de dévotion rendent impossibles, dans presque tous les cas, les déterminations fondamentales du temps et du lieu de fabrication ; à défaut de celles-ci, on ne peut, sous peine de discréditer immédiatement les recherches, se contenter de présomptions vagues.
p. 97. — "L. Lefort, Revue archéol., 1878, p. 81. — "> De mono- grammate Clo'isti Domtni dissertatio, in-4°, Romae, 1737, p. 40. — " M. de Vogué, Syrie centrale, Ai hitecture civile et religieuse, in-fol., Paris, pi. 31. — 13 Ibid., pi. 33. Voyez aussi la pi. 42. — *3Ibid., pi. 45. — <*Ibid., pi. 46. — "-Ibid., pi. 99. Ci. Le Blant, hiscri/dions chrétiennes de la Gaule, n. 319, fig. 209 et n. 466, 616. — "> M. de Vogué, Syrie centrale, pi. 151. — "Ibid., pi. 21. — ltCorp. inscr. lat., t. m, suppl.,n. 0000. — ,9De Rossi, Bull, di arch. crist., 1869, pi. m, et p. 4'i. Cf. Lupi, Dissertazioni, lettere ed altre opérette, in-4°, Faenza, 1785, t. I, p. 197. — !° Ibid., 1879, pi. xi, n. 1.
19
A Q
20
11 ne reste des lors qu'à considérer chaque monument isolement, ou bien dans ses rapports avec quelques autres types; pour1 des ('tuiles de cette nature, rien ne supplée a l'observation directe du document. Il y a lieu d'en signaler quelques-uns des plus dignes d'attention : 1° l'n médaillon de bronze (iig.4), travaillé à jours, portant le monogramme accosté de a <o dans une bor- dure circulaire de feuilles de viçne courantes. La haste
4. — Denarium avec aco. D'après De Rossi, Bullet. di archeolog. cristiana, 1871, pi. v, n. 2.
et les pattes du chrismon ainsi que la bordure sont per- cés de quatorze jours destinés à recevoir des gemmes, au centre un cabochon ovale1. Ce médaillon provient d'Aquilée, il a fait partie des collections Obizzi et d'Esté et a été décrit par Mozzoni 2, Bertoli 3, Cavedoni4 et De Rossi 5. Ce dernier parait avoir identifié l'usage de cet objet dans lequel on avait vu un enseigne militaire de l'armée romaine et qui serait un plat d'offrande comme en témoignent les deux pattes perforées destinées à recevoir des anneaux d'attache. Ce monument est du iv" ou du commencement du Ve siècle.
2° Un moule en pierre destiné à recevoir le plomb en fusion dans un canal creusé en forme de croix avec les lettres a a> et a> a. Chaque médaille avait la forme de croix, elle était munie d'un anneau. Ces moules parais- sent n'être pas antérieurs au vi« siècle; ils proviennent de Carlhage6.
3° Ces croix étaient quelquefois des encolpia ou reli- quaires7 suspendus sur la poitrine, et à cette catégorie se rattachent deux petites boites d'or, souvent reprodui- tes, portant le citrismon accosté de a w. Ces objets ont été trouvés à Rome, ils remontent au ive siècle8.
//. monnaies. — Des recherches entreprises par Cavedoni9, Feuardent lu et Garrucei11 il ressort que l'introduction de a a> aux côtés du chrismon dans les monnaies impériales s'est produite dans l'année même qui suivit la mort de Constantin le Grand. Ce type se voit au revers d'une médaille d'or de Constance1-. Quant à la médaille de même métal, à l'effigie de Con- stantin le Grand avec la légende VICTORIA MAXVMA
et le monogramme A;J(Gù 1:1. son authenticité ne parait pas démontrée, malgré l'opinion de Garrucei 1+; le type fut toujours assez rare après son apparition; on le retrouve sur la médaille d'argent, commémorative de la victoire
'De Rossi, Bull, di arch. crist., 1871, pi. v, n. 2 et p. 67-68: Epigrafe d'un sacro donario in lettere d'argento sopra tabelle di bronzo. — - Tavole cronologiche anticlie délia storia dclla Chiesa, sec. îv. in-4% Venezia, 1856, p. 41, note 19. — •'< Dans les Memorie délia società colombaria Fiorenttna, in-4°, Fircnze, t. i, p. 127 sq. — ' Dell'origine ed incrementi dell'odiemo r. museo Estense, Modena, tx'iii. p. j:i, et dans les Memorie <ii reli- gione e letteratura, Modena, t. i\, p. 431. — *Loc. cit., p. 68; Venturi, Storia dell'arte italiana, in-8% Milano, 19Q1, 1. 1, p. 527, 552, flg. 458 et p. 558. — "H. P. Delattre, Cosmos, 2 oct. 1889; Revue de l'art chrétien, 1890, p. 129; De Rossi, Bull, di arch. crist., 1891, p. 146 sq. -- 'De Rossi, llull. di arch. crist., 1863. p. 31. — 8Bosio, Borna sotterr., p. 105; De Rossi, Bull, di arch. crist... 1872, pi. u, n. 2, 3. — 'Ricerche critiche intorno aile medaglie di ConstantinoMagnoede'suoiftgliuoli insignite di tipi e di si)»boli cristia)ii, in-8», Modena, 1858. — "Essai sui-
de Constance sur Constantin en 'SiOls; sur un médail- lon d'argent du musée de Vienne au revers duquel on voit, outre la légende VIRTVS EXERCITVM, quatre en- seignes militaires portant la lettre A sur la seconde en- seigne, la lettre CO sur la troisième et le chrismon en haut10. Ce médaillon fut frappé à Rome et l'on a des raisons solides de penser •" que ce choix lut inspiré à Constant par le souci de témoigner publiquement son adhésion au dogme catholique sur l'éternité et la divi- nité du Verbe incarné, combattu par l'arianisme que soutenait l'empereur Constance son frère. Ceci nous conduirait au lendemain du concile de Sardique, en 3i7. Le symbole A 00 était en effet inacceptable par les ariens et repoussé par eux 1S. Sa vogue doit dater pro- bablement du temps du concile de Nicée (325), bien qu'aucun monument de cette période ne nous soit par- venu. Constance II fait usage, lui aussi, du citrismon ac- costé ' s (fig. 5). A partir de Magnence et Decentius (350-353 1 les symboles se multiplient. Magnence reprend un type déjà connu sous Constance II 20 et supprimé peu après la
5. — Monnaie de Constance II. DN CONSTANTIVS PF AUG. Buste de Constance II diadème à droite. — fi SALUS AUG NOSTRI. Dans le champ, le mono- gramme du Christ accosté de l'A et de l'a ; dans l'exergue : TRS
mort de l'usurpateur. On retrouve le type parmi les monnaies byzantines de Justin Ie1, petite monnaie d'argent
portant A)J<Gù2i, et de Justinien I", A+OO22.
L'usage assez rare de l'emblème sur les monnaies, à l'époque de sa plus grande vogue, tient vraisemblable- ment à la raison que les graveurs, devant loger dans un assez petit module une composition représentant une scène déjà encombrée, n'avaient que l'habileté suffisante pour se ménager l'espace nécessaire au chrismon ; on ob- serve en elfet que dans les médaillons de grand module, ou bien lorsqu'ils disposent du champ entier, ils gravent un monogramme accoste.
Parmi les monuments numismatiques de la Gaule nous
6. — Tiers de sou de Dagobert d'Ausuasie (623-639).
DAGOBERTHUS R1X. Tète diadémée à gauche. 1$. Légende peu
lisible. Croix accostée des lettres QA.
rencontrons quelques compositions originales. La mon- naie des Dagobert d'Austrasie fou mit le type suivant (fig. 6):
l'époque ù laquelle ont été frappés les médaillons de Constant nu et de ses ftls portant des signes de christianisme, in-8 . 1857.
— «< Esame critico e ci I lia numismatica Custanti- 111,111,1 portante segni di cristianesimo, ln-4*, Roma, 1858. — '*A.Banduri, ivumismata imperatorum R . 1. 11. p.227.
— "Tanini, Supplementum à l'ouvrage de Banduri, Num. imp. Rom., in-fol-, Roma, 1791, p. 265. — «* hoc. cil . 142. "J.Eckhel, Doctrina nummorum veterum, in-4*, Vindobonœ, 1792-98, t. vin, p. 112. — *• H. Cohen, Description his s monnaies fttip-
dans l'empire romain, communément a\
t, in-8*, Paris, 1882-92, t. VI, n. 28. ' C. Cavedoni
appendice, p. 15. — "Giorgi, De monogrammate Christi Domini, p. 10. — '»H. Cohen, loc. cit., t. vi, n. 250 \ Ban-
duri, Num. imp. Rom . t. 11, p. 368. — -' Saba iptton
générale des monnaies byzantines frappées sous ■' main, iii-8*, Paris, 1802. pi. i\, 11. 25. — -: Ibul . \ I. \\ 11. 11. 91 B.
21
A Q
22
Celle de Sigebert II présente un type dans lequel on semble avoir combiné grossièrement y (lig. 7) :
7. - Tiers de sou d'or de Sigebert III (634-656).
SIGIBERTIS R1X. Tête diadtmée, à droite. fi. GAIALETANO. Dans l'exergue BAH.
Dans la monnaie de Clovis II nous relevons ce type (fig. 8) :
âfïïz
8. — Tiers de sou d'or de Clovis II (639-657).
CLODOVEVS REX FR. Buste diadème à droite. fi). / [PARI]SIVS IN CI VI l|||. Ciux ancrée accostée des lettres EL / IGI.
Enfin la monnaie du pape Adrien (772-795) porte au revers (fig. 9 ) :
9. — Monnaie d'argent du pape Adrien.
D.N. ADRI.I.ANUS P + P +. Buste de face accosté des lettres I.B. fi. VICTORIA DHN : Croix sur deux degrés, au-dessous CONOB. Dans le champ : A/û.
VI. Sigillographie. — Sceau des bulles papales. — Sceau de plomb du pape Deusdedit : DEVSDEDIT PAPA (bon pasteur) AQ1. Sceau d'Adrien II, la croix dans un cercle avec A 00 2.
VI. Monuments figurés. — /. peintures. — La crux nuda et le chrismon représentés dans les peintures antiques des catacombes n'y paraissent jamais accostés de l'a et l'w.
Il faut descendre jusqu'au VIIIe siècle pour trouver à l'entrée du cimetière de Pôntien, sur la paroi du fond du baptistère, une croix gemmée et fleurie portant A et 00 suspendus à ses bras par des chaînettes 3. Une fresque, unique dans l'art des catacombes, datant du Ve siècle, et reproduisant fidèlement les ouvrages des mosaïstes con- temporains, représente le Christ donnant la Loi; le nimbe est accosté de A 00 4; de même dans une fresque de la catacombe de Saint-Janvier à Naples, représentant ce martyr avec le nimbe crucifère chargé du chrismon accosté 5. Dans la fresque du cimetière des Saints-Pierre-
' Doni, Inscriptiones antiquse cum votis, edidit Gorius, in-fol., Florentine, 1731, préf., p. 22. — 2 Moroni, Dizionario, t. lxvi, p. 49 ; F. Ficoroni, Gemmm antiquse litteraturse, in-4\ Romaa, 1757, pi. wiii, 3. — *Aringhi, Roma subt., t. i, p. 381 ; Venturi, Storia dell'arte ilaliana, t. i, fig. 49. — 'Bottari, Scult. e pitt. saçjre, t. i, pi. iv. — 5Méme peinture. — 6 Le catacombe di Siracusa confrontate nelle loro forme architettonice, e ne' monument! chc le adomano, co' sotterranei cimiteri délia Chicsa romana, disputazione letta ttell'accademia d'archeologia dal Mi; uo- menico Bartolini. in-8°, Roma. — 'J. Allegranza, Spiegazione e riflessioni, p. 18, pi. i. — g Ciampini, Vetera monimenta in quibus prœcipue musiva opéra sacrarum profanarumque
et-Marcellin, un agneau nimbé du chrismon accosté5. A Syracuse, la vierge assise, ayant l'entant sur ses genoux et à côté A^Q 6.
;/. mosaïques. — Les mosaïques présentent un grand nombre d'exemples de l'emploi des lettres symboliques. Une mosaïque de Saint-Aquilin de Milan (ve-vie s.) repré- sente le Sauveur avec le nimbe décoré du monogramme accosté7. Un médaillon qui occupe l'entrecroisement de la croix dans la mosaïque absidale de l'église de Saint-Apollinaire in classe près de Ravenne8, repré- sente la croix surmontée de IX0YC, accostée de A00; au-dessous on lit SALVS MVNDI. Une mosaïque
p de Sétif (Algérie) porte9 -
///. sarcophages. — Quelques localités d'Afrique, comme Tabarca et Sfax, possèdent des sarcophages dont le couvercle est orné de mosaïques. Une tombe de Tabarca représente une orante accostée de quatre colombes et deux cierges 10. Dans un cartouche au- dessus de sa tète on lit CRESCONIA INNOCENS IN PACE A 00 (fig. 10).
10. — Mosaïque de Tabarca. D'après Peraté, Archéologie chrétienne, fig. 325.
Un sarcophage de Venasque (Deuxième Narbonnaise) ayant servi de tombeau à l'évêque de Carpentras, Bœ- thius (lin du VIe siècle), représente sur la partie for- mant couvercle une longue croix gemmée, aux branches de laquelle un 00 et un A sont suspendus par des chaî- nettes". Un sarcophage d'Autun, qui parait antique, oflre le monogramme accosté dans un encadrement circulaire; de chaque côté se dressent deux branches de palmier surmontées de colombes 12.
On pourrait aussi ranger parmi les sarcophages une pierre haute d'un mètre, déposée au musée du Vatican. Deux soldats sont accoudés sur leurs boucliers levant les yeux vers les lettres A et 00 qui surmontent la tra- verse d'une croix monogrammatique gemmée13.
Plusieurs sarcophages de Ravenne représentent le chrismon accosté, mais ces compositions, pour la plu- part, n'ont d'intérêt qu'au point de vue des arts indus- triels. On peut rappeler cependant Yurna di San Bar- baziano, Varna di San Teodoro. Un sarcophage déposé au Museo nazumale représente sur l'une des faces latérales le Christ ressuscitant Lazare. Le nimbe du Sauveur porte le monogramme accosté de A 00, et ceci nous amène à un autre ordre d'observations.
iv. sculptures en bas-reliefs. — La porte de la ba- silique Sainte-Sabine sur l'Aventin, construite dans la première moitié du Ve siècle, offre dans un des petits
sedium structura ac nonnulli antiqui ritus dissertationibus iconibusque illustrantur, 2 in-fol., Romse, 1690, t. n, pi. xxiv; E. Didron, Iconographie chrétienne, in-8°, Paris, p. 396; Gri- mouard de Saint-Laurent, Guide de l'art chrétien, t. II, p. 341. — 9 Revue archéologique, IIP série, t. xx, p. 397. — 10 A. Pératé, L'archéologie chrétienne, in-8», Paris, 1892, p. 325. — "E. La Blant, Les sarcophages de la Gaule, in-4°, Paris, 1886, n. 199. Voyez aussi le n. 7. — '*Bulliot, Notice sur un sarcophage en marbre blanc du musée d'Autun, dans les Annal, de la Soc. éduenne, 1802-64, p. 237. — ,3Grimouard de Saint-Laurent, Guide de l'art chrétien, t. VI, note P', p. 356, communiqué à l'au- teur par Didron.
