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LES

NOMS DE LIEU DE LA FRANCE

LEUR ORIGINE, LEUR SIGNIFICATION, LEURS TRANSFORMATIONS

AVAXï-PROPOS "

Les noms de lieu forment la plus riche des nomencla- tures qui se rattachent à la langue usuelle. Environ deux cent mille vocables, dont certains s'appliquent, il est vrai, à plusieurs localités, ont été réunis dans l'édition du Dic- tionnaire des Postes et des légraphes publiée en 1898. Si tous les lieux habités de la France y figuraient, leur nombre dépasserait certainement le million ; et si l'on faisait le dépouillement du cadastre, on arriverait incontestablement à cinq ou six millions de vocables géographiques.

Cet immense vocabulaire n'est pas, comme celui des sciences, le produit de la méditation, et encore moins le développement d'une donnée systématique. Il n'est pas l'œuvre de quelques hommes. Il s'est formé à la longue, et comme au hasard des circonstances. Il a pour auteurs tous les peuples qui, successivement, sont venus s'établir dans notre pays, toutes les races, victorieuses ou vaincues, dont le mélange a produit la nation française.

1. Sauf quelques rares modifications qu'on n'a pas cru pouvoir se dispen- ser d'y apporter, le texte cjui suit est celui qu'Auguste Loug'non avait rédigé eu vue de sa leçon du jeudi 5 décembre 1880 au (^oUoyc de France, cl f(u il paraît avoir ensuite relouclié pour rada[)ter à son enseignement de l'Ecoli' des Hautes l'.ludes.

/.es nnins de llvn. '

Li:S MOIS IJK Lli:i'

Des éléments si divers par leur origine ne le sont pas moins par leur signification. Ils indiquent tantôt la configuration ou la nature du sol, tantôt les espèces ani- males ou végétales qui y vivent, d'autres fois la destination que les lieux ont reçue du fait des hommes : ou bien encore ils nous ont conservé la mémoire d'anciens événements ou le nom des personnages par qui les centres de population furent créés ou transformés : de sorte que. dans la nomen- clature dun pays comme la France, les renseigne- ments abondent. non seulement pour le linguiste, mais aussi pour T historien, pour l'archéologue et pour l'économiste. Quant aux mots dont le sens nous échappe (et il en est encore beaucoup), ils sont eux-mêmes utiles à l'histoire, parce que, si l'on en ignore la signification, on sait parfois cependant, grâce à leur structure, à quel peuple on les doit.

Une source il y a tant à puiser n'est pas sans avoir été déjà mise à contribution. Elle a servi à la plupart des érudits du temps passé, mais d'une manière tout à fait accidentelle et rarement intelligente. Adrien de Valois, dans sa Notitia Gfilli;irum, publiée en 1679, et l'abbé Lebeuf, dans Vllisloire de la ville et de /ouf le diocèse de Paris, qui date du milieu du xviii'' siècle, sont les seuls auteurs qui aient tiré un parti raisonnable de ce moyen d'intormation dont ils avaient ac(piis le juste sentiment par une longue habitude et beaucoup de pénétration ; encore le second, parfois bien aventureux, ne doit-il être consulté (pi'avec beaucoup de circonspection.

( (]e n'est guère avant le milieu du xix"" siècle, cpi'on a cpnnnencé à faiii- une élude spéciale des noms de lieu. Un (.«iidit (i'es|)iil tiès cultivé et de sens droit, Auguste Le l'révosl, a, en \H'.V.), tracé la voie qu'il convenait de suivre, eu réunissant, sous la forme d'un dictionnaire ', avec l'équi-

1. Diclionrmire i^x iin<iriis ikuiih <!*' lifii ihi <l''j>;iih'iiifii/ (!<• l'/'uri'.

AVANT-I'KUPOS

Valent moderne à côté, les noms anciens des localités du département de l'Eure, tels qu'il les avait recueillis dans les vieux textes et surtout dans les chartes. Des ouvrages conçus dans le même esprit, mais différents dans leur dis- position, ont paru depuis, consacrés aux régions les plus diverses de la France. Enfin, un répertoire général, qui doit embrasser toute la France, entrepris il y a plus de cin- quante ans par ordre du ministre de l'Instruction publique, le Dictionnaire topographique de la France^ comprenanl les noms de lieu anciens et modernes, est aujourd'hui publié pour vingt-sept départements '. Les index géographiques des nombreux cartulaires publiés depuis un demi-siècle ~' apportent une non moins utile contribution à l'étude des noms de lieu que les dictionnaires dont on vient de parler ; ils sont même en quelque sorte plus précieux, parce qu'ils

1. Voici rénumération de ces départements, le nom de chacun étant accompagné, entre parenthèses, du nom de l'auteur et de la date de publi- cation du dictionnaire :

Ain (Philipon, 1911); Aisne (Matton, 1871); Hautes-Alpes (Roman, 1884) ; Aube (Boutiot et Socard, 1874) ; Aude (abbé Sabarthès, 1912) ; Calvados (Hippeau, 1883); Cantal (Amé, 1897); Dordogne de Gourgues, 1873); Drôme ^Brun-Durand, 1891); Eure (m'^ de Blosse- ville, 1878); Eure-et-Loir (Merlet, 1861); Gard (Germer-Durand, 1868); Hérault (Thomas, 1863); Haute-Loire (Chassaing et Jacotin, 1907); Marne (Longnon, 1891); Haute-Marne (Roserot, 1903); Mayenne (Maitre, 18o8); Meurthe (Lepage, 1862); Meuse (Liénard, 1872) Morbihan (Rosenzweig, 1870); Moselle (de Bouteiller. 1874);

Nièvre (de Soultrait, 1865); Pas-de-Calais (c'« de Loisne, 1908);

Basses-Pyi'énées (^Raymond, 1863); Haut-Rhin (StolTel, 1868); Vienne (Bédet, 1881); Yonne (Quantin, 1862). Sont sous presse, à l'heure actuelle, les dictionnaires du Cher et de la Côte-d'Or; en outre, onl été déposés au Ministère de l'Instruction publique les manuscrits des dic- tionnaires d'Ille-et- Vilaine, de la Sarthe, de Seine-et-Marne et des Vosges.

Divers travaux conçus dans le même esprit ont été publiés on dehors do cette collection officielle; les principaux se rapportent aux départements de l'Indre (Eug. Hubert, 1889;, d'Indre-et-Loire (Carré de BusseroUe, 1878- 1884), de la Loire-Inférieure (Quilgars, 1907), de Maine-et-Loire (Poil, 187i-1878), de la Savoie (Vernier, 1896), des Deux-Sèvres (Ledain ol Dupond, 1902), de la Somme (Jacques Garnier, 1867-1878, dans Mdm. de la Soc. des Antiq. de l^icardie, 3" série, t. I et IV).

2. H. Stcin, Biblioyraphie gérif-rale des cartulaires /'rançais (tome IV i.\^' la collection des Manuels de hibUo(j rapine hislori(/uo, Paris, Alph. Picard^ 1907, in-8").

LKS NU.MS Di: lAEV

fournissent généralement les formes les plus anciennes, et partant les plus irtéressantes, des vocables géographiques.

D'autre part, quelques ouvrages ont été consacrés par divers érudits à l'étude de la formation ou de la significa- tion des noms de lieu. Tels sont, par exemple :

Houzé, Etude sur la signification des noms de lieu en France (1864, in-8°, 140 p.). L'auteur de ce livre étudie quelques séries de vocables topographiques, en prenant pour point de départ l'explication d'un nom de lieu déter- miné ; possédant à fond les travaux de Valois et de Lebeuf, et doué d'un sfrand bon sens, il arrive à des résultats vrai- ment étonnants pour le temps il écrivait.

Quicherat, De la formation française des anciens noms de lieu, traité pratique suivi de remarques sur des noms de lieu fournis par divers documents (1867, petit in-8°, 176 pages). Ouvrage dont l'éloge n'est plus à faire, mais auquel on aurait tort de se fier complètement.

H. Gocheris, Origine et formation des noms de lieu ([1874], in-12, 276 pages). Cet ouvrage a pour auteur un érudit auquel on doit d'estimables travaux ; mais, apparem- ment plus complet et plus méthodique que les livres men- tionnés précédemment, il doit être consulté avec une grande méfiance pour tout ce qui appartient en propre à son auteur.

H. d'Arbois de Jubainville, Recherches sur l'origine de la propriété foncière et des noms de lieux habités en France (iH[){), in-8*^) ; cet ouvrage renferme surtout de précieuses données sur les vocables géographiques formés en Gaule, à l'époque romaine, sur des noms propres de personnes el des noms de propriétaires.

L'étude (le la signification des noms de lieu repose aujoMid'hni sur des bases assez solides. On ne se contente plus, comme le faisait iJullet il y a un siècle el demi, de dépecer les noms de lieu en aulant de morceaux qu'ils ont de syllabes sans paraître se douter des altérations, parfois si graN'cs, qii ils uni subies au cours des siècles el, ce

\VAM-Plt(»l'OS

dépocemeiil opéré, de chercher la significaiion de chacune de ces parties du nom dans un prétendu langage celtique, qui n'a rien de commun avec celui qu'ont étudié, de nos jours, MM. d'Arbois de Jubainville, Gaidoz, Loth et Ernault. La seule méthode véritablement scientifique con- siste à rechercher les formes anciennes de chacun de ces noms, ou, à leur défaut, les formes anciennes sous lesquelles les anciens documents désignent quelque localité homo- nyme, et Ton part de pour en déterminer le sens, à l'aide des langues successivement parlées par nos ancêtres. Par- fois, c'est l'étude comparée de tous les noms de lieu d'une région, aujourd'hui française, qui permet d'arriver à l'éty- . mologie d'une série importante de vocables géographiques. Les progrès accomplis depuis un demi-siècle dans les études de philologie en général, et de philologie celtique en particulier, ne sont pas sans utilité pour ce genre d'études.

ORIGINES GRECQUES

Les noms de lieu actuels du teriiloire français ne nous apprennent rien, pour ainsi dire, sur les colonies que les Grecs ou les Phéniciens formèrent jadis en Gaule, et, semble-t-il, presque exclusivement dans la Gaule méridionale.

1. Pour les Grecs, par exemple, leur plus importante colonie de Gaule fut Marseille, fondée par les Phocéens vers l'an 600 avant notre ère ; or le nom ancien de cette ville, MaaaaX'la en grec, Massilia en latin, n'est peut-être pas dorigine grecque : il est possible que ce soit simplement un nom indigène, par exemple ligure, puisque Marseille fut fondée dans une contrée domi- naient alors les Ligures.

Quelques noms géographiques d'origine grecque sont mention- nés et appliqués à des localités de Gaule, par d'anciens auteurs grecs ou latins, mais tous désignent des localités situées sur les côtes de la Méditerranée. Tels sont, par exemple, Athenopolis, Portus Herculis Monoeci, N-'y.a'.a, 'Avti-sa'.ç, 'Av^O-/;. 'Aspc-

Or,TlXÇ.

2. Athenopolis, la ville de Minerve, localité dont le nom ne paraît pas avoir subsisté, et dont la situation, qui n'a i)as été déterminée d'une façon certaine, répond peut-être à celle do Saint-Tropez (Var).

3. Portus Herculis Monoeci était, ce nom l'indique sulll- samment, le port consacré à 'Hpay.A-^ç McvoTy.îç, dénomination grec(|ue d'un Hercule solitaire ([ui n'est autre, paraît-il, que THercule tyrien, c'est-à-dire le dieu phénicien Melkarth. C'est aujourd'hui Monaco, que l'on désignait encore au xvii'' siècle sous le nom de Moiin/iics ou Moiin/iiez '.

Deux autres localités de la même région étaient dédiées à Hercule, à en juger par leur nom d'Heraclea.

1. Voir H. Boiiclie, Aa chorrxjruphic ou ilpxcrifi^ioii <li' Prannirr Aix, 1664, 2 vol. iii-fol.), pnasim.

8 - T. ES NOMS DE LIEL'

4. L'une d'elles était située, croit-on, vers Saint-Gilles (Gard), c'est-à-dire à l'ouest de l'embouchure du Rhône.

5. L'autre est Heraclea Caccabaria, qu'on a placée, non sans vraisemblance, au sud de Saint-Tropez, vers la baie de Cavalaire.

On est assez porté à considérer ces deux Heraclea, de même que Monaco, comme d'anciens comptoirs phéniciens qui auraient ensuite passé aux Grecs.

6. Nr/.aïa. nom grec reproduit par le latin Nicaea, désigne la ville de Nice. Ce nom, qui signifie littéralement « la victo- rieuse », s'appliquait peut-être originellement à un sanctuaire de la Victoire, Niv.t;, à moins qu'il ne s'agisse ici de Minerve, ou plutôt de Pallas, qui était, on le sait, honorée sous ce surnom dans la citadelle de Mégare, en Attique.

7. 'AvTizoA'.ç, c'est-à-dire « la ville d'en face », devait son nom à sa situation opposée à celle de Nice, de même que la Aille actuelle de Tortose, en Syrie, située en face de l'île d'Aradus, fut jadis appelée Antaradus. C'est la moderne Antibes, en pro- vençal Antiboul, ce dernier nom accentué sur la seconde syllabe.

8. 'AvxOy;, qui, comme Nice et Antibes, était à l'origine un comptoir marseillais, est aujourd'hui la ville d'Agde (Hérault). Suivant Timosthène que cite Etienne de Byzance, le nom com- plet de cette localité aurait été AvaOr, ^'^'/Jn c'est-à-dire « Bonne Fortune ».

9. Aopoo'.Tiac, c'est-à-dire « lieu consacré à Vénus », est le nom qu'Etienne de Byzance donne à Port-Vendres (Pyrénées- Orientales) dont le nom actuel dérive du latin Portus Veneris au même titre que vendredi de Venèris dies.

10. Tels sont les quelques vocables géographiques d origine grecque qui ont pu être relevés sur notre pays. Ce modeste ensemble n'a pas suffi à certains esprits qui, voulant voir en Gaule de plus nombreux vestiges de colonisation grecque, ont cru trouver satisfaction dans certaines régions avoisinant, les unes l'Océan Atlantique, les autres l'embouchure de la Somme. Les noms géographiques sont ici les seuls témoins invoqués : eii l'espèce, ils ne prouvent pas grand' chose. Sans doute, dans les départements des Landes, du Gers, des Basses-Pyrénées et des Hautes-Pyrénées, un assez grand nonii)r(' de villages ont h'ur nom Irriuiiié on o.s, Alhos, Pissos, Ibos ; mais l;i Icrminaisoii di-

oKir;i>i:s (iiiKCouKS H

ces noms, correspondant à une syllabe accentuée du nom primi- tif, est sans rapport avec la terminaison grecque -oç qui n'aurait, en français, pas laissé plus de traces que les terminaisons latines -us et -um, appartenant à des syllabes post-toniques.

Les prétendues preuves de colonisation grecque vers 1 embou- chure de la Somme ne sont pas plus convaincantes. Il se peut que le nom primitif de Saint- Valery-sur-Somme soit Leuconaus, comme le dit la Vita Sancti Walarici, écrite au vu® siècle ; mais c'est à tort qu'on voudrait reconnaître dans ce vocable deux mots grecs, l'adjectif Xeuy.iç, « blanc », et le substantif vau;, « vais- seau ». La terminaison du nom Leuconaus n'offre qu'un rapport fortuit avec le mot grec ^ouq : ce nom paraît formé à l'aide d'un suffixe -a vus (réduit de bonne heure à -aus), qu'on trouve dans certains noms de lieu de la Gaule, tels Andelaus, Merlavus, 'Vertavus, et notamment Vinimaus etTellaus, ces deux der- niers noms désignant deux régions peu éloignées de Saint- Valéry, le "Vimeu et le Talou.

Il convient donc de ne pas exagérer la recherche d'éléments grecs dans la toponymie française, d'autant plus que les anciens noms grecs qui se sont perpétués jusqu'à nous, tout comme les mots qui du latin sont passés dans notre langue, ont été altérés de telle façon, que leurs formes modernes n'offrent rien qui accuse leur origine, et sont presque méconnaissables, ainsi qu'on l'a vu par l'exemple d'Agde, d'Antibes, de Nice et de Moun/iics.

II

ORIGINES PHÉNICIENNES

11. Les noms de lieu n'apprennent rien sur les colonies phéni- ciennes qui ont pu ou même qui ont exister, à une époque antérieure à la fondation de Marseille, dans le voisinage de la Méditerranée. Il est vraisemblable que la plupart des établisse- ments grecs dont le nom rappelait celui d'Hercule, sont d'anciens comptoirs phéniciens passés aux Grecs, et que le nom d'Hercule évoquait le souvenir du personnag'e mythologique que les Grecs appelaient l'Hercule tyrien, et que les Tyriens qui ont porté son culte à Cadix, à Malte et à Carthage nommaient Melkarth. Mais il est périlleux de vouloir distinguer, parmi les localités de la Gaule dont les écrits de l'antiquité nous ont transmis les noms, celles dont les vocables peuvent dériver de quelque langue sémi- tique. Par exemple, dans le nom de Ruscino, qui désigna tout d'abord Gastell-Rossello, près de Perpignan, en attendant que le nom de Roussillon lut appliqué à un comté, puis à l'une de nos. provinces, on a voulu voir la racine rus, qui figure dans bien des noms géographi(jues africains d'origine punique (Rusadir, Rus- gunia, Rusuccurum), et dont lesens, identique à celui de ros, si fréquent dans les dénominations géographiques d'origine arabe, répond au français « cap » ou « promontoire » ; mais, outre que la position de Gastell-Rossello, même s'il s'était produit un changement important dans la configuration du littoral méditer- lanc'en, ne permet guère cette conjecture, le rapprochement est peut-être tout fortuit. Il serait plus raisonnable de dire (jue Ruscino se rapproche par sa terminaison de Rarchino, aujourd'hui Barcelone, ville d'Espagne certainement d'origine punique, puisqu'elle a été fondée par Amilcar Rarca, vers 2H0 avant .1. -(!),, que son nom parait bien avoir été formé, à l'aide <l un suffixe puni(jue, sxu- liarcn. Ruscino procède-t-il pareille- MuMil d'un iimn dhointnc Ici ([uc lifisrn! ( )m no peut ([uc le sup-

ORIGIÎSES PHÉNICIENNES I 1

Les noms phéniciens ou puniques ne doivent d'ailleurs pas avoir été très nombreux en Gaule ; et, comme les monuments de l'antiquité ne nous en font connaître aucun dont le caractère ethnique soit certain, il faut se garder d'en chercher des vestiges sous les formes, souvent si trompeuses, de la nomenclature géographique moderne de notre pays.

III

ORIGINES LIGURES

12. Les Ligures qui, lors de la conquête romaine, occupaient les régions alpestres de la Haute-Italie et de la Gaule, semblent avoir dominé jadis sur une bien plus grande étendue de pays. En effet, selon Justin, qui n'est que Fabréviateur de Trogue- Pompée, historien latin contemporain d'Auguste et originaire de la cité des Voconces, c'est '< inter Ligures et feras g entes Gallorum », sur le territoire des Segobriges, que les Phocéens auraient fondé, vers l'an 600 avant J. -G., la ville de Marseille. Festus Avienus, qui écrivait à la fin du iv" siècle de notre ère, en s'aidant de documents postérieurs d'un siècle environ à la fondation de Marseille, dit que le Rhône formait la limite entre l'Ibérie et les rustiques Ligures. Cependant on a lieu de croire qu'il y avait des colonies ligures au nord des Pyrénées, si même à un moment donné, ce peuple n'a pas occupé le pays situé entre ces montagnes et le Rhône : le souvenir en subsiste dans le nom de Livière, porté par une plaine voisine de Nar- bonne, que Grégoire de Tours, dans son Liher in fjlorin rnar/y- runi\ désigne sous le nom de Liguria.

Suivant l'opinion des savants modernes cjui se sont occupés d'ethnographie avec le plus de succès, Mûllenhotîen Allemagne, d'Arbois de Jubainville en France, les Ligures seraient venus des régions de la mer du Nord, chassant devant eux les Sicanes, établis alors en Gaule, qu'ils poursuivirent jusqu'en Italie, ces derniers ne purent d'ailleurs se maintenir. En un mot, les Ligures auraient domim- (|urh|u(' temps jusijiic vers les conliiis do l'I^tru- rie, et même fondé en ]']spagne une colonie dont 1 eniplacemenl est diflicile à déterminer, mais qui aurait coinj)ris la région avoi- sinant les sources du Hetis, c'est-à-dire du (iuad.ihpiivir actuel. ICn Gaule, ils durent céder le pas aux poj)ulations c(^lli(|U('s cpii y ■irrivérf'nt cinf| ou six siècles .ivant l'ère chré'tiennc

1. Miiniuiinitl.i fii'fiii.-ini.ii- liisliii-ii;i, .S'c/'/'/j/m/cs rfiiini iiirii,rin</lr;iril m . I,

Dail.INES LKiUUES 13

La langue des Ligures s'est perdue sans laisser de traces bien apparentes, et aucune inscription ligurienne n'a été trouvée dans les Alpes maritimes, qui furent comme le dernier refuge de leur indépendance. Cependant on possède quelques données sur des noms propres qui peuvent être attribués à cette nation.

13. Un texte épigraphique ^ remontant à l'an 147 avant J. -G. et trouvé dans la Valle di Polcevera, près de Gênes, soit en pleine Ligurie, est particulièrement instructif à cet égard. Reproduisant une sentence arbitrale prononcée par les frères Minucius entre les Génois et les Viturii, il renferme des noms propres de populations, de villag-es, de forteresses, de montagnes, de vallées, de cours deau, et parmi ces appellations, au nombre de ving-t-neuf, on distingue les noms Neviasca, Vinelasca répété sous la forme Vinelesca Veraglasca et Tutelasca, tous appliqués à des cours d'eau. Le suffixe -asca qu'ils pré- sentent, et dont on constate ainsi la fréquence relative dans cette inscription, peut être d'autant mieux considéré comme particulier aux Ligures, qu'on ne le rencontre dans aucune des lang'ues de l'Europe occidentale qui nous sont connues ~.

Il est impossible de ne pas reconnaître dans le suffixe -asca la forme féminine d'un suffixe encore vivant dans la Haute-Italie et dans la région alpestre, on l'emploie pour la formation d'ethniques tels que bergamasque, crémasque, monégasque, mots italiens francisés qui désignent les habitants de Berg-ame, de Crème et de Monaco. La forme masculine paraît dans les noms de lieu Areliascus etCaudaliascus, qu'on litdansla Table alimentaire de Veleia, document épig-raphique de l'ancienne Etrurie '. Ce suffixe étant à bon droit considéré comme ligure, on a intérêt à rechercher s'il a laissé des traces en France.

On peut répondre affirmativement à cette question par

1. Corpus inscriptionmn lalinarum, V, 886.

2. La même inscription présente 'd'autres sufûxes de noms de lieu, tels que -emia, -inus, et -atis ou -aies, qu'on peut aussi attribuer aux Ligures ; mais les deux derniers ne leur étaient pas spéciaux, car ils se retrouvent dans d'autres langues indo-européennes; quant à -emia, il est difficile à reconnaître dans les formes médiévales ou moilernes des noms de lieu ; on n'en tiendra donc pas compte ici.

3. Ces deux vocables figurent à la page xvii, ligne 21, du texte de la Tabula alimentaria Veleialium qu'Ernest Desjardins a donné à la suite de sa liièse (le (loclorat />'• /.i/iulis alinii'n/.iriis,... (Paris, iSili, in-5-").

fi Lies >'OMS DE LIEU

l'examen de deux précieux documents de la période franque intéressant le pavs compris entre le Rhône inférieur el les Alpes, cest-à-dire le Testament du patrice Abbon, qui date de 739 ', et le Polvptique de l'églisede Marseille-, rédigé vers 815, sousl'évéque Wadald. Le premier de ces textes, dans lequel sont énumérées d'assez nombreuses localités de la Provence, du Dauphiné et des régions voisines, en mentionne au moins quatre dont le nom est terminé en -asca ou -ascus : Annevasca, Cravasca, Bar- ciascus, Bicorascus ; et sept autres présentant le suffixe -oscus, qui paraît n'être qu'une variante du précédent: x\lba- rioscus, Bonnoscus, Gattaroscus, Cravioscus, Lavarios. eus, Lavarnoscus, Riacioscus. Quant au Polyptique de l'église de Marseille, on y rencontre Albarascus, Albaroscus, Albioscus, Curioscus, Dailosca, Lebrosca, Mainosca.

On ne connaît malheureusement pas toujours l'équivalent moderne de ces vocables.

Aux deux suffixes presque analogues -ascus et -oscus, il faut sans doute en joindre un troisième, -uscus, qui termine, dans Pline et dans Ptolémée, le nom d'une population alpestre, donc vraisemblablement ligure, les Rugusci. Il serait imprudent d'ajouter à ces trois suffixes, les suffixes -esc et isc, qui complé- teraient la gamme vocale, car ces deux derniers, lorsqu'ils se pré- sentent dans les noms de lieu, proviennent le plus souvent d'un suffixe germanique, subsistant dans l'allemand -isch et dans l'anglais -ish, fjui caractérisent surtout des adjectifs ethniques. Pour ne pas risquer d'attribuer une origine ligure à des noms en réalité germaniques ou semi-germaniques, il faut donc n'admettre pour ligures ou semi-ligures que des vocables dont le suffixe était originellement -asc, -esc ou -use.

14. En disant « ligures ou semi-ligures », on entend bien préci- ser que les noms dans lesquels on reconnaît ces sufFixes, sont h)in de remonter tous avec certitude à la période ligurienne du passé de hi France méridionale, car l'un de ces suflixes est, on vient de le voir, usité de nos jours encore pour la formation d'adjectifs

1. I\nrclf'.ssiis, Diplomuln, 11,370-378.

2. l'ulilif'; en 18!i7 par Guérard, à la suile tlu (.ariiiluire de l nbLmjc df Saint- Virlor Je Marseille, dans le l. IX (j). 033-0;)4) de l.i Culleclion des car-

lljl.'lIl-i'H ilr Fnilirr.

OUIGINES LIOLUKS lo

ethniques dans la Haute-Italie. Les suffixes ligures paraissent être restés en usag'e pour la formation des adjectifs à l'époque romaine, et sans doute môme à l'époque franque, dans les pays précédemment habités par les Ligures, et dans lesquels, par conséquent, leur langue avait été usitée. Par un phénomène dont on peut citer d'autres exemples, le suffixe -asc survécut à la langue à laquelle il appartenait. Le fait est d'ailleurs parfaitement établi, grâce à une dissertation sur certaines formes de noms de lieu de la Haute-Italie, qu'un érudit italien, Jean Flechia, a com- muniquée en 1870 et 1871 à l'Académie royale des Sciences de Turin \ et dans laquelle sont énumérés plus de cent trente noms en -asca ou en- asco appartenant aux provinces italiennes situées au nord de l'Etrurie, et que Ton sait avoir été occ'upées, dans une certaine période de l'antiquité, par les Ligures. A côté des noms Affli-ascu, Barhari-asco, Corneyli-asca, Lisin-asco, qui sont cer- tainement dérivés des gentilices ou noms de famille romains AUius. Barbarius. Calvinius, Cornélius et Licinius, et qui ne peuvent dater que de l'époque à laquelle la Ligurie était devenue romaine, on trouve, dans la liste dressée par Flechia, des noms manifestement postérieurs à l'époque romaine, dérivés qu ils sont de noms d'origine germanique : par exemple Boson-asco ou Bosn-asco, Garibald-asco, Gepkl-asco, formés sur les noms d'homme Boso, Garibaldus et Gepidus. Ces noms de lieu liguro-lombards sont, à la vérité, en nombre relativement peu élevé.

Sous réserve de ce qui vient d'être dit relativement aux noms de lieu formés, soit à l'époque romaine, soit à l'époque franque, à l'aide du suffixe ligure -asc, il convient d'examiner les noms de lieu du territoire français dont la forme primitive était en -asca, -ascus, -osca, -oscus, -usca, -uscus, afin de voir s'ils permettent d'admettre, avec les savants ethnographes de notre temps, que les Ligures ont étendu jadis leur domination en France, sur des pays autres que ceux nous les trouvons confinés, à l'époque oii fut constituée la Province Pionuiinc.

l. 1)1 alcune forme de nuini locnli deU' llalia superiorc, dis^erlnzione liii- ffiiistica, dans, Meinoricdellii renie Accadernia dellc s^cienze di Torino, 2" série, XXVII (1878), 273-374; au suffixe -ascn sont spécialement consacrées les pa.tres 333 à 3iO.

LHS iN'OMS DE LIEL'

Ces noms de lieu se rencontrent dans toute l'étendue de pays comprise entre le Rhône et la Saône d'une part, les Alpes et le Jura d'autre part. On les trouve aussi à l'ouest du Rhône, dans le Vivarais, l'Auvergne, le Rouergue et la Bourgogne ; en outre, on en constate la présence plus au nord, jusque dans les environs de Metz, si toutefois on peut faire état du nom de Caranusca, que la Table de Peutinger attribue à une station itinéraire, située entre Metz et Trêves ; et, du côté du midi, on en rencontre un exemple dans le département de l'Hérault. De sorte que la topo- nomastique permet d'affirmer que les Ligures habitèrent jadis dans une vingtaine au moins de nos actuelles circonscriptions départementales.

15. Parmi les suffixes caractéristiques de ces noms de lieu, c'est le féminin -asca qui est le plus reconnaissable dans les formes qu'il revêt ordinairement : -asque dans les pays de langue doc, -ache dans ceux de langue d'oïl.

Annavasca, 739 : Névache (Hautes-Alpes).

Baascha, xn* s., pour un plus ancien Badasca ou Bagasca : Saint-Seine-en-Bâche et Bauche, commune de Saint-Symphorien (Côte-d'Or),

Girvascha, xn*^ s. : Gillivache (Isère, commune de Bresson).

Gratiasca, xi« s. : Gréasque (Bouches-du-Rhône).

Manoasca, xu^ s. : Manosque (Basses-Alpes),

« Inter duas Severiascas », \ 148 ; texte s'appliquant à deux affluents du Drac (Hautes- Alpes), la Severaisse et la Severais- sette.

Vindasca, iv" s. : Venasque (Vaucluse), qui a donné son nom au Comtat-Venaissin.

16. Quant au masculin -a se us ou à son accusatif -ascum, s'il est généralement h peine altéré dans les pays de langue d'oc, on le reconnaît moins aisément dans ceux de langue d'oïl, il s'est réduit à a, aujourd'hui noté de diverses façons.

Avanascus, 123(1 : Saint-Sixte d'Avenas (Hérault).

Brascus, ix" s., chef-lieu de la vicaria Brascensis : Brasc (Aveyron).

Caban ascum, mn"" s. : ancien prieuré du diocèse de (iap.

M ai a se us, ix* s. : Maatz (Haute-Marne).

MarasCy Il.'i7, do Marasco, 1188, cniifondu (\rs le \i\' s. avoc marescus : Marac (^Haute-Marne).

UHlGliNES IJUUKKS 17

Pahiriascus, époque carolingienne : Pailharès (Ardèchej.

Salascus, i\^ ou x*' s. : Salasc (Hérault).

Soleilhascus ou Soleilhascum, forme basse : Soleilhas (Basses-Alpes).

Vennaschus ou Vennascum, localité aujourd'hui inconnue, mentionnée en i079 dans une charte de Tabbaye de Gellone.

17. Les suffixes féminins -osca, -usca, fréquemment confondus au moyen Bge, devraient donner en langue d'oc -osqiie, -usque, en langue d'oïl, oche, -uclie.

Lantosca, xii*' s. : Lantosque (x\lpes-Maritimes). Gentusca, 1149 : Santoche (Doubs).

18. A ces noms il convient d'ajouter les suivants, dont on ignore les formes anciennes :

Eydoche (Isère), Lambruche (Basses-Alpes), Mantoche (Haute- Saône).

19. Beaucoup plus fréquent que son féminin, le masculin -ose us, -uscus, se reconnaît aisément dans les contrées de langue d'oc sous les formes -ose, -use ; on le pressent moins dans les formes vulgaires en -oc, -ost, -ot, -ou, -oud et -eux qu'il a prises en langue d'oïl, par suite de l'assourdissement de Vs d'abord, du c ensuite.

Albioscus, viii*^ ou ix® s. : Albiosc (Basses-Alpes).

Baroscus, 986 : la forêt de Barou (Saône-et-Loire).

Blanuscus, 927 ; Blanoscus, xri^ s. : Blanot (Saône-et- Loire), qui a un homonyme dans la Gôte-d'Or.

Branoscus, xiv^ s. : Branoux (Gard).

Brinosc, 1100 : Brignoux (Isère).

Gadaroscus, 845, il faut vraisemblablement reconnaître un cognomen formé sur le grec xaOapiç : Cadarot (Bouches-du- Rhône, commune de Berre).

Gagnoscus, xi" s. : Saint-Jacques-de-Gagnosc (Var).

Ghanozco, 960 ; Gannoscus, 1050 : Chanos (Drôme).

Gamaloscus, 1299, et en langue vulgaire C/«cmi/i/o.s/, xiii'' s, : Chamaloc (Drôme).

Gambloscum, ix* s. : Champlost (Yonne).

Gamboscus, xii" s. : Chambost (Rhône).

Gurioscus, 814 : Curiusque (Basses-Alpes).

Flaioscus, xi*' s., formé probablement sur le gentilice Flavius : Flayosc (Var).

l^es noms de- lieu. 2

18 l-I..-^ >U.\]? LtE LILLX

Hemuscum, 1293 : Eymeux (Droraei. Monsioscus, x^ s. : Monsols ^ Rhône). Noioscus, 970 : Niost (Ain). Ornosc, x^ s. : Larnaud Jura). Siguroscus, 852 : Sirod \^Jura). Vallis Venusca, 8i8 : Venosc Isère;. Velioscus, 1038 : Vilhosc i Basses- Alpes/. Vitroscus, x'^^-xi^ s. : Vitrieux Isère).

20. Le nom de Vitrieux appelle une observation particulière. La terminaison qu il présente est, dans la région est située cette localité, propre aux noms de lieu formés à laide de la dési- nence d'origine celtique -iacus, dont il sera traité plus loin. Il est probable que ce nom, qui ne remonte qu'à l'époque romaine on y reconnaît le gentilice Victorius eut dès l'origine deux formes indifféremment usitées, et caractérisées respective- ment par le suffixe ligure -oscus et le suffixe celtique -acus. Cette hypothèse d'une appellation double s'impose aussi à propos d'Apinost Rhône , que des textes du x*^ siècle appellent Appen- niacus ou Appiniacus, mais dont le nom actuel ne peut s expli- quer que par un primitif formé à l'aide du suffixe ligure -oscus.