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panneaux une représentation de l'apparition de T<*sn? su cénacle. Le Christ n'a pas de nimbe, m<û» ta wir -r •-!.<- tache sur un monogramme accosté de A Gù. Un autre panneau, l'un des huit grands qui se sont conservés, représente à la partie supérieure, dans une couronne de laurier, le Christ debout et bénissant; de chaque côté du personnage sont l'A et l'Où. Sur le frontispice d'une petite basilique des premiers siècles, à Announah, en Algérie, a et w sont suspendus aux bras d'une croix lé- gèrement pattée '.
v. sculpture sur bois. — Un crucifix très ancien, signalé par Borgia 2, et le crucifix connu sous le nom de Nicodème 3 portent le symbole a et u>.
VI. ivoire. — Le feuillet d'un diptyque conservé au mu- sée du Louvre* (vi« siècle) porte S PETRVUUlAOù.
C S
S CS
Un large anneau d'ivoire trouvé à Arles, porte le chris- mon accosté de l'A et Où de la manière qu'il est repré- senté sur les coins des princes gaulois Magnentius et Decentius, au ive siècle; mais il se trouve accompagné de la légende ABPACAZ qui montre une fois de plus que, comme beaucoup de contemporains, le proprié- taire de cet anneau confondait le Christ avec Mithra (Abraxas), à titre de créateur et modérateur de l'uni- vers 5.
Ceinture de saint Césaire d'Arles6. Elle porte ce curieux ornement qui ne laisse pas d'avoir son importance dans la question de savoir à quelle époque on commença de suspendre a et a> aux croix stationales.
vu. orfèvrerie. — On ne mentionne ici que pour éviter les malentendus un reliquaire qui jouit d'une certaine célébrité et qui d'après la Chronique de Conques aurait été donné à ce monastère par Charle- magne. Cette attribution est erronée. La mention de la Chronique date du xve siècle et le travail d'orfèvrerie de l'A de Conques ne peut remonter au delà du xie siè- cle. On voit la valeur qu'il convient d'attacher aux his- toires qui se sont accumulées autour de cet A auquel, sans doute, faisait pendant un 00 7.
vin. ÉPITAPBE juive. — On doit ranger dans une catégorie spéciale ce monument d'une identification difficile et sur lequel on trouve notre symbole avec divers emblèmes dont deux paraissent astriformes plutôt que monogrammatiques, deux autres sont les chandeliers à sept branches caractéristiques des pierres
juives, enfin l'orante. Voici leur disposition 8 : _J —
VIII. Glyptique. — Une pierre gravée antique du mu- sée Barberini représente le chrismon surmonté de la barre transversale du tau, accoste de A Où, la haste porte un serpent enroulé, allusion évidente au poteau du serpent d'airain devenu la croix du Christ. L'exiguité de cette gemme ne permet pas d'assurer si le serpent fascine les colombes qui se tiennent de chaque côté de la croix sous laquelle ont lit SALVS9.
IX. Paléographie. — Le Sacramentaire gélasien (Bibl. Vatic.jiîegrm. cod. 316 membran.) du VIIe siècle donne ï'al-
1 Hev. arch., 6* ann., 2' part., pi. m, fig. 1, 2. — «Borgia, De cruce Veliterna conimentarius, in-4°, Romse, 1780, p. xxxm. — 3 Angelo Rocca, Opéra, 2 in-4°, Roma, 1719, t. i, p. 153. — *Molinier, Catalogue des ivoires du Louvre, în-12, Paris, 1896, p. 4 et pi. i. — 5C. W. Ring's, Antiq. gerns, p. 358. — 6R. Gar- rucci, Storia dell'arte cristiana, t. I, p. 535. — 7 G. Desjardiris, Cartulaire de l'abbaye de Conques, en Bouergue, in-8% 1879, p. v et note 2. Cf. Darcel dans les Annales archéologiques, in-4% Paris, t. xx, p. 264-274. — 8 Corp. inscr. lat., t. v, n. 1645. .Serf quis scit. dit justement C. Bayet, an non hoc candclabri sjnitaiwii christiani nonnunquam arripuerint. (De titul. Au. christ., p. 123.) Cf. De Rossi, Inscr. christ, u. R., n. 38. — 9 Gori, Thesau-
pha-nmsqa sous la forme inattendue de poissons (fig. 11). Un irianu.-.mt de la bibliothèque de Laon, qui remonte au
11. — Sacramentaire gélasien, Bibl. Vaticane.iîegn!. codex 316.
vine siècle (n° 137), donne l'a et l'w suspendus par des chaînettes aux bras de la croix; l'a est formé par deux poissons et l'u> par deux oiseaux, des colombes peut- être10. H. Leclercq.
IX. A et Où dans la liturgie. — La liturgie a conservé aussi le souvenir de ce symbole fameux et en donne en même temps un commentaire qui s'éloigne parfois de la signification primitive, mais qui a son intérêt. C'est surtout dans la liturgie mozarabe que nous en trouvons les traces. Notons entre autres cette oraison : A et Q, inilium et finis, Deus et honio, infinitus et prse/inilus ; in quo et principium Deitatis, et ultimum sentitur humanitas ; excedens omnia,vivificans cuncta, et conli- nens universa, miserere nobis qui mânes et nobis ap- pares, etc. Il est à noter, ce qui, je crois, n'avait pas été encore remarqué et ce qui fournit un précieux indice sur l'origine du Libellus orationum, que cette même oraison se retrouve à la fête de l'Apparition au bréviaire mozarabe '*.
Un peu plus loin on lit une antienne et une oraison sur l'A et l'Q : Ego sum alpha et oméga... ego sum radix et genus David, Stella splendida et malutina... ego sum alpha et oméga. Oratio : Alpha et oméga, principium et finis, radix et gémis, filius, Dominusque David, Christus Deus et liomo, etc. '-.
Dans le Libellas, l'oraison est suivie de cette béné- diction : Benedical nobis A et il cognominatus, omni- potentis Dei Patris unigenitus filius : qui est initium et finis, ipse vos secuni victores adtollat, etc. Nous trouvons dans le même ouvrage de Thomasi-Bianchini ces autres oraisons : Ego sum alpha et oméga, prt- mus et novissimus, initium et finis; qui ante mundi principium, et in sseculum sseculi vivo in xternum. Antiphona in quadragesima 13.
Citons encore dans le missel mozarabe cette oraison post nomina au dimanche avant l'Epiphanie : Christe,
rus uet. diptychorum consul, et ecclesiastic. in-fol. 1759, t. m, p. 160; E. Didron, Iconograpliic chrétienne, in-8\ Paris, 1. 1, p. 396. — 10E. Fleury, Les manuscrits de Laon, in-V, Laon, 1863, t. I, pi. 2. Le commentaire de cette planche en ce qui concerne a et u est rempli d'erreurs. Cf. A. Darcel, dans la Ga- zelle des beaux-arts. \" mai 1803. et P.-.l. R. *>icn. I. Des ser- vices que peut rendre l'archéologie aux études in-8°, Paris, 1878, p. 421-429. — " Oratio vm id. J atio-
nes indie apparitionis Domini ad vesper., dans Thomasi-1 chini. Opéra cmmî'a, 6 in-fol. ,Romavl7'i l.i'. l7.Cf. ] ■ < < iaire
mozarabe, P. L., t. lxxw i.c I. 170. — "P. L.. t. i.ww i. col. Iffl — 4S Thomasi-Bianchini, loc. cit., p. 74, 494.
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qui est aipha et o : imtium et. finis : tu benedicito his sacrifiais ob principiwm presentis anni tibi oblalis ; et ila off'erenlium vocabula in libro vitse conscribens, ut defunctis requiem prestes, etc. '.
Peut-être faut-il attribuer la présence de ce sigle liturgique de l'A et de l'û à ce fait que dans le lec- tionnaire de l'Église mozarabe l'Apocalypse d'où ce texte est tiré semble occuper une place plus importante que dans les autres liturgies2. C'est aussi pour cette raison sans doute qu'il a été plus commenté par les Pères et les écrivains espagnols qui ne manquent pas de signaler ce passage. Nous ne citerons comme exemple que le fameux commentaire de Beatus dont on a récem- ment retrouvé la source dans Apringius 3.
L'antiphonaire de Bangor dans une hymne ancienne et très remarquable de la liturgie celtique pour la com- munion, contient cette strophe :
Alpha et oméga
Ipse Christus dontinu
Venit, venturus
Judicare hommes.
Le savant éditeur — qui, par parenthèse, ne connaît d'autre emploi liturgique de ces deux lettres qu'un seul des textes que nous citons ci-dessus, l'oraison post no- mina mozarabe — fait remarquer à propos de cette strophe que l'A et l'û étaient probablement imprimés sur les pains de communion et cite à l'appui un canon d'un concile de Dublin 4. Dans tous les cas les rapproche- ments que nous avons cités entre les deux liturgies ne manqueront pas d'attirer l'attention.
Notons pour mémoire que le Processionale monasli- cum, Solesmes, 1888, p. 80, a donné, d'après des manu- scrits du moyen âge, le texte et le chant d'une antienne ainsi conçue : Ego sum alpha et ô, primus et novis- simus, initium et finis, qui ante mundi principium, et in sseculum sseculi vivo in œtemum. Ego sum vestra redemptio, ego sum rex vester, ego vos ressuscilabo in die novissimo, alléluia. Les vers de Prudence, don- nés au commencement de cet article, ont sans doute, comme quelques autres du même auteur, été chantés dans certaines églises, et telle des formules que nous avons citées, en est peut-être dérivée.
L'ACO se trouve souvent sur les hosties (voir Fers d'hostie); dom Martène en cite un exemple très an- cien5. Il retrouve le même sigle inscrit, en plusieurs lieux, sur le cierge pascal 6, et aussi à la cérémonie de la dédicace dans un manuscrit du Xe siècle; mais ici ce n'est que l'abrégé de l'alphabet grec dont on connaît bien l'usage. Voyez Dédicace1.
F. Cabrol.
ABACUC. Voir Habacuc.
ABACUS. Voir Autel.
ABBAYE. — I. Définition et site. IL Fondation. III. Monastères doubles. IV. Construction. V. Laures. VI. Architecture. VIL Mur d'enceinte. VIII. Portes. IX. Parloir. X. Hôtellerie. XL Oratoire. XII. Béfectoire. XIII. Cuisine. XIV. Dortoir. XV. Salle capitulaire. XVI. Cloître. XVII. Maison des novices. XVIII. Maison des infirmes. XIX. Cimetière. XX. Cellier, ateliers. XXI. Plan. XXII. Plan de Tébessa. XXIII. Plan de Saint-
1 P. L., t. lxxxv, col. 225. — *Ct. dom G. Morin, Anecdota Maredsolana, t. I, Liber comicus sive lectionarius Missx, in-8", Marcdsous, 1893, passim, notamment p. 202. — 3 Sancti beati presbyteri Hispani Liebanensis, in Apocalypsin, ac plu- rimis utriusque fœderis paginas commentaria, ex veteribus nonnullisque desideratis patribus mille rétro annis collecta, nunc primum. édita, in-8°, Madrid, 1770, xlviii-584 pages. Cf. A. Firmin-Didot, Les Apocalypses figurées, in-8", Paris, 1870, et Léopold Delisle, Mélanges de paléographie et de bibliogra-
Biquier. XXIV. Plan de Saint-Gall et légende. XXV. Bi- bliographie.
I. Définition et site des abbayes. — L'abbaye est un monastère gouverné par un abbé, c'est-à-dire monastère, érigé canoniquement, jouissant de son autonomie, et composé ordinairement d'au moins douze moines. La distinction des monastères en abbayes et en prieurés était inconnue durant les premiers siècles de l'histoire monastique. Nous réunissons sous ce titre tout ce qui se rapporte aux monastères ou demeures des moines.
Le terme monaslerium, lAovaurTJpiov, servait à désigner indifféremment chez les orientaux et les occidentaux l'habitation d'un seul moine et celle d'une communauté monastique. Les mots cœnobium , congregatio, synodus, fraternilas, asceterion, etc., étaient réservés aux édifices renfermant une communauté. Chaque monastère portait le nom du lieu où il se trouvait. On leur donnait encore celui de leur fondateur ou d'un religieux éminent, qui les avait illustrés. On eut de bonne heure la coutume de leur attribuer le vocable d'un saint, dont ils conservaient le tombeau ou les reliques, ou qui était de la part de leurs habitants l'objet d'une vénération particulière. Cette coutume se généralisa avec le culte des saints eux- mêmes; l'érection d'un monastère en leur honneur devint l'une des marques les plus éclatantes de la dévo- tion publique. C'est ainsi que s'élevèrent autour des ba- siliques des saints un grand nombre de monastères à Constantinople, à Borne et dans les principales cités de la France mérovingienne. D'après la Peregrïnatio SilviiB, nous voyons qu'une autre préoccupation des moines, en Egypte et en Palestine, fut de choisir comme emplacement l'un des lieux où s'était accompli un évé- nement de la Bible, ou qui gardait quelque souvenir d'un personnage biblique.
Les premiers moines fixèrent volontiers leur séjour à la campagne, souvent même dans des lieux inhabités. La solitude avait pour ces âmes contemplatives des charmes irrésistibles. Ils ne tardèrent pas néanmoins à s'établir dans les pays habités, voire même dans les grandes villes de l'Empire, telles qu'Alexandrie, Antioche, Constantinople, Borne, Milan, Cartilage, Marseille, Lyon, sans parler d'une multitude de cités moins importantes, qui eurent bientôt un ou plusieurs monastères. Les monastères urbains se trouvaient généralement dans un faubourg, et en dehors de l'enceinte. Il y en eut cepen- dant au cœur même des villes. Ce fut le casa Verceil, à Hippone, à Tébessa, à Tagaste, à Calama, et dans les autres villes de l'Afrique romaine où la maison de l'évêque fut transformée en monastère, habité par les moines clercs attachés au service de l'Église. Ces monas- tères cathédraux, situés par conséquent au centre de la cité, furent nombreux en Angleterre; il y en eut plu- sieurs en Allemagne. Des basiliques urbaines moins importantes eurent aussi leur monastère.
Les monastères, situés à la campagne, devinrent sou- vent un noyau autour duquel se formèrent des agglomé- rations humaines. Ce fut, en France, en Angleterre, en Allemagne, l'origine de villes, qui prirent, dans le cou- rant du moyen âge, un grand développement. L'Afrique romaine et l'Orient chrétien ne virent rien de semblable.
Si les moines furent souvent attirés par des sites pit- toresques, qui parlent a l'âme et la portent vers Dieu, il ne faudrait pas cependant généraliser et conclure à
phie, in-8' avec atlas, Paris, 1880, p. 117-148. Le texte im'd.t d'Apringius a été publié pour la première fois par dom M. Fér<>- tin : Apringius de Béja, son commentaire sur l'Apocalypse écrit en 531-548, Paris, 1900 (dans la Bibliothèque patrologique d'U. Chevalier, t. i), voyez notamment p. 5. — * The antipho- nary of Bangor, édité par F. E. Warren, in-4% London, 1895, part. 2, p. 11 et note p. 45. — 'Martène, De antiquis Ecclesix ritibus, in-fol., Bassano, 1788, t. I, p. 116. — • Ibid., t. m, p. 146. — ' lbid., t. II, p. 246.
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une préoccupation esthétique universelle parmi eux. Les déserts affreux et les solitudes sans horizon ne leur déplaisaient pas toujours. Quelques orientaux allèrent même jusqu'à les rechercher. Les Africains et la plupart des occidentaux eurent une prédilection pour les con- trées fertiles, propres à la culture et à l'élevage. C'est ce qui les fit s'établir fréquemment dans les larges vallées, traversées par les rivières. Ils y avaient, en outre, des communications beaucoup plus faciles. Nos grands Meuves, la Garonne, la Loire, la Seine surtout, coulaient à travers une haie monastique. La nécessité de se forti- fier ou d'utiliser des constructions antérieures les porta aussi à se fixer sur des collines ou des montagnes.
II. Fondation. — Les premiers monastères eurent pour londateur un solitaire qui groupa auprès de sa cellule des moines désireux de suivre ses exemples et sa doctrine. Les communautés nombreuses déversèrent dans des fondations leur trop plein. Des évèques prirent l'initiative de nombreux établissements monastiques. D'autres étaient dus à des princes ou à de grands pro- priétaires. Évêques, fidèles généreux, princes, dotaient le monastère fondé par eux. Pour échapper aux graves inconvénients de fondations multiples, abandonnées au caprice de chacun, le concile de Chalcédoine (451) inter- dit d'établir un nouveau monastère, sans l'autorisation de l'évêque du lieu. Cette défense, plusieurs fois renou- velée depuis, est devenue une loi générale. Les monas- tères ainsi fondés étaient une institution sacrée et défi- nitive, qu'il fallait mettre à l'abri de la ruine ou de la disparition. De là, les privilèges que les fondateurs leur obtenaient des pontifes et des rois. Ceux qui étaient placés sous la sauvegarde des rois recevaient le titre d'abbayes royales, et on nommait abbayes épiscopales ceux qui étaient sous la protection unique de l'évêque. Cette distinction ne commença guère qu'au vm* et au IXe siècle.
III. Monastères doubles. — Quelques monastère s portaient le nom de monastères doubles, parce qu'ils abritaient à la fois une communauté d'hommes et une de femmes, sous le gouvernement d'un seul abbé ou d'une seule abbesse. L'empereur Justinien les supprin a en Orient, à cause des abus qui pouvaient s'y manifester. Cette institution dura plus longtemps en France, en Angleterre et en Espagne où des règles sages et ferons prémunissaient les moines et les moniales contre ces dangers. Les communautés restaient séparées l'une de l'autre. On peut citer Faremoutier, Chelle, Remiremont, Saint-Jean-lîaptiste de Laon, etc. 11 en allait autrement des monastères mixtes, où hommes et femmes vivaient en commun. Ils ne reçurent jamais l'approbation ecclé- siastique.
IV. Construction. — Au début, les moines n'atta- chèrent aucune importance à leur logement. Ils Utilisaient volontiers celui que la nature leur pouvait avoir préparé ou que les circonstances mettaient à leur disposition. Les tombeaux abandonnés, nombreux autour des grandi s villes orientales, fournirent un refuge à des solitaire- illustres; saint Antoine adopta une retraite semblable; il se renferma plus tard dans les ruines d'un château. Il y eut des essaims monastiques dans les grottes funé- raires, dont sont criblées les collines qui bordent la vallée du Nil. Ermites et cénobites trouvèrent ailleurs des cavernes naturelles. Ils surent en creuser eux-mêmes dans le rocher friable de certains coteaux, en particu- lier sur les bords de la Loire à Marmoutier. Le monas- tère se forma plus tard autour de ces habitations primi- tives. Plusieurs des solitaires dont Grégoire de Tours raconte l'existence, se ménagèrent un logement analogue. Quelques monastères célèbres de l'Orient, Saint-Sabbas, par exemple, accrochés à des rochers abrupts, renfer- ment encore dans leur enceinte de ces grottes naturelles.
Ceux qui eurent à bâtir le firent avec une grande simplicité. Il ne leur vint pas à l'esprit de se créer une
architecture spéciale. Les matériaux et le mode de construction de tout le inonde leur suffisaient. A la campagne ou dans les solitudes, quand ils ne trouvaient pas une demeure toute faite, les ermites se bâtissaient eux-mêmes, avec le secours de quelques confrères, une modeste cabane, pouvant les loger et au besoin leur per- mettre d'offrir l'hospitalité à un disciple ou à un reli- gieux de passage. Ils se servaient pour cela de branches, de bois, de terre ou de briques, rarement de pierres. Le mobilier de ces cellules était fort simple : une ou deux nattes, pour s'asseoir et dormir, un faisceau de joncs, qui tenait lieu de siège et d'oreiller. Une porte et une lenètre les mettaient en communication avec l'extérieur. Lorsque les moines étaient nombreux dans une même localité, ils multipliaient ces huttes monastiques, les éloignant plus ou moins les unes des autres, en raison de leur besoin personnel d'isolement. A Scété et à Nitrie, elles étaient distribuées sans ordre dans l'immen- sité du désert. Une vaste église réunissait les solitaires pour les offices du dimanche. A Tabenne, tout était sagement organisé. La congrégation se composait de plusieurs monastères; dans chaque monastère, les reli- gieux habitaient des cabanes distribuées en quartiers. Quarante quartiers environ formaient un monastère; et dans chaque quartier il y avait une quarantaine de cel- lules. Les moines occupaient leurs cellules pendant le s >mnieil et pour certains travaux. Ils avaient, pour leurs réunions, de vastes édifices : l'église, le réfectoire et la cuisine, sans parler de la maison des infirmes et de l'hospice où l'on recevait les étrangers. Un mur d'enceinte entourait toutes ces constructions, qui pré- sentaient l'aspect d'un grand village monacal.
V. Laures. — Cette disposition du monastère se répan- dit en Palestine, où on lui donna le nom de laure. La plus célèbre est celle de Pharaon, qui servit de type aux autres. Elle eut pour fondateur et organisateur l'abbé Gérasime. Il y avait en outre un cœnobium, monastère où tous les trères vivaient en commun; personne n'était admis à se retirer dans les cellules de la laure avant d'y avoir fait un séjour assez long. Saint Martin, à Ligugé et à Marmoutier, logea ses moines dans des cabanes ainsi distribuées. Ce fut le système d'habitation qu'adoptèrent les premiers moines de Lérins et de Con- dat. 11 n'était pas sans de graves inconvénients. Aussi lui préféra-t-on bientôt le cœnobiam, qui imposait dans toute sa rigueur la vie commune. Les moines en firent usage dès le ive siècle en certaines contrées et dans les villes. Les prescriptions de saint Benoit et celles de saint Césaire d'Arles contribuèrent à le généraliser.
VI. Architecture. — On ne suivit aucune règle spé- ciale pour la construction des premiers cœnobia; nous l 's appellerons désormais monastères. Les moines adop- tèrenl simplement la maison et la villa romaine, qui étaient construites d'après un type à peu près uniforme sur toute l'étendue de l'empire romain.
Les fondateurs de monastère n'eurent souvent qu'à installer leurs moines dans une cilla toute construite, et munie de tous ses services, comme le fit Sulpice Sévère à Prumilhac. C'est ce qui eut lieu plus tard à Glanfeuil. Ils purent la reproduire assez fidèlement toutes les fois qu'il leur fallut bâtir eux-mêmes. Si des constructions en plus ou moins bon état occupaient l'emplacement choisi par eux. ils en tiraient d'ordinaire le meilleur parti possible; ainsi agit saint Benoit au Mont-Cassin; saint Valfroy, saint l'air, saint Amand utilisèrent même des édifices consacrés au culte des idoles.
La vie monastique, en s'épanouissant au sein de l'an- tique villa romaine, finit par lui imposer des modifica- tions profondes. Elle entraînait avec elle des fonctions variées, qui ne tardèrent [m- àse créer des organes adé- quats, Cela se lit sans effort, comme de soi-même, par la seule force des choses. Ces besoins, qui étaient un
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peu partout les mêmes, agissant dans un cadre presque identique, aboutirent à des résultats semblables ; c'est ainsi que le monastère apparut, sous tous les climats, avec un ensemble de caractères qui ne variaient pas. On ne constate nulle part l'action d'un homme ou d'une école imprimant cette direction unique et la faisant prévaloir.
Les législateurs orientaux ne disent rien qui per- mette de retrouver les principaux organes dont se com- posait le monastère. Saint Benoît est le premier qui nous renseigne en Occident. Il le fait avec sa précision habituelle. On trouve mentionnés dans sa règle l'oratoire, le dortoir, le réfectoire avec la cuisine, un lieu où se fait la lecture, les ateliers où les frères travaillent, le cellier où sont renfermées les provisions, la maison des in- firmes, la maison des novices et la maison des hôtes. La plupart de ces pièces se retrouvent dans la rè^le de saint Césaire, qui en ajoute plusieurs autres. Impossible de se faire une idée exacte de la distribution de tous ces lieux dans l'unité du monastère. Ils ne pouvaient être placés au hasard. Saint Benoit, quand il fonda le monastère de Terracine, voulut fixer lui-même le plan par terre de la construction.
Il nous reste plusieurs documents qui sont de nature à nous fixer sur cette disposition intérieure des monas- tères. Avant de les étudier, examinons en détail chacun des organes dont se composait le monastère.
VII. Mur d'enceinte. — Les laures et les cœnobia avaient un mur d'enceinte en pierres ou en terre, qui séparait leurs habitants du reste des hommes; ce pou- vait n'être qu'un fossé ou un talus. C'était la clôture que le moine ne franchissait pas sans permission. Elle le protégeait contre l'indiscrétion des séculiers et la ra- pine des voleurs. Saint Césaire la voulut très rigou- reuse pour ses moniales et saint Aurélien, pour ses moines. Aussi les murs étaient-ils assez élevés. Il y avait, à Sainte-Croix de Poitiers, des tours munies de fenêtres, dans ce mur de clôture. Les moines de cette époque attachaient une importance capitale à cette séparation d'avec le monde. Les femmes ne franchissaient jamais le seuil des monastères d'hommes; l'accès de l'église leur était même interdit. Les séculiers en général en étaient quelquefois éloignés avec autant de rigueur. On était encore plus sévère, quand il s'agissait de la de- meure des moniales. A cette préoccupation d'isoler les moines, les orientaux en ajoutèrent une autre. Leurs monastères de la campagne étaient en plusieurs con- trées fréquemment exposés aux attaques subites des Sarrasins et d'autres barbares, non moins redoutés. Les invasions musulmanes accrurent ce danger. Force fut donc de se mettre à l'abri derrière de hautes mu- railles, munies d'une seule ouverture placée à plusieurs mètres au-dessus du sol. On ne pouvait y accéder qu'au moyen d'une corbeille tirée de l'intérieur à l'aide d'une corde et d'une poulie. Les moines occidentaux n'éprouvèrent pas le besoin de se fortifier ainsi chez eux. Ils attendirent pour cela leur entrée dans la féoda- lité sous les Capétiens.
VIII. Portes. — Il y avait la porte principale et une ou plusieurs accessoires; saint Césaire, qui n'en voulait qu'une, fit fermer celles-ci. Un religieux, homme mûr, capable de servir d'intermédiaire entre la communauté et l'extérieur, était préposé à sa garde. Il avait son lo- gement à proximité. C'est lui qui recevait les pauvres et annonçait l'arrivée des hôtes. Saint Isidore voulait que la porte fût fermée durant les repas.
IX. Parloir. — Saint Césaire place un parloir tout auprès de la porte. C'est là que les moniales reçoivent les visites de leurs parents ou amis, en présence de l'abbesse ou d'une ancienne. On y sert à manger aux personnes du dehors dans les cas prévus par la règle ou quand l'abbesse le juge nécessaire. Il devait y avoir plusieurs pièces. On y renfermait les moniales qui avaient mérité la peine de l'excommunication.
X. Hôtellerie. — f.n Egypte, l'hôtellerie, placée sous la surveillance du portier, aidé par les novices, avait sa place marquée auprès de la porte. Saint Benoit en fait une maison distincte du monastère lui-même, située néanmoins dans l'enclos. Il y avait une cuisine, où deux frères, désignés pour une année entière, préparaient les repas des hôtes; un réfectoire, où l'abbé prenait ses re- pas avec eux, invitant au besoin quelques anciens de la communauté; une salle pour la réception solennelle des hôtes et le lavement des pieds, auquel prenaient part l'abbé et les religieux; un dortoir avec des lits et tout le mobilier que demande l'exercice convenable de l'hos- pitalité. Dans ces conditions, les hôtes recevaient tous les soins imposés par la charité; le monastère avait tous les mérites d'une hospitalité exercée largement et les moines n'étaient point troublés dans leur quiétude ré- gulière.
Durant tout le moyen âge et pendant la période anté- rieure, l'hospitalité fut l'un des principaux moyens par lesquels les moines exercèrent leur action sociale. Les monastères placés auprès des voies de communication eurent à lui donner une importance beaucoup plus grande. On trouve, à partir du vie et du vne siècle, la mention fréquente des ; xenodochia joints aux monastères. Saint Ansbert (678-684) en fit construire un à Fontenelle, près de la porte d'entrée. Lorsque les hôtes affluaient en un lieu, il fallait une vaste hôtellerie pour les recevoir dignement. Il y avait parmi eux des personnages voya- geant avec leur suite; les moines ne leur refusaient ja- mais l'hospitalité ; de là, les écuries et autres dépen- dances qui étaient le complément de la maison des étrangers. Les xenodochia monastiques tenaient encore lieu d'hospices, où les voyageurs et les étrangers infirmes recevaient de la main des moines et aux frais du monas- tère les soins indispensables. Voir Hospice.