21. A la précédente nomenclature il faut sans doute ajouter les noms suivants, dont les formes originelles sont inconnues :

Artignosc iVar,, Brusque {Aveyron;, Gilhoc iArdèche; dont la terminaison est identique à celle de Ghamaloc, Vanosc (Ardèche).

22. L examen attentif des noms qui précèdent prouve que l'ancien suffixe ligure masculin, souvent reconnaissable au sud de la Durance et en Dauphiné, il parait aujourd hui sous la forme orthographique -asc ou -use, s'est quelquefois assourdi eu -o/, même dans la Provence méridionale, témoin le nom de Cadarot. Cet assourdissement s'est produit encore dans le nom de Cha- rnaloc, Vs a disparu, et dont le c final n'est j)lus sans doute que comme un souvenir : on 1 observe aussi dans le nom (THymeux. (lu'étymologiqucment on pounait écrire Enieusc; mais on le constate surtout, au nord de \ ienne et tle Ly<ni, dans ]('.s noms de Sirod, de Mousols, de Niost, de Blanosl, de Cliam- f>lost, aussi bien que dans Rarou, Branoux et Brignoux, ou 1 o (le -oscus s'est développé en ou.

y.ïi raison «b- <cs faits, il est impossibli-. i|u;in<l on ne possède

ORlGINiS LKilHKS !9

pas de formes latines réellement anciennes, de distinguer, parmi les noms de lieu modernes en -as et en ~ot qu'on rencontre dans la partie septentrionale de notre pays, ceux qui étaient origi- nellement terminés par les suffixes ligures -ascus, -oscus et -uscus.

23. On hésite aussi, en Tabsence de textes, à attribuer une terminaison ligure féminine aux formes primitives des noms qui, dans la même région, sont terminés aujourd hui en -ache, -oche et -oiiche, et qui, dans un certain nombre de cas, peuvent avoir une tout autre origine : c'est ainsi que, par exemple, Cadarache (Vaucluse) représente le latin cataracta, « chute d'eau ».

Dans ceux des pays de langue d'oc s'assourdit le c des suffixes ligures, il est également difficile de déterminer si un nom de lieu en -as dérive de -ascus ou de -atis, et d'affirmer que les noms de lieu en -os, si nombreux dans les départements du sud-ouest, dérivent de noms primitifs en -oscus. En outre dans le département de TArdèche les noms d'Arlebosc et de Malbosc paraissent complètement étrangers à l'influence ligure, car on sait que bosc est, dans le midi de la France, l'équivalent de notre mot bois.

Il faut donc se contenter, jusqu'à plus ample informé, de savoir que les suffixes caractéristiques des pays jadis occupés par les Ligures se rencontrent en Provence, dans le Dauphiné, la Bresse, la Franche- Comté, la Bourgogne, l'Auvergne, le Rouergue, le Vivarais et le Languedoc oriental.

24. La présence d'un élément ligure dans la nomenclature géographique de notre pays est maintenant un fait indiscutable. Mais peut-être d'Arbois de Jubain ville va-t-il trop loin, quand il attribue aux Ligures tous les vocables d'apparence indo- européenne, qui ne peuvent s'expliquer, ni par le latin, ni par le gaulois, tels les noms de rivière en -ra (Isara, Avara, Tara, . Savara), en -antia, -entia, -ontia (Asmantia, Druentia, Alisontiaj, en -umna (Olumna, Garumna) ou en -ona (Axona, Matrona) : il y a une exagération de nature à compromettre les résultats certains obtenus à si grand' peine d'une étude attentive de la toponomastic(ue française.

25. Ce que les noms de lieu en -ascus, -oscus, -uscus nous apprennent de l'extension géographique des Ligures, on pourrait l'induire également peut-être des vocables de même ordre termi-

20 LES NU.MS DE LIEL

nés par un autre suffixe, dont nous devons la mention implicite à Pline l'Ancien. En signalant Bodincus, qu'il traduit par « sans fond », (fundo carens), comme le nom ligure du Po, cet écrivain nous indique suffisamment -in eus comme un suffixe ligure. Celui-ci se retrouve en d'autres noms, malheureusement trop rares, que fournissent les textes antiques : Lemincum, loca- lité du pays allobroge que représente aujourd'hui Lemens, fau- bourg de Chambérv; Alisincum, vraisemblablement Saint- Honoré (Nièvre); Durotincumqu'ilfaut chercher dans le dépar- tement de risère; Agedincum, qui a échangé son nom contre celui de la nation celtique des Senones, dont elle était, au temps de César, la ville capitale ; Yapincum. Gap (Hautes-Alpes).

26. Ce suffixe, qu'on trouve également en d autres noms de lieu pour lesquels on ne possède pas de mentions antiques, comme celui de l'Albenc (Isère), s'étendait donc vers le nord, au moins jusqu'à Sens, de même que le suffixe -ose us. Mais il serait dangereux d'être plus afïirmatif, car dans les formes modernes des noms de lieu le suffixe -incus se distingue diffici- lement d'un suffixe germanique presque identique, -ing, latinisé -ingum, qui se retrouve dans le haut bassin du Rhône, sous la forme -ans, et dans le Midi sous la forme -enc, au pluriel -ens, formes qui représentent, non moins régulièrement, le suffixe ligure -incus.

Il faut observer que ce dernier a parfois perdu l'accent, témoin le nom de la ville de Gap et la prononciation locale Alb du nom de lAlbenc.

IV ORIGINES PRÉSUMÉES IBÈRES

Les Ibères ont dominé dans la péninsule hispanique antérieu- rement à l'invasion celtique, soit au iv'^ ou au v'" siècle avant notre ère.

Les Aquitains qui, au temps de César, occupaient la région de la Gaule comprise entre la Garonne et les Pyrénées, s'étendaient antérieurement, au dire de Strabon, jusqu'aux Gévennes ; selon le même géographe, ils se distinguaient non seulement par leur langage, mais aussi par leur type physique, beaucoup plus rap- proché du type ibère que du type gaulois, et formaient un groupe complètement distinct des autres peuples de la Gaule.

Ce pays entre Garonne et Pyrénées fut romanisé avec le reste de la Gaule, puis occupé au v*" siècle par les Goths, que les Francs remplacèrent à la suite de la bataille de Veuille (507). Enfin, moins d'un siècle plus tard, la contrée, que depuis l'époque impériale on désignait sous le nom de Novempopulanie, fut envahie par les ^^ascones, habitant anciennement la Can- tabrie, et dont l'influence sur la population et la langue du pays auquel ils ont donné leur nom notre Gascogne est encore des plus visibles : c'est, en effet, à cette dernière invasion qu'il faut sans doute attribuer l'introduction de la langue basque en Gaule, oîi elle fut d'ailleurs assez vite refoulée, et confinée dans ce qu'on appela plus tard les pays de Soûle et de Labourd et la Basse-Navarre ; il est même probable que cette région est, en deçà des Pyrénées, la seule les Basques formèrent, sinon la totalité, du moins la grande majorité de la population, tandis que, dans les parties plus septentrionales de la Gascogne, l'élé- ment romain conservait l'avantage du nombre.

L'existence, dans vin coin de l'Aquitaine primitive, dune population si caractérisée, a prévenu favorablement, et de bonne heure déjà, les ethnographes en faveur de l'identité des Aquitains et des Basques ; mais on a peut-être eu le tort d'oublier la date récente de la venue des Gascons on Gauh\

22 LES NOMS DR LIEU

27. L'argument le plus considérable pour apparenter la langue des Aquitains réside dans le nom primitif de la ville d'Auch, Elimberris, dans Pomponius Mêla, Cliniberrum, par une faute de copiste, dans l'Itinéraire d'Antonin, Eliberre dans la Table de Peutinger. On a rapproché ce nom de celui d'Illiberis qui s'en disting-ue cependant, non seulement par sa lettre initiale, mais encore par le redoublement de 17 et par la présence d'un seul r au lieu de deux ; et comme le nom d'Illiberis s'appli- quait dans l'antiquité aux villes d'Elne (Pyrénées-Orientales) et de Grenade (Espagne), on a voulu voir dans ces trois villes, trois localités homonymes qui, par leur nom d'origine à la fois ibé- rienne et basque, et par leur situation, marquaient les points extrêmes de la domination ibérienne. « Ces noms mêmes, dit Achille Luchaire, suffiraient à eux seuls pour établir que le basque fut parlé jadis dans l'Andalousie, en Gascogne et en Pioussillon » ; et il déclare ensuite que ces noms représentent le nom basque iriherri, que traduisent exactement les mots « ville neuve ».

A ces allégations on peut objecter que les trois vocables ne sont pas entièrement identiques, et que l'ancien nom d'Elne et de Grenade ne présente pas le double r si caractéristique de l'adjectif basque herri au sens du français « nouveau » ; d'autre part, il est téméraire d'aflirmer l'identité des deux syllabes illi aveclemot basque iri signifiant « ville » ; enfin, s'il faut en croire Polybe, le nom primitif de la ville d'Elne lui aurait été commun avec un cours d'eau voisin, le Tech ; or, il est constant que dans les cas similaires, c'est le cours d'eau qui a donné son nom à la ville, et la traduction d'Illiberis par « ville neuve » n'est pas acceptable pour un cours d'eau. L'étymologio bas([ue de ce nom, et partant l'identité des Aquitains et des Basques, se trouvent donc i>icn compromises.

Aussi paraît-il sage de se ranger à l'avis de M. Julien Vinson : « La science ne peut rien dire encore, ni sur l'origine des Hasques, ni sur la langue des Ibères ». Peut-être, comme l'a pensé Guillaume de Humboldt, y a-t-il dans l'Espagne, et même en Gaule, d'anciens voca})les géogra|>hiques qu'il est possii)lc d'expliquer par le bas(|ue, ce qui, en siq)posant le fait avén-, prouverait qu'avant d'être confines dans les montagnes de la Cantabrio. les ancêtres des Rasque-s avaient r-n des établissements

OUKIINKS l'IlKSlMl'lKS ItîKliES 2-i

dans diverses parties de la péninsule ibérique el dans la Gaule méridionale ; mais rien ne démontre que la lang'ue des Ibères, et par suite celle des Aquitains, soit représentée aujourd'hui par la langue basque; celle-ci, à vrai dire le fait a été récemment démontré renferme, avec une grammaire antique, un grand nombre de mots romans.

Si l'on ne peut identifier avec la langue ibérique certains vocables encore usités dans la France méridionale, et dont l'ori- gine est peut-être imputable aux Basques, il faut cependant reconnaître que certaines appellations géographiques françaises remontent aux Ibères.

28. Tel est en premier lieu le mot nlison, équivalent du latin al nu s, et représenté par l'espagnol aliso, dont on a rapproché le basque elfza et l'allemand else, anciennement eliza ; il a été latinisé en aliso, alisonis, réduit plus tard à also, alsonis, qu'on reconnaît dans Alzon (Hérault], Alzonne (Aude), et dans le nom d'un grand nombre de cours d'eau : l'Alzoïl (Aveyron, Gard), l'AuzOîl (Basses-Alpes, Ardèche, Aube, Gard, Indre, Loire, Haute-Loire, Puy-de-Dôme, Saône-et-Loire, Vaucluse, Vienne) : on peut citer plusieurs cas oîi ce dernier nom désigne non seulement le cours d'eau, mais encore une des localités rive- raines.

29. Alisos est aussi la racine d'un autre nom de cours d'eau dont le territoire gaulois fournissait beaucoup d'exemplaires, Alisontia. Ce nom, appliqué par le poète Ausone à l'Elz, affluent de la Moselle, qui coule dans la région de Coblenz, et dont on reconnaît un diminutif dans le nom de l'Alzette, qui arrose Luxembourg, a désigné aussi l'Auzance, fleuve côtier du départe- ment de la Vendée, et son homonyme qui passe h Vouillé (Vienne), ainsi que l'Alsance, affluent du Tarn; c'est sans doute lui qui fournit le thème étymologique du nom des communes actuelles d'Aussonce (Ardennes) et d'Auzances (Creuse).

30. 11 est douteux qu'alisos soit un mot ligure, comme le croyait d'Arbois de Jubainville. Il existe, à la vérité, dans la Corse, les Gaulois n'ont jamais pénétré, un hameau dénommé Alzone, et des cours d'eau appelés Aliso, Alzeto, Alizani ; mais dans la Ligurie proprement dite, autrement dit dans la Haute- Italie, on n'observe aucun vocable dérivé d'alisos. La persistance d'aliso en espagnol et lo basque elfza, autorisoni, scmble-t-il,

24 T'ES ><»MS DE LIEU

à tenir alisos pour un mot ibère ; les Ibères, qui sont la plus ancienne population connue de l'Espagne, ont occupé, nous l'avons dit, la Gaule du sud-ouest ; d'ailleurs leur sphère d'in- fluence dans notre pays est encore à déterminer.

Pareille origine est attribuable aux mots arfig, garric, cahnis et serra.

31. Le premier, qui subsiste en Espagne sous la forme artiga, au sens de défrichement ou d'essart, avait la même acception dans, la langue du Midi ; on le trouve aussi en catalan sous la forme artigo, dont le patois du Limousin olTre la variante artijo : ces deux dernières formes figurent dans le Trésor du Félibrige de Frédéric Mistral. Or, il est curieux de constater que la forme limousine a été employée comme nom de lieu en Poitou, en Bourbonnais, dans la Marche et en Auvergne Artige (Vienne), Arliges (Allier, Cantal, Puy-de-Dôme), Lartige (Charente) et que la forme méridionale Artigue ou Lartigue, avec ou sans s final, accompagnée ou non d'un complément, se retrouve dans des vocables géographiques de l'Ariège. de l'Aude, de l'Aveyron, de la Corrèze, de la Haute-Garonne, de la Gironde, des Landes, du Lot, de Lot-et-Garonne, des Basses-Pyrénées, des Hautes- Pyrénées, et même du Var.

32. Voilà donc un mot d'une langue antéromaine, qui, encore employé en Espagne il n'est pas question ici d'en déterminer l'extension primitive a été jadis usité, ainsi que les noms de lieu l'attestent, à peu près dans la moitié de la Gaule, principale- ment dans l'Aquitaine, au sens large de ce mot, c'est-à-dire dans tout le pays compris entre les Pyrénées et la Loire ; et, fait inté- ressant à noter, on le trouve même à l'est du Rhône, dans le département du Var. Ce mot, antéromain et sans doute antécel- tique, est-il ibère, est-il ligure? Ligure, ce n'est guère probable, car alors on le trouverait dans les régions de la Haute-Italie, dernier refuge de l'indépendance ligure : or, on ne paraît pas 1 y avoir observé. Ibère, on le croirait plus volontiers, puisque c'est dans la langue actuelle de l'Ibérie, dans l'espagnol, qu'on le retrouve surtout aujourd'hui, et puisqu'il s'étend en France, non seulement dans la région habitée au temps de César par les Aquitains, dont Strabon indique la parenté avec les Ibères, mais aussi au delà du Rhône, alors qu'on sait que les Ibères se sont étendus juscpi'.iu lUiônc, par le littoral médiferranéen.

ORIGINKS PHÉSUMÉr^S IUKURS 2")

33. Non moins intéressant est le mot gascon et languedocien ffarric, au sens de « chêne », qui, au delà des Pyrénées, se retrouve en catalan sous la forme garrig. Ce mot, qui figure avec ses dérivés dans le dictionnaire provençal de Mistral, ou, pour parler plus exactement, son dérivé garrigo, au sens de « chênaie, lieu planté de chênes », a pour équivalent limousin Jarrijo, et celui-ci semble avoir, dans les régions septentrionales, une variante jarrie, dont les noms de lieu révèlent l'existence. On rencontre dans la France méridionale Garric ou le Garric (Aude, Avejron, Hérault, Tarn), Garrigou (Ariège, Lot-et- Garonne), la Garrigue (Aude, Aveyron, Cantal, Dordogne, Haute-Garonne, Hérault, Lot, Lot-et-Garonne, Pyrénées-Orien- tales, Tarn, Var), parfois orthographié officiellement Lagarrigue (Lot-et-Garonne, Tarn), Garrigues ou les Garrigues (Gard, Hérault, Lot-et-Garonne, Tarn, Tarn-et-Garonne, Yaucluse). La forme limousine est représentée par la Jarrige (Cantal, Corrèze, Indre, Haute-Loire, Lot, Puy-de-Dôme, Vienne, Haute- Vienne), et les Jarriges (Charente, Indre, Vienne). Enfin, on reconnaît la variante qui peut être rapportée à la langue d'oïl dans la Jarrie (Charente-Inférieure, Cher, Dordogne, Indre-et-Loire, Isère, Loire- Inférieure, Maine-et-Loire, Deux-Sèvres, Vienne, Yonne), les Jarries (Charente-Inférieure, Vienne), le Jarriel (Seine-et- Marne), Jarrier (Savoie), le Jarrier (Eure, Indre-et-Loire, Loire- Inférieure, Nièvre, Orne, Sarthe, Seine-et-Marne), les Jarriers (Sarthe). L'aire géographique du mot garric et de ses variantes ou dérivés est plus étendue, on le voit, que celle du mot artig, puisqu'elle atteint vers le nord les départements de la Sarthe, de l'Orne, de l'Eure et de Seine-et-Marne, vers l'est ceux de l'Isère et de la Savoie. D'après ces données, qu'une enquête plus appro- fondie pourra modifier, garric semble un mot qu'on attribuerait plutôt aux Ibères qu'aux Ligures, puisqu'il est commun à la France et à l'Espagne, et qu'on ne le retrouve pas dans l'Italie septentrionale; mais, encore, l'opinion d'après laquelle le basque représenterait l'ancienne langue des Ibères, se trouve encore en défaut, car le mot garric n'appartient pas à la langue basque, le chêne est désigné par le mot ariz.

34. Le mot espagnol calma désigne un plateau désert l'on mène paître le bétail. Il est identique au bas latin calma ou cal mis, que fournissent de nombreux textes du moyen âge, et

56 Il--f' NOMS ru. 1.1 K[

qu'on retrouve dans tous les dialectes méridionaux, sous les formes les plus diverses calm ou culm en Rouergue et en Albigeois, champ en Auvergne, en Gévaudan. en ^'^iva^ais, en Lyonnais, en Valentinois, chalp et chaup en Dauphiné aux- quelles correspond la forme chaux de la Bourgogne et de la Franche-Comté. Ce mot. doù sont sortis de nombreux noms de lieu, tels que Calmettes 'Aveyron, Pyrénées-Orientales), Calmette ou la Calinette Ariège. Aude. Aveyron, Cantal, Gard. Hérault, Tarn . Lacam Aveyron. Lot). Lacamp (Cantal), Lachamp (Ardèche, Drôme, Isère). Laschamp (Puy-de-Dôme), la Chalp Hautes- Alpes. Isère), la Chaup Hautes-Alpes). Chaux ou la Chaux (Doubs, Jurai, peut aussi, en raison de sa persistance dans la langue espagnole, être attribué aux Ibères de préférence à tout autre peuple.

35. On en peut dire autant du vn.oi peno, pennn. qui désigne, dans le midi de la France, une pointé, une hauteur, un sommet, un château à créneaux, et qui correspond à l'espagnol pena, « roche ». Forme primitive, à ce qu'il semble, des noms de Penne 'Lot-et-Garonne), de Pennes Drôme), de la Penne (Alpes-Mari- times, Aude, Bouches-du-Rhône, Drôme), de Lapenne (Ariège) et des Pennes flîouches-du Rhône), ce mot a passé pour être d'origine latine : Littré attribue en effet au mot latin pinna le sens de >< sommet » ; mais le seul texte qui autorise cette inter- prétation paraît être la Vie de saint ^'ictor et de saint Félix et il n'est pas des plus probants, car cette vie de saints aragonais du \'[ir siècle doit avoir été écrite au xiii*^ siècle, à Sarasrosse, et l'auteur a vraisemblablement emprunté j)inna. au sens de « faîte » et de « montagne », au langage vulgaire de son pays.

36. Le mot serre est certainement antéromain ; tantôt masculin et tantôt féminin, suivant les dialectes, il se rencontre dans toute ];i moitié méridionale de la France, et, désignant une chaîne de montagnes, une crête, une cime dentelée, il est l'équivalent de l'esprigiiol sierra, ce (jui autoriserait à le tenir pour ibère.

37. Peut-être en est-il de même du mot saii/nr ou sarjne, qui. dans 11' p;ilois limousin, désigne une prairie marécageuse, un terrain humide, et (ju'on rencontre à un grand nombre d'exem- plaires dans la nomenclature topographique de la France méri- dionale. C'est ce mot (pii est l'origine du nom de Grandsalgne

(^orrèze).

V

ORIGINES CELTIQUES DU NOS

Les noms de lieu d'origine celtique sont très nombreux en France, et, à défaut de résultats qui ne laissent rien à désirer, l'étude en procure des données intéressantes et certaines.

La plupart du temps on est en présence d'un substantif uni, soit avec un nom d'homme, soit avec un adjectif, et occupant d'ordinaire la seconde place.

Quelquefois la fin du nom est constituée par un suffixe qui n'a de valeur que combiné avec un nom commun ou un nom propre.

38. L'un des substantifs gaulois les plus répandus 49ns la toponomastique de notre pays est diinos, latinisé en dunum, dont le sens originel est celui de « montagne » .

Ce sens est attesté par trois écrits :

1" Le pseudo-Plutarque, écrivain grec du premier quart du siècle, qui rédigea un livre sur les noms des fleuves et des montagnes, énonce formellement, à propos du nom de la ville de Lyon, Ao'JYCouvov, que dans la langue des Gaulois, coîivsv avait le sens de <( lieu élevé* >•> .

2" Le petit glossaire gaulois De nominiLus galUcis donl Stephan Endlicher a signalé la présence dans un manuscrit du IX'' siècle, conservé à Vienne, traduit ainsi le nom de la même ville : Lugduno, desiderato monte''.

S*' Enfin la Vifa sancti Germani, episcopi Antissiodorensis, mefrica, écrite au ix" siècle par le moine Heric, affirme à deux

1. Ao'jyov Y*p t^ acpwv oiaXEzno tôv zo'pa/.a x.aXoj'j'., ooiïvov to't:ov sçiyovra. Plutarchi opéra, éd. Diibner (1855), V, 3.">.

2. Catalof/us codinim philolof/icnrum lal.inorinn lilhliotlii'rae i>:il;i/ln;ii' Vinrlohnnpnsis ('Vienne, 183(1). p. 109.

2S Li:S NOMS DE LlKf

reprises, à propos du nom d'Autiin ' et de celui de Lyon-, la syno- nymie du mot dont il s'agit et du latin nions.

Malgré ce triple témoignage, on a beaucoup discuté, au siècle dernier, sur le sens du mot dunum, d'aucuns opposant au sens de « montagne » celui de « ville », qu on trouvé dans le saxon tun^ dans l'anglais moderne town : opinion fondée sur ce que cer- taines localités au nom latin en dunum ne sont pas dans une situation élevée, par exemple Gaesarodunum, aujourd'hui Tours.

Et, tout en n'admettant pas cette opinion, d'Arbois de Jubain- ville, attribuait à dunum le sens de « forteresse >>, qu'a conservé l'irlandais dun.

Il semble préférable de supposer que dunum, comme bien d'autres mots dans les diverses langues, a eu un sens primitif et un sens secondaire ; qu'après avoir, à l'origine, désigné un lieu élevé, il est devenu synonyme du latin oppidum, les oppida occupant ordinairement des lieux élevés. Ainsi ont évolué lallemand Lerff dont la variante hurff équivaut au latin cas- t rum, et le bas latin rocca, origine de notre mot rnche\ ce dernier reçut, dès le vin'' siècle, le sens de « forteresse » qu'il avait encore au xvi'', sous la forme roque, de sorte qu'on donna, au cours du moyen âge, en France, le nom de Rochefort, c'est-à-dire « château fort », et celui de La Rochelle, c'est-à-dire a le petit château », à des localités dont l'assiette n'était pas précisément une roche.

Les noms de lieu ayant dunum pour origine sont nombreux.

39. En premier lieu doivent être signalés ceux dont dunum est l'élément unique.

Sans parler des Duno d" Italie et d'Espagne, (jui représentent à coup sûr d'anciennes colonies celtiques, on note le nom de Dun dans les départements de l'Ariège, du Cher, de la Creuse, de l'Indre, de la Meuse, (h; la Nièvre et de Saône-et-Loire.

l'i'hs <|iio(|iic piovci-limi iiiciitis(|iio el iiomiiio smnpsit, Atif^iislodiimiin (Icmiiiu conce|)la vocaii, Aii},'iisli moiitpiii Iraiisferl (|UO(l ccllica liiii^iia.

(Arfa Sancinnini, jnillcl. Vil. 229 r>.

I.u^diiiio (l'IchtaMl (jallrinim raniinu noiiicu, Imposilinn <|ii(iiulaiu. (|iio(l sil iiiDns Incidiis idem.

\rl:, Srtiirlonini. inilItM. \ll. JH {'■.

ORIGINES CELTlgUKS '. ULWOS 29

40. Les Dunet qu'on rencontre dans l'Avayron et dans l'Indre sont d'anciens Diin pourvus, à une date relativement récente, d'une terminaison diminutive ; le second était, k l'époque caro- lingienne, le chef-lieu d'une circonscription appelée vie aria Dunensis.

41. Dunum désignait encore vers 1061 un ancien castellum de la cité des Garnutes ; l'usage, constaté dès 587, de faire pré- céder ce nom du mot castellum, a prévalu : cette localité n'est autre que la ville de Ghâteaudun (Eure-et-Loir).

42. Le nom du Bourg-Dun (Seine-Inférieure) est le résultat d'une juxtaposition analogue.

43. Le lac de Thoune est appelé dans la chronique dite de Frédégaire lacus Dunensis, ce qui révèle dans le nom de cette ville de Suisse, qui s'écrit en allemand Thun, un antique Dunum dont la dentale initiale s'est durcie.

44. Beaucoup plus fréquemment dunum est le dernier terme d'un nom composé ; et il est parfaitement reconnaissable dans les noms suivants :

Bezaudun (Alpes-Maritimes, Drôme), homonymes, k n'en pas douter, de Besalû en Catalogne, qui fut le chef-lieu du pagus Bisuldunensis.

Ghaudun (Aisne, Hautes-Alpes), dont le nom, qu'on rencontre au xii^ siècle sous la forme Caudunum, représente sans doute un ancien Calodunum.

Coudun (Oise), mentionné dès 657 sous la forme Cosdunum.

Exoudun (Deux-Sèvres) et Issoudun (Creuse, Indre), homo- nymes de rUxello dunum de César.

Gavaudun (Lot-et-Garonne), nom dont la première partie est apparentée au nom du chef-lieu du Gévaudan, pagus Gabali- tanus.

Laudun (Gard), Laudunum en 1088, et plus anciennement peut-être Lugdunum.

Liverdun (Meurthe-et-Moselle), vraisemblablement combinai- son de dunum avec un nom d'homme romain tel que Liberius.

Loudun (Vienne), k l'époque carolingienne chef-lieu de la vicaria Laucidunensis ou Laucedunensis.

Tourdun (Gers).

Verdun (Aude, Doubs, Eure, Meuse, Saone-et-Loire, Savoie, Tarn-et-Garonne), répondant à Virodununi. (pii est aussi lo

30 LES NOMS UE LIEL'

nom primitif de Château-Verdun (Ariège) et de Montverdun (Loire, Seine-Inférieure). Vesdun (Cher).

Le primitif dunum a subi également des altérations plus ou moins profondes, plus ou moins nombreuses, sous lesquelles on le reconnaît moins aisément.

45. Parfois dun est devenu don.

Averdon (Loir-et-Cher), au xi^ siècle chef-lieu de la vie aria E verdunensis ; le nom primitif en était sans doute, comme celui d'Embrun et d'Yverdon, Eburodunum.

Brandon (Saône-et-Loire).

Bresdon (Charente-Inférieure), jadis chef-lieu d une viguerie du pagus Santonicus, la vicaria Brodunensis.

Cardunum désignait, au x^ siècle, Villechardon (Mayenne), qu'on peut donc considérer comme un homonyme de Karden (Prusse rhénane).

Crodon 'Marne), en 1175 Craaldunum.

Loudon (Sarthe), au ix® siècle Lugdunum.

Lourdon (Saône-et-Loire), au ix° siècle Lordunum.

Meudon (Seine-et-Oise), au xii'' siècle Meldunum.

Moudon Suisse^ canton de Vaud), le Min no dunum des itiné- raires,

Yverdon (Suisse, canton de Neuchàtel), VEbrodunum des itinéraires.

On ne saurait joindre à cette catégorie le nom de Boscodon (Hautes-Alpes), dont l'origine est bien différente, car il repré- sente, selon toute vraisemblance, un ancien boscus Aldonis ou (Jddonis.

46. Ardin (Deux-Sèvres), jadis Ardunum [)our un plus ancien Aredunum, olïre l'exemple d'une autre déformation, imputable à une prononciation vicieuse, de la voyelle tonique de dunum.

Al. En vertu du phénomène phonétique j)ar le(|uel s expli{jue la désinence du nom du Querci/ pagus Cadurcinus Vu de du II uni est tombé en Languedoc : c'est im homonyme de Vcrdini (ju il faut voir dans Verduc (I lauto-daronne, Cers) : le r qui termine ce mot est adventice, et à l'origine ne se jirononçait pas. 11 en est de même de la linale du nom de Roquedur (Gard), |iriiiiili\ riiu'iit I ! iiead II II II m .

oHlGI^Ks ct:i;nuLEs : dunus 'A[

48. Le nom, déjà mentionné, de Besalù, en Catalogne, pré- sente aussi la chute de la nasale ; mais on observe, par surcroît, que le (/ de dunum a disparu, ou plutôt qu'il s'est assimilé à 17 qui le précédait, en vertu dune loi phonétique dont les effets sont particulièrement sensibles en Catalogne et en Roussillon : les noms de personne Arnal, Giiibal, Raynal, Bigal y répondent à Arnaldus, Wilbaldus, Rei^inaldus, Rigaldus, la termi- maison germanique aW, latinisée al du s, s'étant altérée en ail us, ainsi que des chartes du x^ siècle en font foi; de même Bisuldunum est devenu BisuUunum. Pareil phénomène sest manifesté dans une région moins méridionale : l'Exel o dunum ou Exoldunum qu'vme charte du roi Raoul mentionne en 930, est devenu E xoUunum, témoin la forme Issolu que présente le nom moderne de la localité : Puech d' Issolu (Lot), maladroitement déformé en Puy-Dissolu : c'est dans cette localité que des archéologues croient reconnaître rUxellodunum de César.

49. Dans Montlahuc (Drame) il faut voir un antique Lug- dunum, devant le nom duquel le mot nions est venu de bonne heure se placer, comme il est arrivé à propos de Montverdun.

50. Ailleurs, mais toujours dans la France méridionale, le d de dunum a fléchi en :; : Lauzuil (Lot-et-Garonne), Montlauzun (Lot), et sans doute Monlezun (Gers) représentent, eux aussi, d'anciens Lugdunum; et le Maudunum qui, dans un texte de 1207, désigne Mauzun (Puy-de-Dôme) est vraisemblablement pour un plus ancien Magdunum, vocable que l'on rencontre ailleurs. Balazuc ( Ardèche) dont on rapprochera la terminaison de celle de Verduc, s'appela jadis Baladunum; et peut-être en faut-il dire autant de Balaruc (Hérault), en supposant une mani- festation du phénomène inverse du rhotacisme.

51. La chute complète d'une dentale originellement placée entre deux voyelles est un fait constant en pays de langue d'oïl, et ainsi explique-t-on que le </ de il u nu m n'ait pas laissé de l races dans les noms suivants :

Achun (Nièvre), au xi'' siècle Scaduiium. Âiglun (liasses-Alpes, Alj)es-Maritimesy. Arthun (Loire), jadis Artedunum. Autun (Saône-et-Loirei, Augustodunuui. Embrun (Hautes-Alpes), la civitas E brodunensium de la Notifia, dont le nom primitif était sans doute Eburodunum.

32 LES NOMS DE LlEl"

Mehun (Cher. Indre ., Meung (Loiret, Nièvre;, ancien Mag- dunum dont le g s'est vocalisé.

Melun (Seine-et-Marne), le Melodunum de César.

52. La nomenclature qui précède doit être grossie des vocables dans lesquels on observe en outre les déformations signalées plus haut de la A^ovelle tonique de dunum :

Atton (Meurthe-et-Moselle) et Eton (Meuse), qu'on a lieu de réputer homonymes du Stadunum auquel doit son nom TAte- nois, ancien pagus compris dans Farrondissement actuel de Sainte-Menehould (Marne).

Brancion (Saône-et-Loire), Brancedunum.

Cervon (Nièvre), au vi*^ siècle Cervedunum.

Châlons (Mayenne), au viii*^ siècle Cala dunum.

Cugnon (Belgique, Luxembourg), Congidunum.

Lyon (Rhône), Lugudunum, puis Lugdununi.

Marquion (Pas-de-Calais), au x<= siècle Markedunum.

Nyon (Suisse, canton de Vaud), Novio dunum.

Sion (Suisse, Valais), Sedunum.

Suin (Saône-et-Loire), jadis chef-lieu de la vie aria Seodu- n en si s, et dont le nom primitif était probablement, comme celui de la ville de Rodez, Segodunum.

Torvéon (Rhône), au x'= siècle chef-lieu de la vicaria Talve- dunensis.

53. A côté de Lyon on peut mentionner Laoïl (Aisne), que Grégoire de Tours appelle Lugdunum Clavatum ; on sait que, dans la prononciation, la (inale de ce nom se réduit à an. Pareille réduction est graphicjuement consacrée dans le nom de Belan (Côte-d'Or), dont les formes anciennes, Beloûn en 1147, Bcleïin en 115i, autorisent à supposer un primitif Baladynum.