XI. Oratoire. — Après saint Augustin, saint Benoit et saint Césaire veulent que l'oratoire du monastère soit ce que son nom indique, un lieu exclusivement destiné à la prière publique ou privée. C'était, à l'origine, un sanc- tuaire aux proportions restreintes, pouvant contenir les
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12. — Triclinium de Saint-Jean-de-Latran. D'après Lenoir, Architecture monastique.
seuls religieux, puisque les fidèles n'y étaient pas admis. Les moines multiplièrent chez eux les oratoires, pour répondre aux nécessités liturgiques et satisfaire leur dévotion. L'un de ces oratoires avait la forme et portait le nom de basilique. Voir Basilique. Il y en avait ordi- nairement un hors la clôture, où les femmes pouvaient
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entrer. On trouve deux oratoires au Mont-Cassin en l'hon- neur de saint Jean-Baptiste et de saint Martin; deux à Marmoutier, en l'honneur de saint Jean-Baptiste et de snnt Pierre; quatre à Glanfeuil, en l'honneur de saint Pierre, de saint Martin, de saint Séverin et de saint Mi- chel; les fouilles récemment exécutées par le père de la Croix ont mis à jour les fondations de ces deux der- niers. L'abbaye de Fontenelle en eut jusqu'à sept. Voir Église. XII. Béfectoire. — Salle commune où les moines prennent leur repas. On y gardait un silence absolu. Pendant que les frères mangeaient, ils écoutaient une lecture faite par un religieux, installé par une tri- bune ou dans une chaire. Le réfectoire était, après l'oratoire, la pièce la plus vaste du monastère. On le construisait, en Occident du moins, parallèlement à
repos. Le grand nombre des moines et la disposition des lieux ne permettaient pas toujours de les réunir tous dans un même dortoir. On les distribuait alors par groupe de dix ou de vingt, sous la surveillance des doyens. Les constructeurs d'abbayes prenaient leurs me- sures pour n'avoir cependant qu'un seul dortoir. Aussi dans les grands monastères carolingiens avait-il des proportions considérables. Celui de Jumièges avait 290 pieds de long sur 50 de large. L'abbé Anségise en fit construire un à Fontenelle, qui avait 208 pieds de long sur 27 de large et 64 de haut. Au milieu se trouvait une pièce en saillie avec un pavé en mosaïque, un pla- fond peint et de belles boiseries; ce devait être un ora- toire. Le dortoir était habituellement au premier étage de l'édifice qui reliait l'église au réfectoire; un escalier le mettait en communication directe avec le chœur. Une
Enceinte fortifiée
13. — Plan par terre du monastère de TeBessa. D'après Ab. Ballu, Le monastère byzantin de Tebessa. pi. il.
l'église principale sur le côté opposé du cloître. Il garda longtemps la forme de l'ancien triclinium des Bornains, se terminant par une abside (fig. 12). Les tables étaient distribuées sur trois surfaces, de manière à laisser un côté ouvert pour le passage des serviteurs. Dans quelques monastères, il y avait une table spéciale pour les hôtes. Le plan du réfectoire de Saint-Gall permet de juger de sa disposition intérieure. Voir le plan col. 32. Les construc- teurs d'abbayes, au temps de Charlemagne, donnaient à cette pièce une décoration intérieure. L'abbé Anségise fit exécuter dans le réfectoire de Fontenelle des peintures par Madalulfe de Cambrai. Ce même artiste orna les réfectoires de Luxeuil et de Saint-Germain-de-Flaix.
XIII. Cuisine. — La cuisine est le complément néces- saire du réfectoire. On la plaçait de manière à en faci- liter le service. Il y avait dans les grands monastères la cuisine des moines, celle de l'abbé, celle des infirmes et celle des hôtes. Les frères remplissaient tour à tour les fonctions de cuisinier; chacun avait sa semaine de ser- vice dans la cuisine des moines. Il y avait, outre la vais- selle, tous les ustensiles nécessaires à la préparation et à la cuisson des aliments. La règle de saint Benoit re- commande de les traiter avec un soin religieux et de les conserver très propres. ■ XIV. Dortoir. — Salle où les frères prennent leur
lampe éclairait le dortoir pendant la nuit et facilitait la surveillance. Chaque religieux avait son lit composé d'un matelas, d'un drap, d'une couverture et d'un traversin. Ils dormaient vêtus. On intercalait les couches des jeunes entre celles des anciens. L'abbé, souvent, partageait le dortoir de ses religieux. Ailleurs, c'était le cas au Mont- Cassin, il avait une cellule particulière. L'usage des cel- lules privées, qui semblait cher aux premiers moines, parut dans la suite incompatible avec les exigences de la vie cénobitique. L'abbé pouvait néanmoins le per- mettre à quelques moines désireux d'une solitude plus grande. On en vit s'ensevelir pour le reste de leur exis- tence dans une cellule de reclus, où ils priaient, man- geaient, travaillaient et dormaient. Voir Reçu s.
XV. SALLE C/vpitulaire. — Il fallait au moins une pièce où les moines se réunissaient pour recevoir les instruc- tions de l'abbé et délibérer sur les intérêts du monas- tère; saint Benoit ne la mentionne point; elle ne figure pas sur le plan de Saint-Gall; cette réunion devait pri- mitivement se tenir dans une aile du cloître. Mais la nécessité imposa bientôt un local à part. Il est mentionné au concile d'Aix-la-Chapelle (817). Il eut sa place au- dessous du dortoir, au même niveau que le cloître sur lequel il avait accès et parallèlement au chevet de l'église.
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XVI. Cloître. — Galerie couverte ou portique disposé autour de l'église et des édifices monastiques et les met- tant en communication les uns avec les autres; c'est l'ancien atrium des Romains transformé. Un puits ou une fontaine se trouvait dans la cour intérieure ou préau. La communauté religieuse se tenait sous le cloître en dehors des offices, des repas, des travaux des champs et des heures consacrées au sommeil, soit pour lire, soit pour entendre les leçons d'un maître : c'était une sorte de salle de travail. Le samedi soir, les serviteurs de table y lavaient les pieds de tous les frères. Voir Cloître. Le séjour du cloître pouvait être pénible en hiver. On ménagea, dans les régions froides, une salle nommée chaufloir, où les religieux se tenaient auprès du feu.
recevoir la sépulture dans l'enceinte des monastères. Les princes et les évêques réclamèrent parfois cet hon- neur. Les familles royales choisirent une abbaye pour leur nécropole. Les cimetières publics furent plus d'une fois placés auprès de la demeure des moines. Voir Cimetière, Sépulture.
XX. Cellier et ateliers. — Tout monastère avait un cellier où les diverses provisions étaient conservées dans des coffres ou d'autres récipients. Le cellérier en avait la garde. Il y avait encore la cave avec les vasa vinaria, le grenier, où se conservait le grain, le fenil, et toutes les dépendances nécessaires à une exploitation agricole. Le jardin entourait les édifices monastiques. Les travaux des champs et le jardinage n'occupaient pas continuel-
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14. — Projet de restauration du monastère de Tebessa. D'après Alb. Ballu, Le monastère byzantin de Tebessa, pi. xiv.
Saint Gervold en fit construire une à Fontenelle, au vin- siècle.
XVII. Maison des novices. — Les novices, ne faisant point encore partie de la communauté monastique, ne vivaient pas dans l'intérieur du monastère. Ils avaient leur place au chœur durant les offices; mais ils passaient le reste du temps au noviciat, où un ancien veillait sur eux et les formait à la vie monastique. Cette épreuve durait un an. Le noviciat avait son dortoir, sa cuisine, son réfectoire, une salle de travail et quelquefois un cloître; c'était comme un petit monastère dans le grand.
XVIII. Maison des infirmes. — Saint Benoît veut que l'on prenne le plus grand soin des infirmes; saint Au- gustin et saint Césaire font à leur sujet des recomman- dations espresses. Ils eurent, dans les grands monastères, un logement à part, avec toutes les dépendances né- cessaires, cuisine, salle de bain, jardin médicinal. Dans tous les monastères on avait la pieuse coutume de laver les cadavres des moines défunts avec une eau parrumée; il devait y avoir une installation spéciale pour taciliter cet acte de piété.
XIX. Cimetière. — Les moines ne furent pas les seul? \
DICT. D'ARGH. CHRÉT.
lement les religieux. Ils exerçaient divers métiers; quelques-uns, tels que la boulangerie, étaient nécessaires à la vie de chaque jour. Il y avait les menuisiers, les charrons, etc. On trouvait un moulin dans la plupart des monastères; parfois les frères tournaient la meule à bras. Quand ils avaient l'eau à leur portée, ils se ména- geaient une chute, soit en élevant une écluse, soit en creusant un canal. Dans les lieux où l'eau manquait, ils fonçaient un puits ou ils creusaient une citerne.
En somme, le monastère, surtout quand il avait de nombreux habitants, devenait une grande cité cherchant à se suffire. Les services qu'il fallait organiser nécessi- taient un développement architectural considérable. Très primitif au début, surtout dans les contrées pauvres, l'ensemble des constructions monastiques progressa avec le temps. Les grands monastères du vne siècle présentaient un aspect imposant. Ceux de la période carolingienne furent plus vastes et plus beaux. Les moines, pour les élever, usèrent de toutes les ressources que leur offrait la nature. Ils étudièrent les procédés des anciens conservés en Italie et dans la Gaule méridio- nale. Ils les introduisirent dans le nord de la France,
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en Angleterre et en Allemagne. Les gens au milieu desquels ils vivaient leur durent un progrès incon- testable dans la civilisation.
XXI. Plans. — Les parties nombreuses et variées dont se composait le monastère étaient distribuées par
Tebessa, sur les confins de la Byzacène et de la Numidie, possédait un monastère épiscopal, qui fut détruit par les Maures en 535, avec la ville elle-même. Il fut réédi- fié quelque temps après et muni d'une enceinte forti- fiée, en attendant sa ruine définitive pendant l'invasion
15. — Plan du monastère de Saint-Riquier. D'après Le Noir, Architecture monastique, t. i. p. 27.
l'architecte avec une grande liberté, en tenant compte de la disposition des lieux, de la nature des matériaux et des exigences de la communauté. On eut soin de con- server aussi fidèlement que possible le type primitif de la maison romaine. Quelques plans des monastères de cette époque reculée sont parvenus jusqu'à nous. Ils ont ici leur place marquée. XXII. Plan du monastère *>e Tebessa. — La ville de
arabe (683). C'est le monument monastique le plus an- rien que nous connaissions. Des fouilles, conduites avec intelligence, l'ont mis à jour. M. Albert Ballu lui a con- sacré une étude ' (fig. 14).
Le monastère formait un quadrilatère de 100 mètres sur 200. Il comprenait les éléments sous-indiqués qui se
* Le monastère byzantin de Tebessa, ùi-fol., Paris .Leroui, 1897
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16. — Plan du monastère de Saint-Gall. D après Mabillon. Annales, t. n.
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retrouvent dans la planche ci-joinle : cour d'entrée, et bâtiments destinés aux serviteurs; porte monumen- tale, donnant accès au monastère: Gmitre, au centre duquel étaient creusées plusieurs pièces d'eau; écuries et granges, situées à gauche; portique, exposé au midi, où les étrangers pouvaient entretenir les moines; esca- lier de dix-sept marches donnant accès à la basilique, portique d'entrée, encadré de deux tours; atrium avec ses quatre galeries, son préau et sa fontaine; baptistère, à droite de l'atrium; basilique, ayant 46 mètres de long sur 22 de large; chapelle funéraire; bâtiments acces- soires; cellules, destinées aux moines; elles sont au nombre de vingt-trois, dont l'une plus grande que les autres; petit oratoire; grande cour intérieure, enceinte fortifiée et chemins de ronde. Nous donnons une partie du monastère de Tebessa reconstitué, d'après les plans de M. Ballu (fig. 14).
XXIII. Plan de l'abbaye de Saint-Riquier. — Angil- bert, qui avait reçu de Charlemagne ce monastère à gouverner, le fit construire à neuf (799). Son royal bien- faiteur lui fournit tout ce qui fut nécessaire, pierres, bois, marbres. La construction parut une merveille aux contemporains. Il y avait trois églises : celle de Saint- Riquier, la plus importante, celle de la Vierge, située en bas du plan ci-contre, et celle de Saint-Benoit et de tous les saints abbés. Un cloître triangulaire conduisait à ces trois édifices. Un ruisseau le traversait. L'église de Saint-Riquier comptait onze autels; celle de la Vierge, treize; celle de Saint-Benoit, trois. On trouvait encore dans le monastère des oratoires dédiés aux saints anges Gabriel, Michel et Raphaël. Le dessin que nous donnons a été pris par P. Petau dans un document manuscrit, qui a depuis disparu1 (fig. 15).
XXIV. Plan de Saint-Gall. — L'auteur de ce plan est inconnu. Il l'a composé vers l'année 820; conservé aux archives de Saint-Gall, il n'a probablement jamais été exécuté. Ce n'en est pas moins un document des plus curieux, qui nous renseigne sur les dispositions des constructions monastiques et la configuration d'une grande abbaye sous les Carolingiens. Les indications minutieuses qui l'accompagnent en augmentent encore l'intérêt. On sera bien aise de les trouver ici (fig. 16).
XXV. Bibliographie. — Règle de saint Benoit et les autres règles : Holstenius, Codex regularum, éd. Broc- kie (réédition augmentée du précédent, Lucae Holstenii Codex regularum, 5 in-fol., Augsbourg, 1759, Mabil- lon, Annales ordinis S. Benedicli, in-fol., Lucques, 1739, t. i et n; Lenoir, Architecture monastique, 2 in-4°, Paris, 1852; Dictionnaire de l'Académie des beaux- arts; Ballu, Le monastère byzantin de Tebessa, in-fol., Paris, 1897; dom Besse, Les moines d'Orient, Paris, 1900; Les premiers monastères de la Gaule méridio- nale dans Revue des questions historiques, avril 1902.
Voyez aussi, pour les autres détails, les règles, les an- tiquités, la liturgie, la liste des plus anciens monastères, etc., les articles Bénédictins, Moines et Monastkres.
J.-M. Besse.
ABBÉ. — I. Titre. II. Élection. III. Bénédiction. IV. Autorité. V. Bibliographie.
I. Titre. — L'abbé est le supérieur d'une communauté monastique, jouissant de son autonomie et composée généralement d'au moin6 douze religieux. Ce mot vient du syriaque, abba, et signifie pater, père. On le donnait, en Egypte et en Syrie, aux moines que l'âge et la vertu rendaient particulièrement vénérables. Beaucoup parmi eux avaient un ou plusieurs disciples. Mais le titre lui- même n'impliquait en rien le gouvernement d'une com- munauté proprement dite.
Il y avait toujours un chef à la tète d'un cœnobium ou d'un groupe érémitique; c'était dans la nature des choses. On le nommait généralement chez les Orientaux
• De mithardo illiusque prosopa, Paris, 1612.
7tpoe<jTO)ç, ou encore senior qui prœeet, ou pater mo- nasterii. Les termes archimandrites et hégoumènes prévalurent en Asie Mineure et chez les Grecs. Cassîen nomme le supérieur du monastère prœpositus, mot qui se retrouve dans l'Afrique romaine et ailleurs en Occi- dent, où il finit bientôt par désigner un supérieur avant au-dessus de lui un chef hiérarchique. Dans la règle de saint Benoît, c'est le nom de celui qui est le second au monastère; elle réserve le titre d'abbé au seul chef de la communauté. C'est elle qui a généralisé cet usage dans le monde latin.
On trouve dans quelques groupes monastiques de l'Orient, à Scété et à Nitrie, par exemple, un gouverne- ment aristocratique, exercé par un sénat d'anciens. Mais ce furent des cas exceptionnels. Le gouvernement mo- narchique fut adopté dans les monastères orientaux et occidentaux. Il n'est même pas rare de rencontrer un seul homme à la tête de deux ou de plusieurs monastères. Cela s'imposait aux monastères fondés par le même abbé tant que leur fondateur vivait; ils avaient après sa mort un supérieur à eux. Un abbé, gouvernant avec succès un monastère, pouvait en recevoir un ou plusieurs autres qui avaient besoin de réforme. Mais ce sont des faits rares dans le cours de l'histoire monastique.
Les abbés d'une même région éprouvèrent souvent le besoin de se concerter pour le bien de leurs commu- nautés. Il y eut à Tabenne une hiérarchie, très habile- ment organisée, qui maintenait les supérieurs locaux dans une étroite union sous la dépendance d'un supé- rieur général; les monastères formaient une véritable congrégation. Saint Basile se bornait à recommander aux archimandrites des réunions assez fréquentes. Les moines de certains diocèses orientaux tonnaient une fédération, présidée par l'évêque ou par son délégué, nommé exarque des moines ou encore archimandrite des monastères. On trouve quelque chose d'analogue dans la France mérovingienne, où l'évêque réunissait tous les ans le synode des abbés de son diocèse et leur donnait les instructions qu'il jugeait utiles. Ce besoin d'union pour les abbés se fit sentir plus encore dans la suite, et il aboutit à un résultat éphémère, l'autorité sur tous ceux de l'Empire donnée par Louis le Pieux à saint Benoit d'Aniane.
II. Élection. — Le moine, fondateur d'un monastère, en devenait naturellement le chef. Dans tous les autres cas, on procédait à une élection. Certains abbés ont dé- signé leur successeur avant de mourir. Dans quelques contrées l'évêque choisissait les supérieurs des commu- nautés religieuses de son diocèse. Mais ce choix était le plus souvent laissé aux moines eux-mêmes. C'est le mode d'élection adopté par saint Benoit. Il s'est répandu dans tous les monastères avec sa règle. Les abbés et les chrétiens éminents du voisinage pouvaient, de concert avec l'évêque, s'opposer à une élection scandaleuse et faire prévaloir le choix de la partie saine d'une commu- nauté, fut-elle la moins nombreuse. Malgré les disposi- tions de la règle, les princes essayèrent de substituer leur choix à celui des religieux. C'est ainsi que Charles Martel distribua des monastères aux officiersdont il vou- lait récompenser les services. Charlemagne nomma lui aussi plusieurs abbés; mais ce furent d'ordinaire des choix très heureux. On peut citer Alcuin et Anségise. La situation faite aux mona6tères dans la société par l'étendue de leurs domaines et par leur influence portail les chefs d'État à leur imposer eux-mêmes des abbés de leur choix. Ce tut le point de départ de la commende, de la distinction des menset, de l'institution des abbés chevaliers, toutes choses qui se développèrent dans la suite, au grand détriment de la vraie discipline mo- nastique.
Saint Benoît accorde à l'abbé d'avoir une table à part, quand il reçoit des hôtes. Des abbés se donnèrent un loccment distinct de celui de la communauté. Le con-
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cile d'Aix-la-Chapelle supprima cet abus. Les abbés furent soumis au régime commun; ce qui, du reste, se pratiquait dans un grand nombre de monastères.
L'abbé gouvernait ses moines, nommait et révoquait les officiers, administrait les biens, faisait observer la règle, punissait et au besoin excommuniait les coupables, recevait l'aveu de leurs fautes, présidait les offices, don- nait certaines bénédictions. Ces divers actes n'impli- quaient en rien la dignité sacerdotale. Par le fait, on pourrait citer de nombreux abbés qui ne furent jamais prêtres.
On ne tarda pas longtemps néanmoins soit à les choisir parmi les prêtres, soit à leur conférer le sacerdoce après leur élection. Presque tous étaient prêtres en Orient dès le \' siècle; ils le furent en très grand nombre à la fin du VIIe siècle dans les monastères occidentaux. Le concile romain de l'année 826 l'exige. Il arrive souvent que ces abbés prêtres sont désignés avec leur seul titre sacerdo- tal sans aucune mention de leur profession monastique et de leur dignité abbatiale. Plusieurs abbés lurent à cette époque revêtus de la dignité épiscopale. Quelques- uns, après avoir été mis à la tête d'un diocèse, conser- vèrent le gouvernement de leur abbaye. Dans les mo- nastères cathédraux d'Angleterre, le supérieur était à la fois évèque et abbé. Il y eut des abbés évêques sans dio- cèse, par exemple saint Ursmer de Lobbes.
III. Bénédiction. — Les abbés recevaient aussitôt après leur élection une bénédiction spéciale, une ordi- nalio. Saint Benoit la mentionne. C'est l'évèque qui la conférait à l'élu dans son propre monastère, pendant la messe; saint Grégoire Ier l'atteste dans sa lettre à Urbi- cus. D'après le pénitentie! de Théodore de Cantorbéry, le pontife était assisté de deux ou trois évêques, qui furent dans la suite remplacés par des abbés. La cérémonie avait lieu après i'épitre. L'évèque livrait à l'abbé le bâton pas- toral et les sandales, baculum et pedules. C'étaient déjà les insignes de sa dignité- Voir Bénédiction des Abbés.
IV. Autorité. — Les abbés eurent dans l'Église une grande autorité. Ils exercèrent une influence prépondé- rante sur les élections épiscopales. Ils prirent part aux délibérations des conciles. Vingt-trois archimandrites assistent, en 448, au synode de Constantinople, présidé par le patriarche Flavien, et signent la condamnation d'Euty- chès. Ils figurent d'abord aux conciles de la France mé- rovingienne comme délégués des évêques. Il en fut de même en Espagne. Mais au huitième concile de Tolède (653), dix abbés furent présents en vertu de leur charge. Cela devint une règle dans les églises d'Occident. Comme la profession monastique équivalait alors à la cléricature, voire même au sous-diaconat, on reconnaissait aux abbés qui la recevaient le droit de conférer les ordres mineurs. L'ensemble des privilèges dont ils jouissaient permet de dire qu'ils héritèrent des pouvoirs des chorévèques.
Quelques abbés eurent dans les diocèses une très grande autorité: celui de l'Ile-Barbe, à Lyon, administrait ce vaste diocèse pendant la vacance du siège épiscopal; celui d'Iona avait sous ses ordres les évêques d'Ecosse, en souvenir de saint Colomban, apôtre de ce pays. Les rois, les évêques et les papes confièrent à des abbés des missions importantes.
Si durant les premiers siècles de l'histoire monastique l'on constate à la tète de quelques monastères des abbés faibles ou médiocres, il est juste de reconnaître qu'il y eut parmi eux un grand nombre de saints et d'hommes qui exercèrent sur l'Eglise et la société civile une très heureuse inlluence. Ils lurent, avec les évêques, les pro- moteurs actifs de la civilisation chrétienne.
Pendant cette période, le titre d'abbé ne fut pas donné exclusivement à des supérieurs de monastères ou à des moines. Saint Grégoire de Tours l'emploie pour dési- gner des prêtres séculiers préposés au gouvernement d'une église, probablement desservie par un groupe de
clercs. Sous les Mérovingiens, le prêtre qui dirigeait le service religieux de l'oratoire du palais portait le nom d'abbé du palais, abbas palatinus; et on nommait abbas castrensis celui qui remplissait les mêmes fonctions au- près de l'armée.
V. Bibliographie. — Régula S. Benedicti, P. L., t. lxvi, col. 215 sq., Mabillon, Annales ordinis S. Benedicti, 6 in-fol., Lucques, 1739, 1. 1, n; Thomassin, Vêtus et mova Ecclesiœ disciplina, in-fol., Paris, 1688, t. I; Martène, De antiquis Ecclesiœ ritibus, 4 in-fol., Bassano, 1788, t. n, Ducange, Qlossarium mediœ et infimœ latinitatis, au mot Abbas, dom Chamard, Les abbés au moyen âge, dans Rev. des questions historiques, t. xxxvm, p. 71-108; dom Besse, Les moines d'Orient, Paris, 1 900.
J.-M. Besse.
ABBESSE, supérieure d'un monastère, qui jouis- sait de son autonomie, et composé de douze reli- gieuses au moins. La fonction est moins ancienne que les monastères eux-mêmes. Mais le mot. créé pour la chose, à l'imitation du titre correspondant de abbas, ap- paraît pour la première fois dans l'inscription de l'ab- besse Serena, découverte à Sainte-Agnès-hors-les-murs. Elle fut enterrée vers 514. On nommait auparavant la supérieure des moniales mater monasterii, mater mo- nacharum, prseposita. Elle avait sur sa communauté une autorité semblable à celle de l'abbé. Son élection était soumise aux mêmes règles. Le rôle qui fut assigné aux abbesses dans l'Église rappelle celui des anciennes diaconesses, dont elles sont, sous une forme et dans des conditions différentes, les héritières.
Leur entrée en fonction prit de bonne heure, comme celle des abbés, un caractère liturgique.
Sainte Radegonde, dans une lettre publiée par Gré- goire de Tours, déclare qu'Agnès, abbesse de Sainte- Croix, reçut, à son entrée en charge, la bénédiction de saint Germain, évèque de Paris. D'après saint Grégoire le Grand, cette bénédiction ou ordinalio était réservée à l'évèque du lieu, qui devait au préalable s'enquérir des qualités de l'élue. Un simple prêtre pouvait, selon Théodore de Cantorbéry, conférer cette bénédiction. La cérémonie avait lieu pendant la messe. On ne leur livrait pas le bâton pastoral. Voir Bénédiction des abbesses.
Comme les abbés, les abbesses pouvaient infliger à leurs moniales le châtiment de l'excommunication régulière. Elles entendaient leurs coulpes et leur donnaient une punition. Cet aveu ne doit pas être confondu avec celui qui se fait au tribunal de la pénitence. Il y eut néan- moins des abbesses qui intervinrent dans l'administration de ce sacrement, soit en écoutant l'aveu avec le prêtre, soit en le lui transmettant. Quelques-unes prétendirent même absoudre; ce qui leur fut sévèrement interdit. Charlemagne, dans ses capitulaires (t. i, c. lxxiv, Balu/.e, 1780, p. 715), condamne d'autres usurpations dont les abbesses se rendaient coupables; elles donnaient des bénédictions, imposaient les mains et conféraient aux moniales le voile avec la solennité de la consécration religieuse.
Les abbesses eurent en Angleterre une très grande autorité. Elles siégèrent dans plusieurs conciles à la suite des évêques et des abbés. Il y en eut cinq au con- cile de Bacanceld (694), et une à celui de Nidd (705); à Rome, elles prenaient part avec leurs moniales aux processions solennelles. Pour la bibliographie, voir Abbé et Bénédictins. J.-M. Besse.
ABBUNA. Voir Catholicus.
ABDON ET SENNEN. Les deux martyrs de ce nom eurent leur sépulture à Rome, dans le cimetière de Pontien, sur la voie de Porto.
Leurs noms se rencontrent au 30 juillet dans le Mar- tyrologe Iiiôronymien : m kl. Ags. in cimit. Fontiani ad Ursum pilealum natal. Abdonis et Sennis martyr.,
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ABDON ET SENNEN
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et dans la Deposilio martyrum du chronographe de 354 : /// kal. Ang. Abdon et Scnnen in Pontiani, quod est ad Ursum pileatum. Ils sont nommés dans les di- vers itinéraires rédigés à l'usage des pèlerins du viie siècle ', et commémorés dans les martyrologes, de date plus récente, de Bède, d'Adon et d'Usuard.
L'histoire d'Abdon et Sennen est connue seulement par la Passion de saint Laurent, pièce dont la rédaction parait remonter à la lin du Ve siècle ou au commence- ment du VIe. Cette Passion les représente comme des subreguli de Corduba, en Perse, captivés par Dèce : circonstance évidemment fabuleuse, puisque Dèce ne fit aucune guerre persique. Elle ajoute qu'ils furent mar- tyrisés à Rome sous Dèce, Valérien étant préfet. Cette seconde indication est encore inexacte, puisque Valérien ne fut pas préfet de Rome pendant le règne de Dèce; mais la mention de ces deux noms engage à placer le martyre d'Abdon et de !•. ennen sous Dèce, en 250, ou sous Valérien, en 258.
Ce qui est à retenir, c't>st l'origine orientale d'Abdon et de Sennen, suffisamment attestée par leurs noms. Peut-être furent-ils d'illustre origine, princes ou sa- trapes, soit réfugiés à Rome à la suite de quelque révo- lution ou de quelque disgrâce, soit amenés de Perse comme prisonniers ou comme otages, non par Dèce, qui n'y alla pas, mais par son prédécesseur immédiat, l'empereur Philippe. S'ils vécurent à la cour de ce der- nier, ils peuvent avoir péri victimes non seulement de leur foi, mais aussi de la rancune que les écrivains chrétiens attribuent à Dèce contre tout ce qui touchait à la personne de son prédécesseur2. M. Albert Dufourq3 propose une autre hypothèse. La situation du cimetière de Pontien, au cœur des quartiers ouvriers, dans le voisinage des entrepots, lui fait se demander si Abdon et Sennen n'auraient pas été des ouvriers orientaux. La Passion donne un rôle à un certain Galba. Ce nom peut avoir été suggéré au passionnaire par la proximité des horrea Galbai, docks pour le vin, l'huile et autres den- rées.
Quoi qu'il en soit de ces hypothèses, la sépulture de ces deux martyrs peut aujourd'hui encore être vérifiée. Rs reposèrent dans l'une des chambres du cimetière de Pontien, au pied de l'escalier. Ce cimetière fut décoré de peintures à l'époque byzantine, entre le VIIe et le IXe siècle, d'après M. Lefort; vers le milieu du VI8 siècle, selon M. Marucchi et Mo1' Wilpert. La chambre funé- raire des deux martyrs est particulièrement remar- quable. Au fond est un baptistère creusé dans une niche : la paroi intérieure de la niche est couverte par une peinture représentant une croix ornée de pierreries, qui semble sortir de l'eau même, et porte sur ses bras deux candélabres, auxquels sont suspendues les lettres A et Q : au-dessus de la niche est peint le baptême du Christ. Le tombeau d'Abdon et de Sennen occupe la muraille de gauche : il est surmonté d'une fresque re- présentant Jésus-Christ, sortant d'un nuage à mi- corps, et déposant des couronnes sur la tête des deux saints. Près de l'un est écrit SCS ABDO, près de l'autre SCS SENNE... Eux-mêmes sont flanqués de deux autres personnages, désignés par les noms de SCS MILIX et SCS BI(w)CE(n)TIVS, le premier portant une tunique courte avec une chlamyde agrafée sur l'épaule droite, le second un vêtement ecclésiastique. Bien différent est le costume donné par le peintre à Abdon et à Sennen. Il semble asiatique. L'un et l'autre sont coiffés d'une sorte de capuchon recourbé en forme de bonnet phrygien, et rappelant les tiares toujours données par les anciens aux personnages orientaux, sacrés ou profanes, aussi bien les trois Hébreux dans la fournaise de Babylone ou les
1 De Rossi, Roma sotterranea, t. I, p. 182. — * Allard, Histoire desyri séditions pendant la première moitié du nr siècle. 2* éd., p. 312-314. — 3htude sur lesGesta martyrum romains, gr. in-8*.
Mages qu'Orphée, Linus et Attis. Le reste de leur vête- ment se compose d'un manteau prolongeant ce capuchon et ouvrant sur une tunique de peau, déchiquetée par le bas, de manière à laisser les cuisses à découvert4.
Ces particularités de costume montrent qu'au mo- ment où la muraille fut peinte la tradition de l'origine orientale d'Abdon et de Sennen ne faisait point de doute. Mais elles concordent imparfaitement avec l'ori- gine illustre que la Passion attribue aux deux saints. Le capuchon, la courte tunique laissant les cuisses nues semblent un accoutrement d'homme du peuple. Au con- traire, un autre monument iconographique serait, s'il se rapporte vraiment à l'un de nos saints, en harmonie avec la Passion. Il s'agit d'une lampe en terre cuite, que le P. Bruzza croit du Ve ou plus probablement du vie siècle (fig. 17). Un personnage orant y est représenté.