54. Les noms de la Bourgogne ai de Conipiègne, portés par un pays et par une ville qui s'appelèrent Burgundia et Compen- dium, autorisent à supposer des formes intermédiaires Burgun- nia et Compenniuni, dans lesquelles la lettrée^, précédée delà lettres, se serait assimilée à cette dernière : ainsi s'est comporté \i'. (l de dunum dans le nom d'une localité que Flodoard appelle Sinduiium. C'est là, nous apprend l'auteur de l'y/Zs/o/'/'a ccclesiae nernensis, (ju'étaient honorées les reliques de saint Oricle, per- sf»nnage qui périt lors de l'invasion des Vandales, au v" siècle; Mf l'unique paroisse de l'ancien diocèse de Reims, dont l'église

ORIGINES CELTIOLES ." D6'AO.s :^3

ait pour vocable Saint-Uricle est Senuc (Ardennes, qu'au xm*^ siècle Aubry de Trois-Fontaines appelle Senu. On ne tentera pas d'expliquer ici la chute, insolite en ces contrées, de Tn de dunum, ni l'apparition tardive du c, purement parasite, qui termine aujourd'hui le nom de cette localité.

55. Dans les parties de l'ancienne Gaule lintluence germa- nique a prévalu, la terminaison dunum s est comportée tout autrement qu'ailleurs, en raison du recul de l'accent tonique, qui s'est porté sur la syllabe précédente : elle n'a laissé d'autre trace qu'une désinence atone. C'est ce que l'on constate dans le nom de Karden, déjà cité, dans celui de Birten (régence de Dûsseldorf), que Grégoire de Tours désigne par les mots apud Bertunensim oppidum, dans celui de Leyde, en hollandais Leiden un autre Lugdunum enfin dans les appellations allemandes Ifferden, Milden et Sitten, appliquées aux villes suisses d'Yver- don, de Moudon et de Sion, dont il a été aussi question plus haut.

Il convient d'examiner maintenant l'interprétation dont plu- sieurs des noms en dunum sont susceptibles.

56. On a constaté 1 extrême fréquence du vocable Lug-dunum, aujourd'hui représenté par Laon, Laudun, Lauzun, Leyde, Lou- dun, Lyon, Monlezun, Montlahuc et Montlauzun, et qui fut le nom primitif Lug-dunum Convenarum de Saint-Ber- trand-de-Gomminges (Haute-Garonne). Lugdunum signifierait « mont des corbeaux » d'après le pseudo-Plutarque, « mont désiré » d'après le petit glossaire d'Endlicher, <( mont lumineux » d'après le moine Heric ; d'Arbois de Jubainville a cru reconnaître dans la première partie de Lugdunum le nom d'une divinité, Lug, dont il est question dans des poèmes irlandais, mais dont il resterait à prouver que le culte fut répandu aussi en Gaule. L'opinion du moine Heric paraît la plus vraisemblable : elle fait de Lugdunum le synonyme des CAermont f[u'on rencontre en si grand nombre également sur le sol de notre pays.

57. Dans \'erodunum, non moins répandu ([ue Lugdunum, puisqu'il est représenté par sept \'erdun, deux \'erduo, doux Montverdun et par Chàteau-Verdun, la première partie est, soit un nom d'homme Veros^ d'ailleurs fort rare, soit un adji'olif

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équivalant au latin verus : dans ce dernier cas, le moins improbable, Verodunum signifierait « vraie forteresse ».

58. Uxellodunum, que l'on reconnaît dans les deux Issou- dun, dans Exouduu et dans le Puech-d'lssolu. dériverait d'un mot gaulois uxellos, qui peut avoir été employé comme nom d'homme, mais dont on ne saurait méconnaître la parenté avec l'adjectif breton «ce/, au sens d' « élevé », qualification conve- nant bien à une montagne ou à une forteresse.

59. Le premier terme de Noviodunum, nom originel de Noy on, est sans doute un adjectif équivalant au latin no vus : ce nom signifierait donc « nouvelle forteresse ".

60. Tandis que dans la première partie des vocables qui viennent d'être passés eu revue, on incline à voir des adjectifs, il semble bien que dunum soit précédé d'un nom d'homme dans chacun des noms suivants :

Artedunum, aujourd'hui Arthun, qui serait formé sur le nom ilhomme Artos, au sens d' « ours ».

Brandon, api^araî trait le nom d homme lira nos, signifiant « corbeau ».

Eburodunum. dont le preniiei' terme aurait l'acception de sanglier ».

61. Des noms dhoujuies romains sont entrés pareillement en composition avec dunum. Bien connus sont les exemples four- nis à cet égard par Augus todunum, d'où Autun (Saùne-et- Loire), et par Caesarodunum, qui fut, jusqu'au ui'- siècle, le non» (h: la ville de Tours ; il faut sans doute supposer pur analo- gie qn'^Viglun et Liverdun dérivent de noms i-onu\ins tels qu.\(|uilius et Liberius.

V DUROS

62. Duras signilie « forteresse », comme du nos ; mais il est probable que c'est un sens secondaire, et qu'à lorigine ce mot était un adjectif équivalent au latin durus ; ainsi ladjectif latin fortis, « brave >', est devenu notre substantif «fort ».

Latinisé en dur uni, ce mot constitue la désinence d'un cer- tain nombre de noms de lieu, dont deux apparaissent déjà dans les Commentaires de César et dans les Itinéraires : Octodurum, aujourd'hui Martig'ny (Suisse, canton du Valais) et Augus- todurum, aujourd'hui Baveux (Calvados).

63. En raison de la voyelle finale qu'en présente le premier terme, les noms de lieu de cette catég'orie se terminent invaria- b.lement en -odurum. Cette constatation a son intérêt, car le premier u de durum étant bref, c'est sur la syllabe précédente que se place 1 accent tonique, ce qui devait entraîner la chute de atone, et l'assimilation du d à ïr avec lequel il se trouvait conséquemment en contact ; -odurum, altéré à l'époque franque en -odorum ou -ode ru m, puis réduit à -odrum, est devenu en ÎTdii^çixis-eure. qui s'est à son tour, on va le voir, altéré parfois de diverses façons. La ville qui, à l'époque romaine, s'appelait Autessiodurum, est, sous la domination franque, nommée Autissiodorum, Autixioderum : de est venue la forme romane Auçuerre, qui se prononçait Auccure ; aujourd'hui Ton écrit Auxerre (Yonne).

64. La forme -eurcs'eal maintenue pour l oreille dans les iioni^ suivants :

Aujeures (Haute-Marne), l'Albiodero des monnaies mérovin- giennes, représentant un plus ancien Albiodorum.

Ghilleurs (Loiret), qu'un pouillé du xi'' siècle appelle Calo- tluruni.

Izeure (Cote-d'On, Yzeure (Allier), Yzeures i Indre-et-Loire), le ])reniier appelé Iciodoro en 763.

Mandeure (Doubs), représente l'antique l'^pamanduodu- luni. privé par une aphérèse de ses deux |)ri'mièrt'S syllal>es.

36 LES .NOMS DE LIEL

Soleure (Suisse), le Salodurum des itinéraires.

65. Ces exemples bien avérés autorisent à ranger, avec beau- coup de vraisemblance, dans la même catégorie, les noms de lieu français qui se terminent par le son eiire.

Avalleur (Aube), dont le premier terme est presque certaine- ment le mot gaulois Ahallos, employé, soit au sens de « pom- mier », soit comme nom d'homme.

Balleure (Saône-et-Loire), comparable, au point de vue du premier terme, à Balazuc et à Belan, mentionnés plus haut.

Pleurs (Marne), appelé Plaiotrum en 1052, et dont H. d'Ar- bois de Jubainville suppose que la forme primitive était Pelagiodurum.

66. On a vu par l'exemple d^Auxerre que le son eiire, représen- tant -odurum, peut se réduire à erre. Ainsi en a-t-il été dans les noms ci-api'ès :

Augers (Seine-et-Marne), prononcé Augère ; ce vocable appa- rait au moyen âge sous les formes Aljotrum, Aujotrum, qui semblent permettre d'y reconnaître l'Albioderum de Frédé- gaire, soit un homonyme d^ Aujeure.

Brières 'Ardennes, appelé à l'époque franque Briodrum ou Brioderum, formes basses pour Brivodurum.

Nanterre (^ Seine), Nemptodorum dans Grégoire de Tours, Xemetodorum dans la Vie de sainte Geneviève, pour Neme- todurum.

Solers (Seine-et-Marne), prononcé Solère ; ce nom, que les clercs du moyen âge traduisaient abusivement par S oie ri a, pourrait bien venir, comme Soleure, de Salodurum.

Tonnerre (^onne), appelé par Grégoire de Tours Ternodo- rense castrum, ce qui suppose un primitif Turnodorum ; on rencontre au cours du moyen âge les formes intermédiaires Tornuerre, Tournoirre.

67. A son touc -erre s'est parfois déformé en -arc.

Briare (Loiret) est le Brivodurum tic l'Itinéraire d'Anlitiiiii.

Briarres Loiret) représente probablement un primitif sem- blable.

Bussiares (^Aisnej, (pi il nu faut pas confondre avec les nom- breux Jiussirres (^représentant autant de Buxaria formés sur le nom latin du buis) est ujqx'lé Boissucrrr en l^lli, ce (pii autorise a supp()S(M' une forme originelle telle (|ue l?>i \ nd u ru m : hypo- thèse ;i la(|ue||e ne Cdii I re<li | |),is je /tn.ssiT/r il un |e\|e de ll('»!l.

OIUGINKS CKI.TIOIES : uriios :{/

68. Une déformation exceptionnelle de la terminaison -erre. explicable par le phénomène inverse dn rhotacisme, se manifeste dans le nom d'Arnaise, porté par deux écarts de la commune de Saint-Ambroix (Cher) : les formes médiévales de ce nom, Arnu- ria en 1208, Arreneure en 1398, procèdent sans nul doute de l'appellation antique du bourg de Saint-Ambroix. TErnodurum de ritinéraire d'Antonin.

69. Dans une région étroitement délimitée, la iinale -eure s'est altérée différemment, par l'effet d'une substitution de liquide.

Brieulles-sizr-MeHS^ (Meuse) est appelé Briodorum dans des textes des x*^, xi*^ et xii*" siècles : on peut donc le considérer comme un homonyme de Briare; peut-être en est-il de même de Brieulles-sHr-i?3r ( Ardennes) .

Manheulles (Meuse) est appelé Manhodorum au y.f siècle, et Manhuere, Manhuerre au xni*".

Boureuilles (Meuse), nom dans lequel la mouillure finale n^apparaît que tardivement, est appelé Bourreiire en 1265 : cette forme autorise l'hypothèse d'un piumitif Burrodurum.

70. Le nom de Tonnerre est passé, on l'a vu. par la forme Tournoirre : la prononciation ainsi notée se rencontre ailleurs.

Issoire (Puy-de-Dôme), appelé Iciodorum par Grégoire de Tours, et depuis Issoerre, hsuerre, ce dernier prononcé Isseure, est l'équivalent d'Izeure.

Jouars (Seine-et-Oise) a pour ancien nom Diodurum, variante de Divodurum, qui désigna la ville de Metz; c'est une contrac- tion du même nom qu'on reconnaîtra dans Jotrum, appellation médiévale de Jouarre (Seine-et-Marne i.

De ces noms on est tenté de rapprocher celui de Bouchoir (Somme), en raison de ses formes anciennes : Buc/iuere e.r\ 121o, Boucheure en 12o7.

71. Waulsort (Belgique, province de Namur) est appelé Walciodorus en 9i6. [.a transformation de -odurum en -are est moins surprenante dans le nom d'Izemore (Ain), au vin*' siècle Isarnodorum, qui appartient à une région plus méridionale que celles ont été relevés les vocables précédem- ment passés en revue. Ballore (Allier, Saône-et-Loire) repré- sente sans doute aussi un primitif en durum ; mais cette hypo- thèse n'est pas permise en ce qui concerne Saiiit-Paul-d'/ zore (Loire) et S'o/o/v-Saint-Laureiit. aujourd'hui Saiiit-Laureiil-sdiis-

'AS J.ES N(l>rs DE LIEL"

Rochefort (Loire), la terminaison de ces noms ayant passé au moven âge par la forme -ovre ou -obre.

72. En pays de langue germanique, l'accent tonique des noms en -du ru m sest déplacé, mais non pas de même que celui des noms en -dunum : c'est sur la première syllabe de durum qu il s'est porté : Soleure s'appelle en allemand Solothum; le Theu- durum de 1 Itinéraire d'Antonin est aujourd'hui Tûdderen (régence d'Aix-la-Chapelle) : et Winterthur s Suisse, canton de Zurich) répond à un antique Vitodurum.

73. Les noms primitifs d Auxerre, de Boureuilles, d'Izernore, d Izeure ou d Issoire, de Tonnerre, paraissent avoir pour premiers termes des noms d'hommes gaulois : Autecios, Burros. Iccios, Turnos ; ceux d'Aujeure et d' Angers et de Pleurs débuteraient par des noms romains. Albiuset Pelagius. ce dernier d'origine grecque.

Avalleur et Xanterre dériveraient des mots gaulois aballos, « pommier i) et fiemetos, « temple » qui peuvent avoir été pris aussi comme noms d'homme.

Dans Brière, Briare. Brieulles on reconnaît le mot hrira. « pont ».

Ernodurum est apparenté au nom de la rivière cjui arrose Saint-Ambroix, l'Arnon.

On retrouve le premier terme du nom des Bajocasses, dans le nom que portait le chef-lieu de la finis Baiotrensis. en Dues- mois.

Durum s'est combiné en outre avec des noms ethniques : les Bataves et les Boïens avaient des villes appelées Batavodurum elBoiodurum.

74. Durum a été employé aussi comme premier terme, par exemple dans les noms Durovernum. Durocorn()^ iuni. Durocortorurn et Durocatuellauni. qui ont désigné, les deux })reniiers, en Angleterre, (iantorbéry (comté de Kent) et (arcii- cesler (comté de Gloucester), les deux autres lieims ef ('hàlons- sur-Marne : il a, à cet égard, laissé des traces dans les noms de Dreux (Eure-et-Loirj, de Dormans (Marne) et de Donqueur (Somme), correspondant aux vocables antiques Durocasscs, Duromannum, Durocoregum, dans ceux de Duclair (Seiile- Inféricure) et de Drucat 'Somme;, pour lesquels on a les formes basses Durclarinn <M Durcaptum. peul-ètre aussi dans celui df Durbuy l5i'lLri(|u<\ pr<»Nince de Luxfinboiu'gi.

oiiic.iMvS i.Ki.nni i;s : iii nos '.\\\

75. A considérer les contrées intéressées par les énumérations qui précèdent, on observera que les noms dans la composition desquels entre diiros sont inconnus à lest du Rhin, entre le lîhône et les Alpes, dans le bassin de la Garonne et dans le pavs (juon appela la Septimanie.

VI BRÏGA

76. Les noms de lieu ayant pour terminaison hriga, autre mot auquel les celtistes les plus autorisés attribuent aussi le sens de « forteresse », ont être jadis fort nombreux, mais plus au delà qu'en deçà des Pyrénées : les écrits de l'antiquité, tandis qu'ils révèlent l'existence en Espagne d'une vingtaine de vocables de cette catégorie, en font connaître seulement quatre ayant appar- tenu à la Gaule : Baudobriga, Eburobriga, Litanobriga, mentionnés dans les textes itinéraires, et Magetobriga ou Admagetobriga, qui figure dans les Commentaires de César. Évidemment briga appartenait au dialecte des Celtibères, et ce mot, hors d'Espagne, constitue une trace du passage de ces tribus.

Des quatre noms qui viennent d'être rappelés, les deux der- niers n'ont laissé nulle trace. Baudobriga est aujourd'hui Boppard (régence de Coblenz) ; mais ce nom moderne, formé sous l'influence germanique, ne fait en rien connaître le sort réservé en France au mot gaulois briga. Eburobriga n'est autre qu AvroUes (Yonne), dont le nom, qui se présente dès le ix= siècle sous la forme Evrola, rappelle assez bien la première partie du nom antique, mais nullement sa finale : celle-ci aura subi une de ces transformations inattendues qu'on ne peut que constater, sans que la cause en soit déterminable.

77. Parmi les noms en briga qu on observait dans la pénin- sule hispanique, un des plus sûrement identiliésest Conimbriga, aujourd'hui Coimbre (Portugal) : on doit conclure de quel'/ de briga était bref, par conséquent atone quand b r i g a jouait le rôle de désinence.

78. L't bief accentué devenant en lianvi»»!^ "i, <>ii peut consi- dérer comme représentant briga employé seul, les noms de Broye (Haute-Saône, Saône-et-Loire) et de Broyés (Marne, Oise).

79. Mais dans le cas, bien plus rr(''(|U('iil , <>ii briga est 1»' (1er-

OR[GINES CELIIOLES : FiHIGA 41

nier terme d'un nom de lieu, l'accent se porte sur la svllabe précédente, qui est d'ordinaire on l'a vu par les quatre exemples que nous a laissés l'antiquité un o.

80. Des formes vulgaires qu'a revêtues la terminaison -obrig'a, la plus reconnaissable est -obre : on la rencontre dans Vèzenobre (Gard), Vezenobrium en 1050, Vedenobrium en llol, dans Vinsobres (Drôme), Vinzobrium en 1137, vraisemblablement pour un plus ancien Vindobriga, peut-être aussi dans Lanobre (Cantal).

81. Plus au nord, le b devient v. Verosvres (Saône-et-Loire) est appelé au xiv" siècle Vorovre, ce qui autorise à supposer un primitif Verobriga dont le terme initial serait le même que celui de Verodunum.