17. — Lampe en terre cuite représentant saint Abdon. D'après Bruzza, Studi e document! di storia e diritto, p. 416-485.
portant le candys, manteau persan, ordinairement de peau, orné d'orbiculi, de calliculx et de pierreries. On y reconnaît volontiers saint Abdon, car il a la barbe courte et ronde, comme celui-ci dans la fresque du ci- metière de Pontien (où saint Sennen l'a au contraire pointue) : le vêtement fait penser à un détail de la Pas- sion, disant qu'on présenta les martyrs à Dèce dans le splendide costume national qu'ils portaient comme sub- reguli en Perse. Cette lampe fut peut-être inspirée par une peinture plus ancienne que la fresque du cime- tière de Pontien, laquelle en serait aussi une imitation5. La fresque du cimetière de Pontien a été si souvent re- produite que nous préférons donner le monument très peu connu du P. Bruzza. Une note de M. De Rossi, jointe à cette publication posthume du P. Bruzza, dil qu'une lampe de type semblable fut aussi découverte à Lambèse, en Numidie.
Paris,1900, p. 239.— «Garrucci, Storia dell'artecristiatia, pi cxvu 1; Roller, Catacombes de Rome, pi. xcvn, xoviu. — 'Bruzxa, dans Studi e documenti di storia ediiitto, 1888, p. 416-425.
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Les corps d'Abdon et de Sennen ne restèrent pas dans le sarcophage de briques encore visible à gauche de la chambre. Après la paix de l'Eglise, on les trans- porta dans une basilique construite au-dessus de la ca- tacombe. L'itinéraire de Salzbourg l'indique clairement quand, après avoir dit que Milix, Pymenius, et beaucoup d'autres martyrs reposent encore dans le souterrain, spelunca, il invite les pèlerins à remonter, tune as- cendis, et à visiter dans une grande église les tom- beaux d'Abdon et de Sennen, et intrabis in ecclesiam magnant : ibi sa>icli martyres Abdo et Sennes quies- (.11 h t. Cette église, avec une autre basilique, celle de Sainte- Candide, construite également au-dessus du cimetière de Pontien, fut restaurée par le pape Adrien Ior, à la lin du vin0 siècle '.Il ne reste plus de traces de l'une ou de l'autre.
Une autre église avait été construite à Rome en l'hon- neur des saints Abdon et Sennen. On n'en connaît que l'emplacement; mais on sait qu'elle était voisine du Cotisée : SS. Abdon e Sennen al Colisco. M. Armellini en a retrouvé la mention dans un manuscrit du Vatican, contenant le catalogue des églises de Rome, dressé par l'ordre de saint Pie V. Probablement à l'époque de ce pape l'église était-elle encore debout et ouverte au culte : elle peut avoir été abattue vers la lin du xvie siècle ou le commencement du xvn°. Peut-être avait-elle été con- struite pour rappeler une tradition conservée par la Pas- sion. Celle-ci dit que les cadavres des deux martyrs furent jetés ante simulacruni Salis. Cette statue n'é- tait autre que le colosse de Néron, placé par cet empe- reur devant le vestibule de sa Maison d'Or, et transporté par l'empereur Adrien entre le Colisée et le temple de Vénus et Rome. Il se peut que l'église intra-urbaine des S;iints-Abdon et Sennen ait été élevée à l'endroit où une tradition locale plaçait leur exécution2.
Bibliographie. — Tillemont, Histoire des empereurs, t. rv, p. 348, 661 ; Martigny, Dictionnaire des antiquités chrétiennes, art. Abdon et Sennen, 2e éd., 1877; Smith et Cheetain, Dictionary of Christian antiquities, t. i, p. 8; Kraus, Real-Encyklopâdie der christliclien Alterthumer, in-8». Freib-'in-R. 188-2, t. i, p. 1; Le fort, Elude sur les monuments primitifs de la peinture ihrétienne en Italie, p. 96; Allard, Histoire des persé- i h lions pendant la première moitié du ut* siècle, 2e édit., p. 312; Bruzza, dans Studi e documenli di storia e di- ritto, 1888, p. 416; Dufourq, Etude sur les Gcsla mar- hjrum romains, in-8°, Paris, 1901, p. 237; Marucchi, Les catacombes romaines, in-8°, Paris, 1900, p. 61.
Paul Allard.
ABÉCÉDAIRE. — I. Épigraphie. II. Épigraphistes. III. Paléographes. IV. Nombre des lettres. V. Nombre d'alphabets. VI. Esquisses. VII. Essai de classement. VIII. Abécédaire dans l'antiquité ecclésiastique. IX. Abe- cedaria liturgiques. X. Curiosités.
Les personnes qui sont quelque peu familiarisées avec les monuments de toute sorte que l'antiquité nous a laissés savent que ces monuments, quels qu'ils soient, avant d'être mis à profit par l'historien, doivent avoir subi une série de vérifications préalables qu'on nomme la critique d'un texte. Du résultat de cette critique dépen- dra le classement du monument en question parmi les pièces certaines, douteuses ou fausses. Les pièces de cette dernière catégorie n'ont guère d'intérêt que pour l'époque plus ou moins tardive de leur rédaction; celles des deux premières catégories ne peuvent être employées utilement qu'après un examen dont l'objet sera de déter-
1 Dueliesne, Liber pontiftealis , t. I, p. 509. — - Armellini, Le Cliiese di Roma, 2' éd., p. 523. Cf. Analecta Bollandiana, 1897, t. xvi, p. 228-230, 250. — 3 Corpus itiscriptionum latina- rum, in-fol., Berolini, t. xi, p. t. — * Ms. du Vatic, n. 6852 édité par R. Schœne, Ephemeris epigraphica. in-8", Romae, 1872, t. I, p. 255 sq. avec planches. — sVoy. Sotzmann, Ueber
miner : 1° le lieu d'origine, 2° la date de la co position, 3° (s'il est possible) l'auteur du document. Un pareil examen, pour être conduit avec compétence et adopté par les savants, ne peut être entrepris sans le secours d'instruments de précision nombreux et délicats, parmi lesquels il faut compter la connaissance de tout ce qui a trait aux conditions d'exécution matérielle d'un docu- ment.
Les anciens collecteurs de monuments n'apportèrent pas tout le soin désirable en relevant les types qui s'offraient à eux; il en résulte, pour un grand nombre de textes, disparus depuis, une incertitude souvent trop grande pour nous permettre de faire usage des rensei- gnements de cette nature. C'est l'unique raison qui fera écarter de ces recherches plusieurs travaux considérables, mais peu sûrs, que l'on pourrait être surpris de ne pas voir citer.
I. Épigraphie. — Le pèlerin d'Einsiedeln et quelques- uns de ses contemporains, l'auteur du Sylloge de Milan, Agnellus de Ravenne, d'autres plus récents, comme Nicolas Laurentius, paraissent n'avoir jamais songé à reproduire dans leurs recueils la forme des lettres des textes qu'ils copiaient. Leurs successeurs illustres du XVe siècle, Pogge et Cyriaque d'Ancône, purent faire autrement, malheureusement leurs autographes ont péri; ce fut du moins la préoccupation de Didier Spreti, de Ravenne3; mais un grand nombre, parmi lesquels Michel Fabricius de Ferrare, Jean Jucundus de Vérone et le «collecteur espagnol», ne se soucièrentpas de voir les monuments : ils composèrent leurs recueils à l'aide d'autres recueils. Néanmoins, vers ce temps-là même, la préoccupation commençait à naître. Félix Félicien de Vérone composa dans la seconde moitié du xv siècle un recueil clans lequel il avait dessiné et peint les lettres latines d'après les inscriptions antiques * et où il s'ef- forçait d'en retrouver les formules géométriques. Plusieurs de ses observations sont devenues classiques, en parti- culier sur E, F, G, M, O, P, Q, R; d'autres, il faut le dire, sont moins heureuses, par exemple celles sur C et K. Lucas Paciolus reprit ce sujet auquel il ajouta assez peu de chose 3. Au XVIe siècle, nous voyons les représentants de l'épigraphie en user encore assez librement dans la transcription linéaire des textes. L'un d'eux cependant, Martin Smet, avait entrevu les exigences légitimes de la science sur ce point; parlant de ceux qui l'avaient précédé, il disait: prseterita omni temporum alque œlalum ralione, omnes inscripliones eadem characterum forma delineaverunt quod equideni non probo ; quum ex ipsa lilterarum forma tempus seu œlas qua quœque res scripta est cognosci fere jm^sii. Anliquissimis enim teniporibus (ante Ccesares videlicet) utebantur lit teris plane simplicibus alque inforniîbus..., a tempore Augusli usque ad Anloninos, florenlissima scilicet setale, characteres formosissimos, quadralos alqueomni ex parte optime dimensos effigiabanl. Inde iterum cum setale et imperio ipso Romano paulatim characteres declinabant /iebanlque primo obliquiores solito, ac deinde oblongiores, ac tandem ad extremam barbariem delabebautur, ut lilteris Gothicis quant simillimi evaserint... Quse quidem scriplurx dirersilas, si a describentibus observaretur, midlam ipsis in- scriptionibus gratiam lucemque, et non minimam legentibus adderet voluptalem6. On peut constater la vérité de celte opinion dans un manuscrit épigraphique des inscriptions de la Norique".
L'étude de progrès trop lentement réalisés, d'un re-
dis àltesten meistxylographischen SehreibbjXcher der Italiener
aus der ersten Hiilfte desxvrJahrh. und Hugo da Carpi's Antheil daran, dans R. Naumann et R. Weigel, Archiv. fur zeichnenden Kùnste. Leipzig, 1856, t. Il, p. 275-303. — ° .M. Smetius, Epist. ad Marcum Lauri un m. dansE.Hûbner, Exempta script, eptgraph, lut., in-fol. .Berolini, 1885, p. xiv. — ' Curp. inscript. lat.,t. m,p.587.
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cueil au recueil suivant, formerait un chapitre curieux de l'histoire de la typographie. Ce n'est guère qu'avec R. Sabretti1, le P. A. Lupi2, que l'on assiste aux premiers essais sérieux qui font entrevoir tout ce qui se cache ici de difficultés 3. Maffei* les suivit dans cette voie où l'imperfection des moyens servait si mal les hommes de science et de goût qu'elle les détourna d'en faire un usage étendu 5.
II. Épigraphistes. — Il n'y a pas lieu de classer dans un travail scientifique les travaux épigraphiques de Piranesi, de Pistolesi, de Canina. Le livre célèbre de Cajetan Ma- rini sur les frères Arvales inaugure la période moderne des reproductions. On ne peut omettre de mentionner ici les observations judicieuses de Zaccaria, Islituzione antiquario-lapidaria, in-4°, Romre, 1770, et Venetiis, 1793, p. 314-337 (2e édit., p. 261-284), ou quelques tentatives méritoires de Hagenbuch, Orelli, Borghesi. Ce fut Fré- déric Ritschl qui inaugura la paléographie épigraphique dans une série de travaux : Inscriptio quse fertur Co- lumnee Rostratee duellianee, in-4°, Berlin, 1852; Monu- menta epigraplrica tria, in-4", Berlin, 1852; De ficli- libus litteratis, in-4°, Berlin, 1853; Anthologies latines corollarium epigraphicum, in-4", Berlin, 1853; De declv- natione quadam lalina questio epigraplrica, in-4°, Berlin, 1861; Supplem. questionis de declinalione quadam latina recondiliore, in-4°, Berlin, 1861; Priscee latinita- tis monumenla epigraplrica ad archetyporum fidem exemplis litogr. reprsesenlala, in-4°, Berlin, 1862 : Ie' sup- plem. 1862; 2e supplém. 1864. — Le P. Garrucci, Syl- loge inscriptionum latinarum esvi romanes reipubli- ess usque ad C. Julium Ceesarem plenissima, 2 parties, in-8°, Taurini, 1875- 1877, 655 p., 2 pi.; AriodanteFabretti, Osservazioni paleografiche e grammaticali, in-4°, Turin, 1874; et Paleograplrische Sludien ans dem ltalie- nischen ùberselzt, in-8°, Leipzig, 1877, 165 p., complé- tèrent la théorie sur quelques points. Plusieurs ouvra- ges furent entrepris coup sur coup par MM. de Boissieu, Inscriptions antiques de Lyon, in-4°, 1846-1854; J.-B. De Rossi, Inscriptiones chrisiianee iwbis Romgs seeculo vu antiquiores, in-fol., 1857-1861, t. i; Ed. Le Blant, In- scriptions chrétiennes de la Gaule, 2 in-4°, Paris, 1856- 1865, et Nouveau recueil des inscriptions chrétiennes de la Gaule antérieures au vme siècle, in-4°, Paris, 1892; Hubner, Inscriptiones Hispanise christianic, in-4°, Berlin, 1871 ; Inscriptiones Britannise christianœ. \n-l°, Berlin, 1876; G. Pétrie, Christian inscriptions in the irish Lan- guage, chiefly collected and drawn by G. Pétrie, in-i°, Dublin, 1872. Il faut citer encore : J. C. Bruce, dont les reproductions doivent être vérifiées : Lapidarium septen- trionale : or, Description of the monuments of roman rule in the north of England, pubiished by the So- ciety of anliquarics of Newcastle-upon-Tyne, in-fol., London and Newcastle, 1875, xvi-i-92 p. et pi.; A. AU- mer et A. de Terrebasse, Inscriptions antiques et du moyen âge de Vienne, 6 in-8°, Vienne, 1875-1876, pi. in-4°; P. Charles Bobert, Epigraphie gallo-romaine de la Moselle, 2 in-4°, Paris, 1873 et 1883 ; le même, Les étrangers à Bordeaux, élude d'inscriptions de la période romaine portant des ethniques, dans les Mé- moires de la Société archéologique de Bordeaux, in-8°, Bordeaux, 1883, t. vin, 109 p. Ces trois ouvrages, à notre point de vue, paraissent irréprochables. Citons encore : M. Munier, Tabulée photographes XI, materiam paleographicam œtatis imperatoria exhibentes, in-4°, Moguntiaci, 1873; F. H. Kraus, Die Christlichen In-
1 Inscriptionum antiquarum, qux in xdibus paternix as vantur, explicatio, in-fûl., Romœ, 1702. — 2 Disscrtatio et anU madversiones ad nuper inventum Scverœ Martyris epita- phium, in-tol.,Paiiormi, 1734. — 'Maffei, Artis critiese lapidariœ quse extant, dans Donati, Veterum inscriptionum grxcarum et latinarum novissimus thésaurus, 1. III, c. it, in-fol., Lucae, 1775, p. 158 sq. — * S. Maflei, Muséum Veronense, in-fol., Ve- 1749, p. 97, 400, 402. Ci. C.urp. inscr. lut., t. îv, et
schriften der Rheinlande, in-4°, Freiburg im Breisgau, 1890, dont il faut rapprocher la notice de C. Bone : An- leitung zum Lesen, Ergânzen and Dalieren romischer Inschriften mit besonderer Berùcksichtigung der Kai- serzeil und der Rheinlande, in-8°, Trier, 1880, 9i- p.; E. Hubner, Inscriptionum Hispaniœ christianarwm supplementum, in-4», Berolini, 1900, xvi-162 p. ; enfin, quelques revues dont les reproductions sont d'un mérite fort inégal : Nuovo Bullettino di archeologia cristiana; Bulletin épigraphique de la Gaule; Bulle- tin du Comité; Revue archéologique*. Le sujet ré- sumé ici a été traité avec l'ampleur et la science dont il était digne par Emile Hubner : Exempla scriplures epigraphiese latines a Cessaris dictatoris morte ad eetalem Iustiniani, consilio et auctoritate Académies litterarum Regiœ Borussices edidit Aem. Hubner. Auctarium Corporis inscriptionum latinarum , in-fol., Berlin, 1895, lxxxiv-458 p. et 1215+13 pi. Voyez du même savant TJebcr mechanische Copieen von Ins- chriften, in-8°, Berlin, 1880, 28 p.