82. Parfois -ovre s'est réduit à -ore. Le chef-lieu de l'ager Solobrensis ou Solovrensis du x* siècle a été appelé Solore- Saint- Laurent ; c'est aujourd'hui Saint-Laurent-sous-Rochefort (Loire). Et la forme Ysovrus, des x' et xi*^ siècles, donne à penser que Saint-Paul-d'Vzove (Loire), représente un ancien Icciobrig-a, apparenté par son premier terme à Issoire et à Izeure.

83. C'est sans doute par l'intermédiaire de cette forme réduite, dont le son liquide aura été altéré, que s'explique le nom déjà cité d'AvroUes (Yonne) représentant Eburobriga.

84. Le sonde Vo peut s'être allongé en ou : Cottrouvre (Meuse , Corrubrium en 1149, Corrobrium en 1207. était probable- ment à l'origine Corrobriga.

85. Mais la forme que -obriga revêt le plus communément en pays de langue d'oïl est -euvre.

Ghartreuve (Aisne), Cartobra au i\^ siècle, vraisemblable- ment pour Cartobriga.

Deneuvre (Meurthe-et-Moselle), Donobrium au xii" siècle, paraît représenter Donnobriga, « la forteresse de Dunos »; il en est de même de Ghâtel-de-Neuvre (.\llier), qui était, à l'époque mérovingienne, le chef-lieu du pagus Donobrensis, et dont le nom devrait s'écrire Chàtel-Deneuvre.

Escaudœuvres (Nord), Scaldeuvrium en 1137 ; nul doute n'est possible sur le sens de ce nom, dont le premier terme est le nom de l'Escaut.

Vendeuvre (Vienne) est appelé à la lin du \'" sied.- \'end<»-

i2 LES NOMS DE I.IKC

bria, ce qui ne diffère guère du Vindobriga que donne à sup- poser Vinsobre, et dans le premier ternie duquel on reconnaîtrait l'adjectif inndos « blanc », peut-être pris comme nom d'homme: un texte de 938 donne la forme plus altérée Yindopera, sous laquelle on voit désigné aussi, vers la même époque, Vandœuvre (Meurthe-et-Moselle;, Une forme presque semblable, ^ en do- pera, est appliquée en 1174 à Vendœuvres (Indre). Vendeuvre I Calvados) est probablement de même origine, mais non point, on le verra plus loin (n*' 121), Vendeuvre | Aube).

86. Il est arrivé que cette finale -euvre se soit réduite à -èvre. Denèvre (Haute-Saône' apparaît clairement comme une

variante de Deneiivre.

Lingèvres f Calvados^ est mentionné au xii*" siècle sous la forme Linguevre.

Soulièvres (Deux-Sèvres) peut passer pour un homonyme de Solore, témoin l'appellation S olubriu m. qu'on trouve encore au xiv'^ siècle.

Sur le nom de Suèvres ^Loir-et-Cher) a été formé, à l'époque carolingienne, l'adjectif Solobrensis.

Volesvres Saône-et-Loire). jadis }^nlnevre. donne à supposer un primitif Volobriga.

87. A son tour -èvre s'est réduit à -ève dans le nom de Char- tèves (Aisne), dont l'origine paraît ne pas différer de celle de Charfreiivp.

VII MAGOS

88. Le substantif g-aulois ma(jos, latinisé magus, avait le sens du latin camp us. On le retrouve dans le gaélique irlandais, témoin le nom de la ville archiépiscopale d'Armagh, et dans le breton armoricain maez, qui termine un assez grand nombre de vocables néo-celtiques.

89. L'a de magus était bref, et conséquemment atone dans les noms dont ce mot constituait la désinence : le premier terme de ces noms se terminant d'ordinaire par un o, cest sur cette voyelle que se portait l'accent tonique ; or la finale -omagus a de bonne heure perdu tout ce qui suivait Y m : on rencontre sur des triens ou tiers de sou mérovingiens les formes Cisomo, Noviomo, Rotomo, au lieu des formes Cisomagus, Novio- magus, Roto magus, que fournissaient les textes antérieurs au vii^ siècle.

90. Les plus anciennes formes romanes des noms en -omagus présentent la désinence -om, qui souvent deviendra -on et parfois se réduira à -an et -en.

91. A cette règle générale Quicherat a voulu opposer quelques exceptions, caractérisées par l'absence de la nasale finale ; mais les faits allégués par lui ne sont rien moins que probants.

L'identification qu'il fait du Cenomagus des Itinéraires avec Senos (Vaucluse) n'est pas certaine.

Néris (Allier) correspond bien a lantique Nerio magus, témoin l'inscription qu'on y a trouvée, oîi il est question des vicani Neromagienses ; mais aussi Grégoire de Tours désigne ce lieu par les mots viens Ne re en si s ; d'où l'on est fondé à conclure qu'il y eut jadis, pour désigner Néris, deux appellations formées d'ailleurs l'une et l'autre sur le nom d'une des divinités gauloises auxquelles étaient consacrées les fontaines. Tandis (|uc Neriomagus ne pouvait donner que Néron ou Méran, c'est ii l'autre appellation, celle sur laquelle a été formé l'adjectif employé par Grégoire de Tours, qu'il faut rapportei- le voc^ablc moderne.

i-i LES NOMS DE f.IKl

Claudiomagus, que Quicherat traduit à tort par Cloué. lig'ure sous une forme légèrement différente altare de Clau- dio macho dans une bulle du pape Calixte II, en faveur de Tabbaye du Bourg-Dieu : il s'ag-it de Clion (Indre), dont l'église fut, jusquà une époque récente, sous le patronage de ce monastère : on peut supposer une forme intermédiaire Cloïon.

Enfin Cisomagus n'est pas, comme Quicherat l'a cru, Chia- seaux (Indre-et-Loire), car on ne saurait expliquer le chuintement du c initial, non plus que le redoublement de Vs intervocal, sans compter que la désinence du nom de Ghisseaux n'est autre chose qu une désinence diminutive bien connue, ce nom étant le dimi- nutif de celui d une localité voisine, Chissey (Loir-et-Cher). Cisomagus est devenu Cison, puis Cisan, forme attestée par un pouillé, enfin Ciran (Indre-et-Loire), par un phénomène dont il y a d'autres manifestations en Touraine et en Berry.

92. Aux deux noms en -magus dont l'équivalent moderne vient d'être déterminé, il convient d'ajouter les suivants :

Argéntomagvis, qui, dans l'Itinéraire d'Antonin, désigne Argenton (Indre) est sans nul doute l'appellation originelle des communes de même nom que renferment les départements de Lot-et-Garonne, de la Mayenne et des Deux-Sèvres, et de la ville d'Argentan lOme).

Blatomagus, que donne à supposer la forme basse Blato-

mos, inscrite sur un triens mérovingien, est aujourd'hui Blond

Ilaute-Vienne) : la consonne parasite qui termine ce dernier nom

est l'elfet d'une assimilation de ce vocable communal à l'adjectif

connu.

lîurno magus qui n'est aussi connu ([ue par une forme basse. Buinomo, figurant sur un triens, est l'origine de Bournan (Indre-et-Loire, Maine-et-Loire) et de Bournand (\'ienne).

Ca tu magus, c'est-à-dire « le champ du combat », est le nom primitif de la ville de Caen (Calvados), appelée Cadomum au XI'" siècle, et de Cahon (Somme), dont le nom se présente en 1207 sous la forme très suggestive dahoni.

Caren tomagus, dans un texte itiiiéraii-e, désigne Granton (Avcyron . dont il faut rapproche:- Charenton-.s///'-^.7/(v ((]her), au i\'' sièch; chef-lieu de la \icaria Cari n tominsis, et Carentan (Manche 1. mais non |)as (!/i;irrn/nn-l)'-I'i>n/ (Sc'wn' . (\u\ se déclinait Carenlo, Ca ic n I o ii i s.

ORIGINES CELTIOLES : MAG(JS 40

Cas sa 11 orna g US, antique station de la voie de Périyueux à Angoulème, est représenté par- Chassenon (Charente), qui a des homonymes dans les départements de la Loire-Inférieure, du Rhône et de la Vendée.

Condatomagus, c'est-à-dire « le champ du confluent », s'applique, dans les textes itinéraires, à une localité du Rouergue, dont Gondéoni Charente), est vraisemblablement un homonyme.

On ne formule pas la même hypothèse à propos de Condom (Aveyron, Gers), car en pays de langue d'oc le t intervocal ne serait pas tombé : mais la graphie -orn, dont on observe aussi le maintien dans Biorn, autorise à rattacher ce nom, et, soit dit en passant, celui de Billom (Puy-de-Dôme), à des primitifs en -omagus.

Eburomagus, de la Table théodosienne, parait être devenu Bram (Aude), moyennant une aphérèse.

Iciomagus ainsi faut-il rectifier, semble-t-il, l'Icidinagus de la Table de Peutinger répond à Usson (Haute-Loire), qui a des homonymes dans le Puy-de-Dôme et dans la Vienne.

Mantalomagus ou Mantalomaus, dans Grégoire de Tours, désigne Manthelan (Indre-et-Loire). Il serait téméraire d'assigner à Manthelon (Eure) une origine analogue.

Mosomagus est le nom originel de Mouzon (Ardennes). Le premier terme de ce vocable paraît n'être autre chose que le nom de la Meuse, M osa. Cet exemple de la combinaison de magus avec un nom de cours d'eau, ne serait pas unique, s'il était per- mis de voir dans le nom du Garnomus castrum, un concile se tint en 670, la contraction d'un primitif Garumnomagus.

Xoviomagus désigne, dans la Notitia dignitatum, la ville de Noyon (Oise). Noyen (Sarthe, Seine-et-Marne), Noyant i Indre- et-Loire), Nyons (Drôme) et Nouvion-en-Po/i//t/eu (Somme) ont pareille origine. Il en est sans doute de même de Neung-«ff/r- Beiivron (Loir-et-Cher), qu'un pouilléde 1226 appelle Noemiuni, et de Nogent-/e-/io<row ' Eure-et-Loir i, dont la plus ancienne mention certaine, datée d(^ 1031, présente la forme très basse Nogiomum. Ici l'on observe cette « consonnification » de 1'/ consécutif à une labiale dont les exemples ne manquent pas. C'est peut-être, fort bizarrement altéré, le diminutif de queUiue « Nogent. » de même origine que Nogent-le-Rotnni qu'il faut reconnaîlre dans Longjumeau Seine-et-Oise), d<>nl on voil le nom écrit, au xiii"' siècle, X ogemelluin.

4() l.KS NOMS DE LIKli

\

Kicomagus ou Higomagus, c'est-à-dire, d'après d'Arbois de Jubain ville, « le champ du roi *>, était une des cités de la province des Alpes Grées et Pennines, Ce nom fut aussi celui de Riom (Puy-de-Dôme), et sans doute de Rians (Cher), chef-lieu au x*^ siècle de la vicaria Riomensis.

Piotomagus, primitivement Ratumagos. est représenté par Rouen (Seine-Inférieure), par Pon^-(7e-Ruan (Indre-et-Loire), l'ancien chef-lieu de la vicaria Rotomensis, et par Pondron (Oisei. qu'il conviendrait décrire Pont-de-Ron. et qui correspond au Rodomum d un diplôme de Charles le Simple pour 1 abbaye de Morienval,

Turnomagus ou Tornomagus, dans Grégoire de Tours, désigne Tournon-'S'am^--Ucïr///i (Indre;. Tournan (^Seine-et- Marne) se nommait sans doute de même : on trouve au xii*" siècle, pour cette localité, l'appellation Turnomium.

Vindomagus, que Pline signale comme un des vici des Volques Arécomiques, a pour homonyme, croit-on, Vendon (Puy-de-Dôme).

93. Le nom dEcouen iSeine-et-Oise) paraît devoir être rangé dans la même catégorie. On n'en possède pas, à vrai dire, de formes latines, mais la j^lus ancienne forme vulgaire. Escueni donne lieu de supposer, en raison de son m tinale, un primitif tel que Scotomagus, dont le premier terme serait apparenté au nom des habitants de l'Ecosse.

94. On ne doit pas, a priori, considérer comme provenant d'un nom en -omagus tout nom moderne terminé par -ont ; avant de se prononcer dans ce sens, il faut s assurer que Yin, finale essentielle et caractéristique de cette terminaison, se retrouve dans les formes vulgaires, appartenant aux xn^ et MU" siècles, du nom dont il s'agit.

95. Dans les pays de langue germanique, l'accent des noms en -omagus s'est déplacé et porté sur \a ; de des résultats très dill'érents de ceux qu'on observe en pays roman.

Le Brocomagus de l'IliiK raire d'.Antonin paraît être Bru- math ( 1 >asse-.\lsace .

Diirnomagus ?i donné Domiagen i régence de Diisseldorf), Marcoiuagus Marmagen (régence d'Aix-la-Chapelle), Novlo- niagus Neuraagen régence de Trêves) el Nijmegen, que nous appelons Nitnrgue (Pays-Bas), Rigomagus Remagen i régence

de ( .iiblfll/ .

VIII BRI VA

96. Le mot briva ne s est conservé dans aucune des langues néo-celtiques. On lui a, dès le xvi*' siècle, attribué assez heureu- sement le sens du latin pons, qui semble ressortir, en effet, du nom Briva Isara, désignant, sur la voie de Paris à Rouen, remplacement de la ville actuelle de Pon toise : ce dernier nom n'est autre chose que la traduction de Briva Isara. Cette con- jecture s'est trouvée vérifiée par Fexamen, non seulement des noms analogues que fournit la nomenclature géographique, mais encore du petit glossaire d'Endlicher, hi'io, représentant une forme masculine de briva, est traduit par le latin ponte.

97. Employé parfois isolément comme nom de lieu, Briva est l'origine de Brive (Mayenne), de Bvive-la-Gaillarde i^Corrèze), de Brives (Indre, Haute-Loii'e), de Briwes-sur-C/iarente (Charente- Inférieure), de Brèves (Nièvre), de Brie (Aisne), ce dernier nom désignant le point l'antique voie de Saint-Quentin à Amiens franchit la Somme.

98. Il est à noter que Brive-la-Gaillarde est mentionné par Grégoire de Tours sous l'appellation de Briva Curretia, dont le second terme n'est autre chose que le nom delà Corrèze : ainsi que dans Briva Isara, le mot briva est suivi d'un nom de rivière. Des exemples analogues sont fournis par Briva Sugnutia, nom qu'une inscription romaine applique à un viens du pays éduen existait une fabrique d'armes ' ; par Briovera, ou mieux, sans doute, Briavera, forme basse pour BrivaA^era, aujourd'hui Saint-Là, sur la Vire: par Bria Sarta, pour Briva Sarta. nom qui s'est conservé (hins Brissarthe (Maine-et-Loire).

99. Ailleurs, le mot briva (»ccupc le secoutl rang. Dans 1 antique appellation àWinieiti^, Samarobrivii ou Samara-

I. Llriu'sl Ufsjiiiiliiis, (iéoijiupliH\... </(-• lu (iaulf ronuiinc ! Paris, ISTli- iS'.KJ, yr. \n-H'\ II, ir2-\l.\] l'identilif a\fC Brèves (Nièvre), nuMitioiiiu' [Avts liaul.

48 LliS NOMS DE LIEU

briva. le premier terme est le nom primitif de la Somme, Samara. Ghabris (Indre), qui était à l'époque caroling-ienne chef-lieu de la vicaria Carobriensis, s'appelait vraisembla- blement à l'orig-ine Carobriva : Chabris est situé sur le Cher, en latin Carus ou Garis. Le nom de Salbris (Loir-et-Cher) est peut-être formé de la même façon : en tout cas, cette localité est placée sur la Sauldre, en latin Salera.

100. L'exemple de Chabris atteste que 1'/ de briva était long, donc tonique, à la différence de celui de briga : les deux mots ne sauraient donc être confondus.

101. C'est sans nul doute briva qu'on doit reconnaître dans le nom. mentionné déjà, de Brivodurum, primitif de Brières, de Briare, de Briarresetde Brieulles, et qui signifie, par conséquent, la « forteresse du pont ».

IX

RIT os

102. Le mot gaulois ritos avait le sens de « gué », tel le latin va dus, tel aussi l'anglais ford dans Oxford, « le gué des bœufs » et Tallemand furt, dans Frankfurt, «. le gué des Francs ».

103. Les textes antiques relatifs à la Gaule ne font connaître que trois noms de lieu dans lesquels on reconnaisse ritos : Ritu- magus, « le champ du gué », station de la voie de Paris à Rouen, sur l'Andelle, dans le voisinage de Radepont (Eure); Augustoritum qui a, au iLi'' siècle, échangé son nom contre celui des Lemovices, dont il était le chef-lieu ; enfin Bandritum, station itinéraire dont la situation répond à celle de Basson (Yonne), sans qu'il y ait d'ailleurs entre le nom antique et le nom actuel le moindre rapport.

104. Les noms Augustoritum et Bandritum n'ayant laissé aucune trace dans la toponomastique moderne, on ignore quelle était, dans ces noms, la quantité de It, et par conséquent, la place de l'accent tonique.