C'est une question aujourd'hui résolue que celle de l'édition des monuments épigraphiques et paléographi- ques. Hubner se félicitait quelques mois avant sa mort d'avoir pu employer dans son Supplément aux Inscrip- tiones Hispanise chrislianee un procédé dont il n'avait pu faire usage trente ans plus tôt. La publication de YAntiphonary of Bangor par Warren est inspirée par une semblable préoccupation scientifique. De même M. Renan avait voulu que toutes les inscriptions sémi- tiques connues et données dans le Corpus, même fis simples fragments, fussent reproduits par l'héliogravure, au lieu de se contenter, comme dans les publications similaires, de la transcription en caractères spéciaux. Mommsen lui ayant demandé pourquoi il avait adopté un système aussi coûteux : « C'est, dit Benan, parce que nos explications feront peut-être sourire nos enfants, quand la science aura fait des progrès par de nouvelles trouvailles; mais nos héliogravures seront toujours bon- nes; c'est la part de vérité définitive dans notre recueil. »
III. Paléographes. — Les écrivains qui ont traité de la paléographie en général n'ont pu se dispenser d'accorder quelque attention aux exemples épigraphiques. Leurs observations ne contiennent rien de notable. Bornons- nous à les mentionner ici : Mabillon, De re diploynatica. 2° éd., in-fol., Paris, 1709, p. 454; donne une inscription romaine de l'année 338 écrite en capitales et en onciales '. Hermann Hugo S. .T., De prima scribendi origine, in-S°, Utrecht, 1738, p. 108 sq. Les auteurs du Nouveau trait*, de diplomatique, D. Toustain et D. Tassin, ont montr* dans leurs choix (t. il, p. 1 sq., pi. xx. xxi, xxiv-xxxi) une certaine inexpérience, in-4°, Paris, 1750-1765, t. vi. A. Aldenbrùck S. .1., In artem diplomalieam isagoge, in-8°, Colonia\ 1789. a donné un travail sans valeur. Lue légion d'érudits espagnols s'attacha à cette étude. Ce furent Christophe Rodriguez, dont le travail fut amélioré par son éditeur Joseph Nasarre, Polijgraphia Espaïiola, in-fol., Madrid, 1738, 2 pi. ; Etienne de rerreros, son con- temporain, qui put mettre à profit les notes manuscrites de Palomares conservées à l'Académie royale de l'histoire, à Madrid, malheureusement il fut trop bref. Paleogra- phia Espanola, in-4», Madrid, 1758, p. 120. pi. \\i. xvii. Andréas Merino ne sut pas mieux utiliser le : Palomares, Escudo de leer letras cursivas antiguas, in-fol., Madrid, 1780, pi. v, 1; pi. lix, p. 126. H suffira de citer encore Mirambell, Tabulée paleeographicee,
E. Hubner, loc. cit., n. 1X7; Corp. inscr. lot., t. v, n. 4919-4920, et
E. Hubner, loc. cit., n. 8G7, 868. — ■Passionei, (scritionianlicha
disposte per ordine (M oarie d<i*si. etc., in-fi I., i
p. 185. — '■ Y'iy. li. Cagnat, Cours d'éptgraphie latine. Paris,
1889, p. \\\; F. Cumont, Les inscriptions
Mineure, dans les Mélanges île VÉc. franc, de Rome, in-8*,
Rome, 1895, lassim. — • Pe Rossi, Inscrip. christ, urb. Romx,
in-fol., Rom», 1861, t. i, p. 43, 50.
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in-8°, Vich, 1811 ; Alvera Delgras, Escrilura y lenguaje de Espana, in-8°, Barcelone, 1859; Paluzie, Compendio de paleographia Espanola, in-8° et in-fol., Madrid, 1857.
La théorie des lettres majuscules a été reprise par J.-B.Trecco, Regole pratiche per disegnare gli alfabeti majuscoli ad uso di compartire con esatezza e brevità le iscrizioni sopra qualunque data superficie, opéra corredata di tavole xxvin in rame autore ed editore G. B. T., in-4°, Vicenza, 1820, 100 p. Kopp apporta à l'étude en question les développements que son érudition rendait faciles : Palœographia critica, in-4», Mannheim, 1817-1824, t. I, p. 83; t. ni, p. 235, 254, 502 sq., et Bilder und Schriften der Vorzeit, in-8», Mannheim, 1819-1821, t. i, p. 225, 265. Natalis de Wailly, Éléments de paléo- graphie, in-4°, Paris, 1838, t. i, p. 409 sq., 467 sq., fut très bref, et le recueil de Silvestre, Paléographie universelle, 4 vol. in-fol., Paris, 1841, ne donna aucune place à l'épigraphie, à moins que ce ne soit déjà lui en faire une que de reproduire des manuscrits dont la filiation paléographique est évidente '. Hans Ferdinand Massmann étudia les formes cursives dans son Libellus aurarius sive tabulai ceratœ et antiquissimœ et unicœ Romanœ in fodina auraria apud Abrudbanyam oppi- didum Transsylvanum nuper repertœ, quas nunc pri- mus enucleavit, depinxit, edidit H. F. Maasmann, in-4°, Leipzig, 1840. La doctrine épigraphique de l'écriture eursive dans l'antiquité a été donnée depuis par Charles Zangmeister, dans le quatrième volume du Cor- pus inscriptionum latinarum : Inscriptiones parie- tarise Pompeianse, Berculanenses, Slabianae, consilio et auctorilate Academise litterarum regiœ Borussicœ. Ac- cedunt vasorum ficlilium ex eisdem oppidis erutorum inscriptiones éditée a Richardo Schoene, in-fol., Berolini, 1871.
Le perfectionnement apporté aux procédés mécaniques a rendu possible les reproductions photographiques et phototypiques telles que les ont données G. Arndt, Schrifttafeln zum Gebrauch bei Vorlesungen und zum Selbslunterricht, in-fol., Berlin, 1874, 1878, fasc. i, ri; Ch. Zangmeister et G. Wattenbach, Exempla codicum Latine, um litleris maiusculis scriptorum, in-fol., Hei- delberg, 1876, 1879, et supplément, in-fol., 1879; la société paléographique de Londres, The palgeographical sociely, facsimiles of manuscripts and inscriptions, édités par E. A. Bond et E. M. Thompson, in-fol., Lon- dres, 1873-1878, part. I-VIII; Césare Foucard, Elementi di paleografia, la scrittura in Italia sino a Carlo Ma- gna, parte 1 (dal il secolo avanti l'era volgare sino al v dopo), 10 pi., in-fol., Milan, 1879.
IV. Du nombre de lettres. — Il n'entre pas dans les limites de ce travail de rechercher les origines de l'al- phabet. A l'époque où la religion chrétienne transcrit ses pensées sur la pierre et les métaux, cet alphabet avait subi ses changements les plus importants et vers la fin de la république, c'est-à-dire à l'époque la plus féconde en inscriptions romaines, le système alphabé- tique latin était arrêté définitivement presque en entier 2.
L'alphabet archaïque n'était que l'alphabet grec légè- rement modifié, il ne compta pendant presque toute la période républicaine que vingt et une lettres. Vers la fin du viiie siècle de Rome, on ajouta le Y et le Z. Vers la même époque, les formes perdirent leur aspect raide et étriqué et l'écriture monumentale prit ce cachet d'élé- gance qu'on mit grand soin à lui conserver pendant les
' \V. Wattenbach, Anleitung zur lateinischen Palseographix, in-8", Leipzig, 1869, p. 1 sq. — 2 Voy. Mommsen, Die Unterital. Dialekte, in-8% Leipzig, 1850, p. 26 sq. ; Ritschl, Priscx latini- tatis documenta epigraphica, Berlin, 1862, p. 111 sq. ; Zur Geschichte des lat. Alphabets, dans les Opuscula, Berlin, 1809, t. iv, p. 691 sq. ; A. Fabretti, Primo supplemento alla raccolta délie antichissimi scrizioni italiche, in-4% Torino, 1872; R. Garrucci, Sylloge inscr. lat., in-8°, Taurini, 1875-1877; Fr. Le-
deux premiers siècles de l'empire. Malgré nos recherches, nous n'avons pu rencontrer parmi les inscriptions chré- tiennes un seul cas certain de l'emploi des trois lettres introduites par l'empereur Claude dans l'alphabet lalin, d'où elles disparurent après sa mort 3. Ces lettres étaient les suivantes : 1° le digamma inversum, d, destiné à remplacer le V consonne, par exemple : JVLGVS *; —
itUOiiiuiiKM/vo/^RUV*
A r) cw F q h i r- V /WV0PO N[V^
WVvN
mu.
18. — Alphabets pompéiens D'après le Corpus inscriptionum latinarum, t. iv, pi. XL.
2° Yantisigma, O destiné à exprimer le son ps 3 ; — 3U le signe i- (demi-aspiration) destiné à donner le son intermédiaire entre i et u comme dans optwmus pour optimus 6.
V. Du nombre d'alphabets. — On ne saurait con- fondre l'alphabet monumental et l'alphabet cursil; il faut faire une place aussi à l'alphabet oncial qui n'appa-
normant, dans leDictionn. des antiq. grecq. et rom. de Daremberg aumot Alpliabctum ;R.. Cagnat, Cours d'èpigr. latine, in-8-, Paris, 1889, p. 2 sq. — 3Tacite, Ann., xi,14: Claudius très litteras adiecit qux usui, imperitante eo, post obliteratse, adspiciuntur nunc etiam in xre. — * Priscien, Inst. grammat., I, 4, 20. Cf. Quinti- lien, Inst. orat., I, 7, 27; Aulu-Gelie, Noct. attic, xïv, 2, 5. — 5 Priscien, Inst grammat., i, 7, 42. — 6Mai'iiiïVictorinus,p. 2465, éd. Putsch, dans Corpus scriptor. eccles. latinor., Vienne.
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rait guère avant le IVe siècle 1 et le celtique, mais on ne peut tenir compte ici de quelques essais d'inscriptions qui révèlent une main presque ignorante des rudiments de l'alphabet ou de ceux de l'art du graveur ou bien encore de jeux épigraphiques qui ne sont pas du do- maine de la science, niais de celui de la curiosité. On sait d'ailleurs, que nombre d'inscriptions sont l'ouvrage de particuliers .(iii ne pouvaient ou ne voulaient pas se servir des lapicides -.
VI. Des esquisses. — Quant à la persistance des mêmes types, il est possible, mais peu probable, que les anciens aient fait usage du moule; on n'a aucune preuve positive à en donner 3. Pour les esquisses tracées ù l'aide de la craie, de la brique, du charbon ou autre- ment, il n'en reste pas trace ; mais, eu égard au peu de fixité de ces matières, on n'en saurait rien conclure
6. ABCDEFGHIKLMNOPQRTVX 2518
7. ABCDIII'GHIKkMNOPQRSi»» 2519
8. ABCDIII'GHIKLMN 2520
9. I LDI-GIIII.MNOIOP 2520a
io. k%wmmmio\\Y,\w\ 25206
11. ABCDIIIiCHUiilI 2521
12. ABCDIIIiGHl«iil 2522
13. ABCDIrGHHl« 2523
14. ABCDIIIHG 2524
15. ABCDIII'GHHSIIVAA»» 2525
16. ABCDIIFG 252(5
17. ABCDII 2527 et 2527a
18. ABCDII 2528, 2530
19. ABCDII 2529
20. ABCD 2531, 2533. 2534
21. ABCD 2532, 2532a
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19. — Alphabets grecs. D'après Kaibel, Itiscriptiunes yraecœ aiciliœ, Italix, n. 2020-2624.
■contre cet usage. Aucune inscription chrétienne ne nous est d'ailleurs parvenue dans des conditions de conser- vation analogues à celles des inscriptiones parietarix de Pompéi, sauf toutefois les quelques graffiti chrétiens découverts dans cette ville.
L'emploi des instruments de géométrie n'est pas dou- teux, tire-ligne, équerre, compas. Il se pourrait bien que les instruments indiqués sur la tombe du fossoyeur Dio- gène lui aient servi à tracer les inscriptions plus qu'à autre chose. Outre les inscriptions tracées au pinceau, il s'en trouve quelques-unes dans lesquelles la partie creusée a été peinte soit avec le rouge, soit avec l'or. Voyez Inscriptions. Voici quelques-uns de ces abécé- daires trouvés à Pompéi (fig. 19).
VII. Essai de classement.
1. ABCDIIrGHIKkMNOPQRS7VZ 251i
2. ABCDMrGHIKkMNOPvRsTVX .,-,-
3. ABCDIIrGHIKkMNOPQR2TVX 2516
4. ABCDEF<=HIKLMNOPQRSTVX 251,
5. ABCDIII'CCHIKLMNOPQRSTVX »
1 De Kossi, Inscr., t. i, p. 43, 50; Corp. inscr. lat., t. vm, n.2391 ; Comptes rendus de l'Académie des inscr. et belles-lettres, in-8% Paris, 1884, p. 64; Ephem. epigr., t. v, p. 279; t vu, p. 6t. Un exemple dans Hiibner, Inscr. Hïsp. suppl., 1900, n. 294, qui croit cette écriture contemporaine du ni" siècle, en Afrique. Voy. Exempt script Int.. p. xxxvm et n. 1146-1152. — * E. Le Blant, Sur tes graveurs des inscriptions antiques,
22. ABCD" n 2535
23. ABCI 2536
24. A B 2537-2539
25. ABC 2540
26. aA 2540 b
27. AXBVC«« 2542
28. AXBVCD 2543
ABVCTDSIIRFIQ 251 V
uasaiDAaxv ^^
2549
29. 30. 31- OHOH/.//0-
32. vSNQRTAXBS
33. ASx'vRBV
34. AX
35. AX. 36. 37.
38.
25i5
2546
25V7
2548
OPQR 2549a
IHKLMNO 25-496
RRRRRR 9549c
OPQER
11 n'existe dans l'épigraphie occidentale quun petit nombre d'abécédaires grées. En voici quelques-uns : 1. Mélaponte, sur la panse d'un vase ;
a P y ô £ F î H i v. ). ii v o ^ S p s : 'J ? y • G. Kaibel, Inscr. grmc. Sicil.. n. 2420.
dans la Revue de VArt chrétien, Paris, 1859; Hiibner, Exem- iraphicx, in-fol., Berolini, 1885, p xxv. Voy. inscr. lot., t. n„n. 391, 416,738 3222; t. ni,n.79,80;tv,n. "160; t. vi. n. 9102. 10761, 11131 ; t vm, n. 2026, 2874, 4120; Kenzen, n. 7215, ouHûbner, toc. cit., u. 1100; Corp. inscr. lat., t. m. n «36, 5196; t. v. n. 8856; t. VI, n. B861; t. vm i, 684, 2756, fâW, 4-410. — 'Hiibner, toc. cit., p.xxvu.