A supposer que cet / ait été bref, donc atone, on serait fondé à voir des équivalents de Camboritum, localité disparue de la Grande-Bretagne, dans Chambord (Eure, Loir-et-Cher), Cham- bors (Oise) et forme plus altérée Ghambourg (Indre-et- Loire), qui était, à l'époque carolingienne, chef-lieu de la vicaria Cambortensis. Camboritum signifie « le gué tortu ». Et peut-être faut-il rattacher à la même série le nom de Niort (Deux- Sèvres), dont la forme Noiortum, constatée à l'époque carolin- gienne, représente vraisemblablement un primitif Noviorituni, apparenté par son premier terme à Noviomagus.

Li's iii'ins lie lien.

X

DU B MON

105. Le mot gaulois dubrun. latinisé dubruui, équivalait au latin aqua. Il s'est conservé dans divers dialectes néo-celtiques, notamment dans. le gallois et bas-breton dour par l'intermédiaire d'une forme médiévale diivr. C'est faute de connaitre celle-ci que les savants qui, du xvr' siècle à nos jours, se sont occupés de lorigine des noms de lieu, ont pensé retrouver le mot dont il s agit dans la terminaison -durum précédemment étudiée.

106. Duhron ou dubrum ne paraît dans aucun des noms de lieu de Gaule que mentionnent les monuments de l'antiquité : mais à l'époque carolingienne, on voit dubrum pris isolément pour désigner Douvres (Seine-et-Marne , et emplo comme second terme du nom de deux localités du Rouergue méridional dont il est (juestion dans une charte de 883 en faveur du monastère de Vabres : L a d e d u b r u m et \' u 1 e d u b r u m, au jourd' bui Ladezouvre et Valezoubre (Aveyron). Clrégoire de Tours avait d'ailleurs parlé d'un certain Cambidobrense monasterium.

107. Par contre on reconnaît dubrum dans la terminaison du nom d'un certain nombre de cours d'eau de l'ancienne Septimanie. Pline, dans son Histoire mUiiroVe, appelle \'ornodubrum cet allluenl de l'Agi v qui. dans le département des Pyrénées-Orien- tides, a de nos jours nom le Verdouble : pareille est l'origine des noms du "Vernazobre, <Iu Vernezoubre et du Vernoubre. affluents de 1 Agout, et du Vernazoubre, afihumt de l'Urb dans le dépar- tement de l'Hérault, oii d ailleurs le Vernezoubre et leA'ernazoulne ont donné leur nom à des bameaux riverains. Un primitif Argen- loilubriim est bien reconnaissable sous les formes Argcntum- dublum. .\ rgen tumduphi'.n et A rgrn I umdu p ru m (pu. aux vin" et IN'" siècles, (Uit désigné lArgentdouble. ;ifllucul de l'Au.b-.

108. C^es noms de rivières ou de ruisseaux en -ilubrum méritent (|uel(jue attention : les noms de cours d'eau d'origine tidtique étant, de l'avis des leltistes les plus autorisés, très rares

ORIGINES CELTlnUES : DIBROX ."i |

en Gaule, il est intéressant de rencontrer ceux-là en nombre relativement considérable dans une région précisément les Gaulois n'ont pénétré, semble-t-il, qu'à une époque peu reculée, trois siècles environ avant l'ère chrétienne ; et si ces noms doivent être considérés comme particuliers à telle tribu gauloise plutôt qu'à telle autre, les exemples qui viennent d'être cités, relevés dans le Languedoc oriental, tendraient à les faire attribuer aux Volcac.

XI

XAXTOS

109. Le motg^aulois latinisé nantus ou nantuin est mentionné sous la forme oblique nanto dans le petit glossaire gaulois d'Endlicher, qui le traduit par vallis, et indique, en outre, le composé trinanio, traduit par très valles. G est évidemment ce mot qui, dans le langage des régions alpestres de la Savoie et de la Suisse romande, subsiste sous la forme nand, avec une légère déviation de sens, la partie étant prise pour le tout, pour désigner ime cascade, un torrent.

110. De même que dunos, nantos a été parfois employé comme nom propre de lieu, sans le secours daucUn adjectif, ni d'aucun autre nom propre, et il subsiste, sans autre altération pour loreille, que la chute de la syllabe atone, dans les noms de Nant (Aveyron, Meuse), Nans (Doubs, Var), Namps (Somme). Nantus fut, à l'époque mérovingienne, le nom d'un monastère du diocèse de Coutances, qu'a désigné depuis le vocable de Saint-Marcouf (Manche). On reconnaît aussi un primitif nantus, accompagné d'un déterminatif moderne, dans ]^din-sous-Thil (Cùte-d'Or), dont le nom est devenu celui d'une famille militaire célèbre, sous la forme Xansouty.

111. Dans les noms composés il paraît comme second terme, le mot gaulois nanloa n'a jamais subi d'altération plus sensible.

Dînant (Belgique, province de Namur), et peut-être Dinan (Côtes-du-Nord), représentent un bas-latin Dionantus, origi- nairement sans doute Divonaiitus, cjui se rapproche par son j)reinier terme deDivodurum ou Diodurum.

Grenant '^Gôte-d'Or, Haute-Marne, Nièvre), correspond au Grauiitinto des triens mérovingiens, et on h' voit, dans Vaugre- nant ''Saône-cl-Loire), combiné avec vallis.

Lournand (Sa6ne-el-Loire), nom d'une localité Muntionnée fréfjueminent dans les chartes du \'' siècle de l'abbaye de Gluny, sous la formiî Loinantum, semble avoir pour jiarallèlc le nom d'une localité toute voisine, /.uurdon, dont il est question dans

oHic.iNEs cKi/rioiEs : .\A.\ros o3

les mêmes documents, et dont le second terme dunum indi([ue la position élevée par rapport k Lournant.

Mornand (Loire), Mornans (Drôme), Mornant (Rhône, Haute- Savoie), représentent un primitif tel que Mauronantus ou Maurinantus.

Pargnan (Aisne), Pernand (Côte-d'Or), Pernant (Aisne, Orne), portaient sans doute à l'origine le nom de Parronantus, k rap- procher du nom de lieu celtique Parrodunum, mentionné par Ptolémée.

Dans Ternant (Ain, Charente-Inférieure, Côte-d'Or, Nièvre, Orne, Puj-de-Dôme, Yonne), il faut vraisemblablement recon- naître d'anciens Taronantus, apparentés par leur premier terme k Tarodunum qui, à l'époque romaine, désig-nait une localité de Germanie, d'orig-ine g'auloise, et sans doute aussi le chef-lieu, à rechercher entre Soissons et Reims, du pagus qu'on appelle le Tardenois.

112. Le g-aulois naiitos semble être en outre la racine du nom de lieu Nantoialum, que traduirait assez bien, semble-t-il, l'adjectif latin vallestris. Ce vocable est l'origine du nom si répandu de Nanteuil, et de ceux de Nanteau (Seine-et-Marne, Yonne), de NantOUX (Côte-d'Or, Saône-et-Loire) et de Nampteuil (Aisne), variante graphique du premier. Dans Monampteuil (Aisne), on reconnaîtra Mons Nantoialum. Kt Nantouillet (Seine-et-Marne) est un ancien Nanteuil, qu'une désinence diminutive différencie d'un homonyme plus important, Nanleuil- le-Haudouiii (Oise).

113. Peut-être faut-il voir la même racine dans Nantua (Ain) :

monasteriolum ([uod Nantuadus ab a qui s e vicino

emerg-entibus publiée vocitatur, porte un diplôme du roi Lothaire daté de 852 ; une interprétation toute semblable de ce nom a multitudine aquarum ibi conlluentium se lit dans la chronique de Saint-Bénig-ne. On en rapprochera Nantois (Meuse).

XII ONXA

114. L'existence d'un mot g-aulois onna, au sens du latin fons, nest attestée par aucun écrit de lantiquité, mais on peut l'induire en quelque sorte de deux faits. L'un est la mention, dans un écrit la Vil a. sancf.i Domitiani consacré au récit de la vie d'un personnage du iv* siècle, de deux sources, de deux fontaines du territoire de Lasfuieu (Ain), appelées respectivement Bebronna et Calonna. L'autre fait est la présence, dans le petit glossaire d'Endlicher, d'un mot qui ne diffère de onna que par le genre, onno, traduit par flumen.

115. Le nom de Calonna ne s'est pas, dans le Bugey, vivait saint Domitien, transmis jvisqu'à nous, l'hagiographe nous apprenant qu'au iv*^ siècle ce nom fit place à celui de Fons Latini, ou plutôt Fons Latinii. Mais il a désigné, du vi'' au XI® siècle, Chaàonnes-sur- Loire, aujourd'hui dans le département de Maine-et-Loire, qui possède, en outre, un Calonnes-sofzs-/e- Lude. La première partie du nom de Calonna lui serait commune avec Calodunum, forme primitive supposée de Chaudnn et Calodurum, que représente Chilleurs.

116. Quant à Bebronna, peut-être à l'origine Bibronna, qu'on pourrait traduire par <( la fontaine des bièvres » ou « des castors », c'était en Gaule le nom d un grand nombre de fontaines ou de ruisseaux, appliqué parfois à des localités riveraines : la Beuvronne, affluent de la Marne; la Brevonne, sous-aftluent de r.Vube, la Brevenne, allluent du Hhône, la Brevanne, qui coule dans le Luxembourg belge.

117. Notre pays possède un certain nombre de cours d'eau, désignés par un nom masculin, qui ne dilTère de ceux (jui viennent d'être iiuii(|U(''S, (pic par le genre et par la terminaison qui en est la conséquence : le Beuvroil, affluent de la Selune, qui coule dans les départements d'ille-et- Vilaine et de la Manche, et dont le nom se retrriuve dans le nom de Sain/Senin-de-lieuvron (Manche); le Beuvron. affluent de la Loire, (pii coule dans les

OKiGiNRs (>;T;nnii;s : o.v.v i .">.»

départements du Cher, du Loiret et de Loir-et-Cher, et qui, dans ce dernier, arrose la Motte-Beuvron ; le Beuvron, affluent de l'Yonne, qui a donné son nom à la commune de Beuvj'on (Nièvre) : enfin \e Brevon, qui prend sa source à la fontaine Bebronna de la Vila sancti Domiiiani, et qui se jette dans l'Albarine k Saiut-Ramhert (Ain), localité qui, avant de porter son nom actuel, était désignée à l'époque franque, par celui du cours d'eau en question. Bebronna.

118. On est fondé à reg-arder comme procédant de primitifs en -onna les noms de la Chalaronne, affluent de Ui Saône, Cala- ronna ; de l'Aronde. affluent de lOise, Aronna; de la Saône, Saugonna ; de la Boutonne, affluent de la Charente, Vultunna.

119. Mais on ne confondra pas onna avec la terminaison -ona, qu'on observe dans xVxona et dans Matrona; tandis que Vo de onna était long, donc tonique, et s est conservé, celui de -ona était atone, les vocal)les modernes Aisne et Marne en font foi.

120. Il est possible que Divonne (Ain) représente un primitif en -onna, apparenté par son premier terme à Divoduruni; mais on ne saurait sans danger former pareille conjecture à pro- pos de tous les noms qui se terminent actuellement en -onnc, car on sait positivement que certains d'entre eux, Carcassonne, Narbonne, Bourhonne, représentent des noms latins de déclinai- son imparisyllabique en -o, -onis.

XIII VERA

121. Vera est la forme latine d'un mot supposé gaulois qui se serait conservé dans le breton armoricain ffouer, au sens de « ruisseau » ; toutefois certains celtistes prétendent que ce der- nier mot est pour un ancien ivober .

Quoi qu'il en soit, l'e de vera était bref, on peut s'en convaincre par l'étude des noms dont il constitue le second terme, et dans lesquels l'accent était sur la syllabe précédente.

Dèvre (Cher), anciennement Oeuvre, était à l'époque carolin- gienne Dovera.

Meg-avera désignait à la fois le Mesvrin, affluent de l'Arroux, et une de ses localités riveraines, Mesvres (Saône-et-Loire).

L'ancien nom de la Touvre, affluent de la Charente, est Tol- vera.

Vendeuvre (Aube) est appelé sur des monnaies mérovingiennes Vin do vera : il se distingue donc de ses homonymes indiqués plus haut (n*> 85) qui sont d'anciens Vindobriga.

122. Dans vera, employé seul, l'e était nécessairement accentué ; étant bref, il devait, en langue d'oïl, devenir : c'est ce que Ion constate dans le nom de la Vière, sous-affluent de la Marne.

XIV y E METIS

123. Le sens du mot nemetis, qu'on pourrait induire de celui de l'irlandais nemed, au sens de « sanctuaire » est clairement attesté par ces vers que Fortunat, au vi'' siècle, a consacrés au nom Vernemetis porté par une localité de l'Aquitaine.

Nomine Vernemetis volait vocitare vetustas, Quod quasi fanum iiigens gallica lingua refert.

Nemetis, qui figure quelquefois dans les noms g-aulois latinisés sous la forme nemetum Vernemetum dans l'île de Bre- tagne, Tassinemetum dans la Norique, Augustonemetum en Gaule était donc pris, comme l'irlandais nemed^ au sens du latin fanum.

124. Les seuls noms de lieu modernes qu'on puisse rattacher d'une façon certaine et pour une de leurs parties à ce mot gaulois sont :

Vernantes (Maine-et-Loire), au ix^ siècle Vernimptas, dérivé précisément de Vernemetis, accentué sur l'antépénultième, dont nous devons à Fortunat de connaître le sens.

Nanterre (Seine), dont le thème étymologique est Nemeto- durum, déformé au vi® siècle, dans les écrits de Grégoire de Tours, en Nemptodorum.

125. Des inscriptions romaines trouvées dans le département du Gard signalent l'existence, dans la Gaule méridionale, des Arnemetici, c'est-à-dire des habitants d'une localité appelée Arnemetis : peut-être doit-on rattacher à ce dernier vocable, moyennant une substitution de liquide, Arlempdes (Haute-Loire) et Arlende (Gard).

126. Les noms Augustonemetum et Nemelocenna, four- nis par des écrits de l'antiquité, et désignant, le premier le chet- lieu de la cité des Arvernes, le second une importante localilé gauloise voisine de l'Artois, n'ont rien donné en français, ayant cessé, dès répo(|ue romaine, d'être en usage.

XV GOND AT E

127. La fréquence du nom antique Condate, dont la forme nominative est peut-être Gondas. est déjà indiquée par les monuments de l'antiquité romaine. En effet, les documents itinéraires relatifs à la Gaule, ne font pas connaître moins de huit localités ainsi dénommées une seule a conservé son nom, c'est Condé-SUr-Iton (Eure) auxquelles il en faut joindre une neuvième, Gondatomagiis.

128. La terminaison, étudiée déjà, de ce dernier nom, paraît établir la celticité de condate ; et comme d'ordinaire les localités f[ui portent aujourd'hui le nom de Condat ou de Condé sont siluées à la jonction de deux cours d'eau, en est fondé à croire (pi'en p^aulois condate avait le sens tle confluent ; ces localités seraient donc synonymes de Cnhlcnz et de Coiiflans, formés sur le latin (^onfluentes. et de Quimper. qui représente le breton armoricain Kemher.

Ges noms de Gondé et de Gondat sont les formes vulg-aires les plus répandues, la première dans le nord de la France, la seconde dans le midi, de lan tique Gondate.

129. Le nom de Condé est porté par une trentaine de localités françaises, dont les deux tiers ont rang- de commune dans les départements de l'Aisne, des Ardennes, du Galvados, de l'Eure, de rindre, de la Manche, de .la Marne, de la Meuse, de l'ancienne Moselle, du Nord, do l'Orne, de Seine-et-Mnrno, de Seine-et- Oise et de la Somme.

130. Parmi toutes ces localités on n Cn compte ^\\\o deux Gondé f Indre) et (Jondé-snr-Vèffrc (Seine-et-Oise) dont la situation ne justilio pas le sens attribué au mot condato. Peut- être les noms de ces deux localilés n'ont-ils [)as plus de rapport, au point de vue de l'origine, avec ce mot que le nom de G.ondé- rourt fSeine-et-()ise), pour lequel on possède la forme ancienne (inndonrourt , (\\\\ donne lieu de supposer un |)rimitif Gu ndildis curtis.

ORIGINKS CEMluLES : COX DATI-: "«O

131. Parfois, dans les régions de langue d'oïl, Gondate a produit une forme qui se distingue de celle qu'on vient d'obser- ver par la réduction du son nasal de la première syllabe : deux anciens Condate sont aujourd'hui dénommés Candé dans les départements de Loir-et-Cher et de Maine-et-Loire.

132. Dans la portion méridionale de la France, c'est Condat qui représente le Gondate antique, et ce nom y est porté par huit communes, toutes situées à des confluents, et qui appar- tiennent aux départements du Gantai, de la Corrèze, de la Dor- dogne. du Lot, du Puy-de-Dôme et de la Haute-Vienne.

133. Condé, Candé et Condat représentent Gondate accentué sur Va ; mais il est probable, sinon certain, que Gondate était un cas oblique de Gondas, dont Va était nécessairement atone : on ne peut expliquer autrement le nom de Candes (Indre-et- Loire), localité située au confluent de la V ienne et de la Loire, et que Sulpice Sévère et Grégoire de Tours appellent vicus Gonda- tensis. Condes (Jura, Haute-Marne), a la même origine, ain.si, peut-être, que Cosne (Nièvre).