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2. Melllcha.
a] p y S [s] F [C] fc [0] i y. X u, vo fi] 1 p o t[u E ç] X G. Kaibel, Insc. grœc. Sicil., n. 2420 5.
3. Misanelli, « vaso di crota gre/.za. »
a [J y ô < r, > e F î -i) 8 ' * ^ v 5 "^ P 5 " " ? ? Z w G. Kaibel, l»scr. grœc. Sicil., n. 2420°.
"VIII. L'abécldaire dans l'antiquité ecclésiastique. — Un vase chrétien trouvé à Carthage, il y a peu d'an- nées ' (fig. 19), portait représenté sur la panse une croix équilatérale entre deux poissons accostés des lettres A
20. — Vase chrétien trouvé à Carthage. D'après le Bull, di arch. crist., 1880, pi. vin.
B C, le tout, d'une facture assez grossière. Le lieu où fut faite la trouvaille étant à proximité d'un baptistère, on crut pouvoir conjecturer que l'on se trouvait en présence d'un ustensile destiné à accomplir les rites baptismaux. On sait en effet la signification des poissons. Dans le plus antique symbolisme chrétien ils représentent les fidèles régénérés et enfantés dans le Christ par le bap- tême ; pisdculi secundum !^8'jv. Aux Ve et vie siècles, les poissons devinrent l'ornement principal des baptistères. Les caractères de l'inscription ne répugnent pas à cette date; en outre, nous savons qu'on faisait usage de vases pour le baptême par immersion, et si nous ne sommes pas renseignés sur cette partie du mobilier liturgique, nous ne pouvons être surpris de le rencontrer tellement pauvre et grossier, car l'Eglise de Carthage vivait alors sous la menace de la persécution des Vandales. Enfin,
* De Rossi, Bull, di arch. crist., in-8°, Roma, 1880, pi. vm. — *J. J. Ciampini, Vetera monimenta, in quibus prsecipue musiva opéra sacrarum profanarumque xdium structura ac nonnulli antiqui ritus dissertationibus iconibusque illustrantur, in-fol., Romuî, 1690, t. Il, pi. iv, v. — 3Clermont-Ganneau, Un cha- pitre de l'histoire de l'A B C, dans les Mélanges Charles Graux, in-8", Paris, 1884; Du Cange, Glossarium, au mot abecdarium, abcturium ; Martène, De antiquis Ecclesiseritibus, 1. 11, c. xni. iu-fr.l.. Rouen, 1700-1702; Lyon, 1706; Anvers-Milan, 1736-1738. — * Gregorii M. Opéra, P. L., t. lxxviii, col. 53. —
la forme du vase s'éloigne assez peu de celle d'un vase employé à un usage semblable que nous voyons dans un monument qui peut être du vne siècle2. Il reste à expli- quer les lettres ABC.
Ces lettres servent généralement à désigner toute la série alphabétique. On dit Yabc ou Yabcd3. On trouve fort anciennement dans les livres liturgiques ces mêmes lettres employées pour désigner un rite dont nous aurons à parler. Le sacramentaire publié par dom Ménard prescrit pour la consécration des églises l'inscription des seules lettres ABC au lieu de l'alphabet en entier, qui était tracé sur la croix faite de cendres4. Cette double rencontre de la croix et des lettres ABC mérite attention.
Les exemplaires d'anciens alphabets grecs eu romains 5 offrent des combinaisons variées. Henzen a trouvé une pierre qui avait servi à un apprenti lapidice pour s'es- sayer à graver l'abécédaire latin et le sigle L). M. S. 6. On connaît une tablette portant ces lettres :
ABrAeZHGIKAM....
nONTII
C'est probablement une tablette scolaire qui a servi ensuite de pierre sépulcrale7.
Deux tombes chrétiennes sont plus dignes d'attention, l'une provenant du cimetière Ostrien :
A B
l'autre du cimetière de Sainte-Christine de Bolsène 8 ; De Bossi a vu la combinaison suivante sur la bordure inférieure d'un loculus 9 :
ABCDEGKFLMNP
A+©A
ABCDEfC
Enfin, une pierre du cimetière de Saint-Alexandre au septième mille de la voie Nomentane porte les graffites suivants :
a) AXBVCTESDR EQGPH M
b) -"BCCEECHI
MNOPQ RSTVXYZ
Il y a ici deux groupes abécédaires différents. Le pre- mier a déjà attiré l'attention du P. Garrucci 10 et de De Bossi il après lesquels il ne reste d'ordinaire que bien peu de chose de nouveau à dire. Cet alphabet est le même, sauf une variante, que le n° 30 de notre classement des alphabets latins : S3SaX0A9XV- Cette bizarrerie s'ex- plique par une coutume des pédadogues que nous trou- vons en vigueur à Stabies, c'est-à-dire au plus tard au premier siècle de notre ère, et dont saint Irénée et saint Jérôme nous donnent l'explication. "Opa oùv xsçaXv avw, to. aXça x«i xb £3, ■zpiyriXov Se B xoù W, oj^io-j; â[j.a '/spac r xoù K, <ttt|8y) A xoù •£, 5i7.fpctyy.oi. E xoù Y, vâ)xov Z xat T, xoiXîav H xoù S, (xripouç 0 xoù P, yôvoctoc I xoù II, xvrj[j.aç K xoù O, <j;pupà A xai S, ■rcô'ô'aç M xoù N. ToOto" èarc xb o~<JijJ.a tyj? xatà tôv \i.âyov 'AXï)8£i'aç 12. Ces inscriptions sont assez fréquentes parmi les graf-
5 Kaihel, Inscr. grxc. Sicil., n. 2420 '-6 ; Zangraeister, Corp. inscr Int., t. IV, p. 164, 165 ; Benndorf et Hirschfeld, Archàol.-epigraph. Mittheil. aus Œsterreich, in-8», Wien, 1881, p. 124, n. 16 ; Henzen, Bull, dell' Istit. di correspond, archeol. di Borna, m-8',Roma, 1862. p. 29; De Rosti, Bull, di arch. crist., 1880, pi. vu. — 6 Henzen, Bull, dell' Istit., 1862, p. 29. — ' De Rossi, Bull, di arch. crist., 1881, p. 131. — 8 Stevenson, Nelle notizie di scavi del Fiorelli, août 1880, p. 276. — 9 De Rossi, loc. cit., p. 132. — '»R. Gar- rucci, dans le Bull, dell' Ist., 1861, p. 38. — "De Rossi, loc. cit., p. 132. — '= Irénée, Contr. hseres., i, 14, 3, P. L., t. vu, col. 601,
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frtes '. Nous en trouvons d'autres exemples en numisma- tique. Sur un denier de L. Cassius Cœcinianus 2 on lit ces sigles
AX, BV, CT, DS, ER. FQ, GP- HO, IN, KM 3.
Cavedoni 4 avait conjecturé une explication que les textes de saint Jérôme ont démontrée juste. Sicul apud nos. dit saint Jérôme, Grsecum alphabelum usque ad novissimam litteram per ordinem legitur, hoc est Al- pha, Bêla et cetera usque ad Q, : rursumque propter mernoriam parvulorum solemus lectionis ordinem vertere et primis exlrema miscere, ut dicamus Alpha Û, Beta, Psi : sic et apud Hebrœos, etc. 5. Et dans une lettre à Léta à qui il donne des conseils pour l'éducation de sa petite fille : non solum ordinem leneat littera- rum, ut memoria nominum in canticum transeat, sed ipse inter se ordo crebre lurbetur, et mediis ultima, primis média misceantur ' G . M. De Rossi a conclu que l'auteur du graffite du cimetière Saint-Alexandre était sans doute un enfant qui, ne voulant pas s'éloigner sans laisser lui aussi son proscynème sur la muraille, y a écrit tout ce qu'il savait, Yabc, suivant les deux modes qu'il avait appris : per ordinem et ordine verso primis extremas litteras jungens. Il est à remarquer que dans le second groupe on lit la lettre Z, tandis que dans le premier groupe c'est encore la combinaison de Stabics qui est en vigueur, c'est-à-dire l'antique alphabet de vingt et une lettres allant de A à X. Ce petit détail a son intérêt pour l'histoire de la pédagogie, il nous montre qu'en quatre ou cinq siècles les modèles dans les écoles n'avaient pas été modifiés et ce n'étaient pas seulement les rudiments qui restaient dans cette stagnation. Vers le Ve siècle on constatait dans les programmes un retard de cinq ou six cents ans. Ennodius de Pavie, évëque et grammairien, tenait l'art de la parole pour le premier de tous. Ses clercs devaient avoir fait leurs classes sans en rien omettre. Toute la friperie littéraire, dont Tacite et Pétrone se plaignaient de leur temps, était encore à la mode. Cette persistance des coutumes les plus insignifiantes doit être quelquefois rappelée, ne fût-ce que pour tempérer un peu la tendance de quelques-uns à pourvoir la doctrine de l'évolution d'une chronologie souvent trop rapide.
Du vase marqué ABC. — On ne saurait omettre le rapprochement entre la croix accostée de ABC et la crux decussata, le long des branches de laquelle l'évêque con- sécrateur d'une église trace les lettres de l'abécédaire. Un fait très différent et qui semble fournir le trait d'union nécessaire est la persistance dans la langue populaire en Italie de la locution santa croce, croce sanla pour dési- gner par antonomase la table abécédaire1. Une explica- tion se présente naturellement des sigles du vase bap- tismal de Carthage. Les pisciculi représentent les baptisés que l'on désignait du nom de infantes et aux- quels on apprenait pendant la semaine inalbis le rudi- ment de la vie spirituelle. L'abécédaire symbolise cet enseignement rudimenlnire qui allait leur être donné. Peut-être faut-il rapprocher encore un usage, tardif as- surément, mais qui parait inspiré par la même pensée. A Milan, au XIe siècle, on commençait l'instruction des catéchumènes par l'explicntion du monogramme accosté
•Cf. l'Essai de classement, n. 27-30, 32-35. — «a. J. Gruter, p. 864, n. 11 ; J. Eckhel, Doctr. num.vet., t. v, p. 166. — 3Momm- sen, Geschichte des Rom. Munzwcsens, p. 561, trad. de Blacas, Histoire de la monnaie romaine, in-8% Paris, 18(i5--18?3, t. n, p. 387, n. 103. Voy. Friedlânder, Oskieche Mùnzen, p. 87 ; Riccio, Cat., p. 63 ; prem. suppl., p. 6 ; J. Kvklicl, Doctrina vetcrum num- morum, in-4°, Vindiibonœ, 1702-1798, t. v, p. 76; C. Cavedoni. Bipostigli antichi, p. 172, cf. De Rossi, Bull, di arch. crist., 18S1, loc. cit. — lC. Cavedoni, Bull. delV Ist., 1893, p. 17:.; 1865, p. 256. — SS. Jérôme. In Jerem., xxv, 26, P. L., t. xxiv. col. 838. — "S. Jérôme. Epist., xvn, P. L., t. xxn, col. 867. — ' Verattl, dans les Opuscoli religiosi letterari c morali, in-S%
des lettres AQ1, Enfin une explication très nette est donnée au ixe siècle par Rémy d Auxerre, lorsqu'il ex- plique le rite de l'inscription de l'alphabet le long de la Crux decussata : Quid auleni per alphabetum nisi initia et rudimenla doctrines sacrœ intelligi conveniO? Le rapprochement de l'abécédaire et de la croix a eu lieu d'assez bonne heure et d'une manière un peu diffé- rente, mais qui cependant doit être notée. Une serrure à secret du IVe siècle nous donne cinq abécédaires10; chacun d'eux est précédé d'une palme. Deux matrices en marbre servant à faire empreinte sur une matière amollie ont été trouvées sur l'antique emplacement d'Erice en Sicile. Ces moules portaient l'abécédaire gravé en bordure et allant de A à Z. Ces abécédaires étaient encadrés chacun par deux croix, une au commen- cement et une à la fin J1 (fig. 21).
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XX *
21. _ Moules d' abécédaires. D'après le Corpus inscriptionum latinarum, t. x, n. 8001.
Un monument plus curieux a été trouvé à Rome en 1877. Sa paléographie le fait dater du vi« ou du vir siè- cle, mélange de capitales et de cursives, le S pour le Q et le x pour le X. Toutes les fois que l'O latin s'est ren- contré il a été remplacé par le 0 grec, de plus l'alpha- bet est de vingt et une lettres et s'arrête à X. C'est un nouvel exemple de la persistance des vieux modèles dans la pédagogie romaine. Cette pierre contient trois lé- gendes distinctes : 1° un abécédaire, 2» deux formules. Chaque groupe débute par une croix '- (fig. 22).
Il semble légitime de conclure que cette pratique était ordinaire à l'époque et dans la région où la pierre fut couverte d'inscriptions; or on sait qu'à Rome cette coutume apparaît vers la fin du Ve siècle. C'est à la même époque qu'il faut probablement rapporter l'usage de marquer une croix en tète de l'alphabet. A vrai dire, le vase de Carthage offre une différence, puisque la croix s'y trouve non au commencement mais entre les lettres de l'abécédaire, de même à Bolsène. Il n'y a peut-être pas eu d'autre raison que la recherche d'une certaine svmétrie.
Un rite de la liturgie romaine semble olliir mati. rapprochement avec les usages rapportés ci-dessus. La dédicace des églises comporte la cérémonie suivante : l'évêque écrit sur le sol en se servant de l'extrémité de son bâton pastoral deux abécédaires, un grec et un latin.
Modena, 1882, p. 56, 57. — 8 J. Allegranza, Spicnazioni e ri/lcssioni sopra alcuni sacri monumenti antichi di Milano, in-'r, Milano, 1757, p. 18 sq. — ll Remv d'Aï] ict. de
dedic. ceci., dans Martène, Dé antiq. /.' s, 1. II. 13;
Ord. xi. — ,0 De Rossi, Bull, di arch. crist.. 1880, pi. VU. — " Mommsen, Corp. inscr. lut., t. x, n. S064 \5. — '«Fiorelli, Notizie degli scavi di antichità commtinicate alla rcale acca- demia dei lineei, in-4% Roma, 181 I meiani, Bullcttino
archeologico municipale, m-i\ Roma, 1877, p. 56: De 1. Bull, tlt arch. crist.. 1881, p. 137. Cf. Jordan dans Jahresbe- richt ilcr kl. Alterthumsw., 1878, t. xv, p. 416. Corp. inscr. Int., t. vi, paru 4, n. 29849
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le Ions de deux lignes tracées avec de la cendre en forme de crux decussata (X). Les abécédaires doivent avoir leur point de départ du côté de l'orient et se diri- ger vers l'occident.
Le sacramentaire dit léonien, qui n'est à vrai dire qu'un recueil de préfaces et d'oraisons du type romain, ne renferme aucune prière ayant rapport à cette céré- monie. Le sacramentaire grégorien porte la rubrique suivante : Deinde incipiat pontifex de sinislro angulo
22. — Pierre trouvée à Rome avec abécédaire. D'après le Bull, di archeologia cristiana, 1881, p. 137.
ab Oriente scribens per pavimentum cum cambutla sua, A, B, C, usque in dextrum angulum Occidenlis ; incipiens ilerum similiter a dextro