134. Gondate est aussi, mais médiatement, l'origine des noms de Condel (Galvados), Condets (Seine-et-Marne i, et Condeau (Ornei, qui, sous leur ancienne forme Condeel, représentent des diminutifs de Condé.

135. Le mot gaulois condate, qui a servi de nom propre à tant de localités celtiques, a en outre contribué à former des noms composés. Les textes antérieurs au vu® siècle nous en font con- naître deux : Gondatisco et Gondatomagus.

Le premier désignait à l'époque franque, au confluent de la Bienne et du Tacon, le lieu qui, d'un monastère célèbre qu'on y établit, prit successivement les noms de Saint-Oyand (Sanctus Eugendus) et de Saint-Claude : ce lieu est actuellement le siège dune des sous-préfectures du Jura.

Quant à Gondatomagus, nom qui signifie « le champ du conMuent » et qui, sur la Table de Peutinger, s'applique à une station itinéraire voi.sine de Milhau (Avoyron), il doit être, en outre, le terme étymologique du nom de Condéon M]harente\

XVI MEDIOLAXUM

136. Le nom gaulois latinisé en Mediolanum ou Mediola- nium est presque aussi fréquent que condate, et les textes antiques font connaître huit localités ainsi dénommées : l'une appartenait à la Gaule cisalpine ; cinq étaient comprises dans la Gaule transalpine, une dans la Germanie et une autre encore dans l'île de Bretagne.

Trois seulement de ces localités peuvent être reconnues avec certitude dans des lieux dont le nom actuel dérive de l'ancien : ce sont Milan/ Italie), Ghâteaumeillant (Cher) et le Mont-Miolant (Loire). Deux autres, le Mediolanum des Sanfoni et celui des Eharovices ont changé de nom dès l'époque romaine, et sont aujourd'hui représentées par Saintes et par Evreux.

Si les textes antiques prouvent la fréquence de ce vocable géographique, la diffusion en est encore attestée par la topono- mastique de la France, qui contient une trentaine de noms venant, selon toute apparence, de Mediolanum ou de Mediolanium : le fait est d'ailleurs incontestable pour la plupart, grâce à la mention qu on en trouve dans des chartes.

Ces noms modernes se divisent tout naturellement en deux séries : les uns dérivant certainement de la forme antique, attestée par des inscriptions, Mediolanium ; les autres qu il convient de rapporter à M e d i o 1 a n u m .

137. La premièie série est représentée par Ghâteaumeillant et Meillant Cher), Meilhan (Gers. Landes, Lot-et-G;ironne , Meil- lan niaute-Garonne, Gironde), Moilien (Aisne), Moliens (Oise, Scinp-et-Mariio . Molllens-aux-BoisetMolliens-Vidame ' Sonmiej, Montmeillant ^Vrdennes, Seine-et-Marno), Montmeillien (Côte- d"()ri, Montmélian 'Oise, Savoie) : tous ces noms sont caractéi-isés par l:i iiKtiiilhirr, de la li(|uide médiane //, ///, // - uïouillure fxplicabh' j)ar h' recul de 1'/ (|ui, dans Mediolanium sxiivait le gr(»u|)e a n.

138. Au coiilrain'. indlc liiui- {{{' ocl / ii apporail dans les

t)Ri(;i.M:s cixiinuEïi : mkdiolaxum 61

noms ([ui constituent la seconde série : Mâlain Gôte-d"Or), Maulain ( Haute-Marne j, Méolans (Basses- Alpes), Meulin (Saône- et- Loire), Meylan (Isère, Lot-et-Garonne j, Miolan (Rhône, Savoie), Mioland (Rhône, Saône-et- Loire), Moëlaln (Haute- Marne), Moislains (Somme), Molain (Aisne, Jura), et le Mont- Molain (Loire).

139. Le nom antique de Mediolanum se retrouve, on le voit, un peu partout en Gaule, sauf peut-être dans le nord-ouest, en Auvergne, en Limousin et dans le Languedoc. Que signifiait-il? Henri Martin Ta traduit par « terre sainte du milieu », lan représentant, à ses yeux, l'idée de « terre sainte » ou de « sanc- tuaire », le sens de « milieu )-, étant attaché à la première partie du nom ; et il semblait croire que chaque peuple gaulois avait un mediolanum ; mais la répartition géographique des localités dont on vient de lire l'énumération ne favorise guère cette opi- nion : on en a compté trente-deux, et les diocèses auxquels elles appartenaient au mojen âge, sont au nombre de vingt-deux seulement, correspondant à vingt et une cités romaines : d'où il résulte, à suivre Henri Martin dans son hypothèse, que les Ambiani auraient eu trois « terres saintes du milieu » : Moliens (Oise)*, Molliens-aux-Bois et MoUiens-Vidame ; les Bituriges deux : Ghàteaumeillant et Meillant ; les Aedui trois : Meulin, Mioland et Montmeillien ; les Se ffusiavi trois également : Miolan, Mioland et le Mont-Miolan ; les Allohroges trois aussi : Meylan, Miolan et Montmélian ; enfin les Auscii deux : les deux Meilhan du département du Gers ; il faut remarquer, en outre, que plu- sieurs de ces locatités n'étaient pas situées au centre des cités dont elles faisaient partie. L'interpi'étation proposée par Henri Martin paraît donc devoir être rejetée.

XVII NOVIENTUM ET -ENTOS

140. Le nom de lieu de Novientum n'apparaît dans aucun des textes de l'époque romaine qui sont parvenus jusqu'à nous, mais on le trouve fréquemment dans les textes de Tépoque tVanque, il figure parfois sous la forme Novigentum, carac- térisée par la présence d'un g qui n'en modifiait guère la pronon- ciation. Ce vocable tel était du moins le sentiment de d'x\r- bois de Jubainville dériverait de la racine qui a fourni l'adjectif gaulois novios au sens de « nouveau », à l'aide d'un suffixe -entum, analogue au suffixe -entez, (jui a servi à former, dans le breton armoricain, un certain nombre de substantifs dérivés d'adjectifs. Ainsi Novientum, littéralement» nouveauté », serait un vocable topographique équivalant aux Xeuville et Villeneuve qui ont été formés en si grand nombre au moyen âge.

141. Novientum a produit le nom Nogent. ([ui, en France, ne désigne pas moins de seize communes appartenant aux dépar- tements de l'Aisne, de la Côte-d'Or, de l'Eure, d'Eure-et-Loir, de la Haute-Marne, de l'Oise, de la Sarthe et de la Seine, et dont la formation est régulière, caractérisée qu'elle est par la consonni- fication de 1"/ ; dans ce nombre n'est pas compris Nogent-le- Holrou (lîlure-et-Loir), qui, à en juger par une forme du xi'' siècle, Nogiomum, représenterait un primitif Noviomagus, et serait plus régulièrement orthographié Xogen ; non plus que Xoi/ent- sur-\'ernis\oit (I.,oiret), qu'un pouillé du xiv*" siècle appelle Noemium, ce qui autorise la même conjecture.

142. Le nom de Nogentel (.Visne, Marne), s'applique à de pri- mitifs Xofjenl, (ju il diU'érencie, au moyen d'un suffixe diminutif, d homonymes plus importants ; il a poui- é(juivalonl Nointel (Oise, Sein(;-et-(Jise'.

143. Dans un ceitain ncjmbre d autres cas 1/ de Novientum ne s'est pas eonsonnifié, de sorte que ce vocable a produit Noyant

.Vin. Allier, Indre-et-Loire, Maine-et-Loirej.

ORIGINES CELIJOUES : XOVIh.XTLM ET -fîNTOS {y.]

144. Par contre, on peut signaler des formes modernes qui ont conservé le i' de Novientum, et représentent presque intact le nom antique ; elles paraissent d'ailleurs localisées à la région du nord-est : lioviant-aux-Prés (Meurthe-et-Moselle), Novéant (Lorraine;, Noviand (Prusse rhénane, régence de Trêves) et Nepvant (Meuse;, dont le p ne se prononce pas. Ces formes ont pour variante ■Vouuinn/, qui désigna jusqu'auxvii'' siècle, trois Nouvion de l'Aisne : à la vérité, l'altération du son an en on, qu'on trouve ici est rare, tandis que le phénomène inverse est très fréquent, témoin les noms d'Argentan, de Caen et de Rouen.

145. Nogeiii entre en composition dans Nogentvilliers, formé au moyen âge par la combinaison du nom propre Nogeni avec le nom commun procédant de vil lare ou villa rium ; par l'effet d'une aphécèse qui remonte peut-être à huit siècles, Noyentuilliers est aujourd'hui JanviUiers (Marne).

146. Chose singulière : de toutes les localités qui viennent d'être énumérées, les plus méridionales appartiennent aux dépar- tements de Maine-et-Loire, d'Indre-et-Loire et de l'Ain : n'y aurait-il pas quelque indication ethnique à tirer de là?

147. Le suffixe gaulois -enlos que révèle Novientum parait se retrouver dans le nom d'Agentum, porté jadis par le village actuel d'Hains (Vienne), ainsi que par un bourg du diocè.se de Limoges l'établissement d'un monastère fît prévaloir l'appel- lation Agenti monasterium, et qui n'est autre aujourd'hui quTymoutiers (Haute- Vienne).

148. Drevant (Cher), en latin Derventuni, présente, en avant du même suffixe, le mot gaulois dervos, au sens de (( chêne » au([uel doivent leur nom le hameau de Der (Aube et la région forestière se trouve Monficr-en-Dev (Haute-Marne). Drevant serait donc l'équivalent des noms romans Chcsnuy, Chesnoy, Qaes?iay, Qiiesnoij, et doit être rapproché du nom antique Derventione. sous le([uel l'Itinéraire il'Antonin désigne une localité de la Grande-Bretagne.

XVIIl -ACTE OU -ACTA

149. Le suffixe gaulois -acte, ou mieux -acla, que d'Arbois de Jubainville pense reconnaitre dans le suffixe -ez du bas breton moderne, paraît dans deux noms de lieu mentionnés par les textes antiques.

Bibracte ou Bibracta, qui désigne, dans César, le principal oppidum des Eduens, est représenté par le mont Beuvray, dont le nom, qui s'écrivait jadis Bevrait, est très régulièrement formé, la désinence s'étant comportée tout comme le mot factum, devenu fait, et le radical même que celui de biberaticum, mot qui a donné hevrar/e, ancienne forme de breuvage. Ce radical paraît n être autre que le nom celtique du castor, apparenté au latin fiber, et qu'on retrouve dans les noms de cours d'eau bibronnum, bibronna ; Bibracte aurait donc été un lieu servant de retraite aux castors.

Le second nom, Carpentoracte, fut celui delà ville actuelle de Carpentras. D'après d'Arbois de Jubainville, il faudrait entendre par ce vocable un lieu l'on fabriquait des chars, appelés en latin carpenta, d'un mot emprunté sans doute à la langue gauloise, puisqu'on pense que le carpentum fut, dans le principe, particulier aux Gaulois; c'est à ce mot, on le sait, que se -rattache le français charpentier, qui devrait, étymologiquement, désigner le charron.

XIX -OIALOS

150. Les noms de lieu terminés par le suffixe -oialos, latinisé en -oialus ou -oialum, devaient être fort répandus en Gaule, à en juger par les nombreux vocables géographiques modernes qui présentent les terminaisons -enil ei -ue'jols, formes vulgaires les plus fréquentes de cet ancien suffixe gaulois. Cependant les textes de l'antiquité parvenus jusqu'à nous ne mentionnent qu'un seul nom de cette catégorie, reconnaissable dans les thermae Maroialieae dont parlait au iv" siècle saint Paulin de Noie, désignant les bains d'une localité, Maroialum, qui appartenait, semble-t-il, à la région du sud-ouest de la Gaule.

Les noms en -oialum apparaissent plus fréquemment dans les textes de l'époque mérovingienne, notamment dans Grégoire de Tours.

Au vu" siècle la graphie -oialum s'est altérée en -oilum, forme qui, à l'époque carolingienne, a été, par l'introduction d'une gutturale, modifiée en -ogilum ou -ogelum, qu'on a enfin remplacé par -olium.

Le nombre des noms de lieu formés à l'aide du suffixe -oialum est considérable. On n'en donnera pas ici le relevé complet, et l'on se bornera à en présenter quelques-uns parmi ceux que men- tionnent les textes latins antérieurs à l'an mil.

151. Aballoialum, déformé en Avaloialum ou Avalogi- lum, est devenu, par l'aphérèse de l'a initial, pris pour une sorte de locatif, Valeuil (Dordogne) et "Valuéjols (Cantal): on recon- naît dans le premier terme de ce vocable le nom gaulois du pommier, ce qui autorise à considérer Valeuil et Valuéjols comme des synonymes de « pommeraie ».

152. Arcoialum, en 1 1 19' Archoilus, en H42 Arcoilus, désigne Arcueil (Seine), qui doit son nom, de toute évidence, aux arcades d'un aqueduc romain dont les vestiges sont encore visibles.

153. Argentoialum, d'où Argentogeluni el Argenlo-

Les nnnis de lieu.

/

(iO LKs NOMS i3i; i.u:l"

gilum, aujourd'hui Argenteuil (Seine-el-Oise, Yonne). Ce nom, indiquant sans doute à Torig'ine un gisement d'argent, et compa- rable en ce cas au nom entièrement latin Argentaria, Largcn- tière, ne serait pas le seul nom en -oialum dont le premier terme soit à rattacher au règne minéral : Preuil Maine-et-Loire), contraction de Perçu// est appelé en 1130 Petroilum. vraisem- blablement pour Petroialum, « lieu pierreux », et il est permis de penser que Sablé (Sarthe), anciennement Sahleil, représente un primitif Sabuloialum, « sablière ».

154. Balioialum est sans doute la forme primitive d'un nom qu'on trouve écrit Baliolum à la tin du x'' siècle, et duquel dérive le nom de lieu Bailleul (Eure, Nord, Oise, Orne, Pas-de- Calais, Sarthe, Seine-Inférieure, Somme), reconnaissable, en composition, dans Bailleulmont et Bailleulval t^Pas-de-Cahiis), et qui a pour variantes BaiUeu (Oise), Baslieux (Marne), Bailleau (Eure-et-Loir) et Baillet (Seine-et-Oise), ce dernier pour Bail- leil.

155. Blanoialum, d'où Blanoilum, Bléneau (Yonne).

156. Bon oialum, devenu Bonogelum au vu® siècle et Bonogilum à 1 époque carolingienne, est l'origine des noms de Bonneuil '^Charente, Indre, Oise, Seine, Seine-et-Oise, Vienne), Bonnœil (Calvados) notation rappelant la traduction latine Bonus o eu lus adoptée par les clercs parisiens des xni'' et xiv'= siècles pour désigner le Bonneuil de Seine-et-Oise et Bonneil i^Aisne).

157. Burgoialum est, peut-on supposer, la forme correcte de Burgogalum, qui a désigné Bourgueil ^^Indie-et-Loire). 11 y a des écarts également nommés Bourgueil dans Saùne-et-Loire et dans la Vienne.

158. Buxoialum, qui, formé sur le latin buxus, serait léquivalent de Buxctum, le(|uel a donné Biicij et Bussy, est le thème étymologique des noms de Buxeuil f.Aube, Vienne) et de Bisseuil (Marne;.

159. Cantoialum u donné Chanteau Loint; ei Ghanteuges , IIaute-L<nrej. priiuiti\emeiit C/uiiUcikjcdL accentué sur '-//.

160. (^assanoial um ou Cassi noiii lum. forme [)rimiti\t.' du nom carolingien C-assinogilum, a donné Gasseneuil (Lol-et- Garonuej, Cas&euil ;Gironde) l'on constate l'clfet de la cimte (le Vu pl;icé outre deux voyelks et Chasseneuil (CJia-

OHKilNKS CKI.TIQlJliS '. -OIMJJS 67

rente, Indre, tienne) ; le premier terme de Gassanoialum est le mot antéromain cassanos, au sens de « chêne ».

161. Corboialum est l'ancienne forme hypothétique du nom de Corboilum, désignant Corbeil (Seine-et-Oise).

162. Cristoialum. d'où Créteil (Seine) et Criteuil (Cha- rente).

163. ,Ebroialuin d'où Ebrogilum, Ebreuil (^ Allier).

164. Garrig-ojalum, formé sur un des noms antéromains du chêne, est sans doute le thème étymologique du nom de Jargeau (Loiret), en latin de basse époque Jarg'og-ilum ou Jarg^olium.

165. Genistoialum, l'on reconnaît le latin ^enista, « genêt -), serait l'orig-ine de Genneteil (Maine-et-Loire).

166. Lemoialum, formé sur le g-aulois le/nos, « orme », qui subsiste dans l'irlandais leamh, a produit Limeuil (Dordogne), Limeil (Seine-et-Oise) et Limejouls (Dordogne).

167. Maroialum; ce nom est un des plus fréquents de la présente série, et cela sans doute en raison d'une circonstance topographique qui se produit souvent : on croit volontiers, en effet, que la racine de ce vocable est la même que celle, d'origine germanique, à laquelle la langue française semble devoir les noms communs << mare », désignant une masse d'eau dormante, et « marais »., ce dernier représentant un bas-latin mariscum dérivé d'un adjectif germanique en isc : Maroialum désignerait ainsi une localité voisine de marécages. De ce nom viennent ceux de Mareuil (Aisne, Charente, Cher,. Dordogne, Loir-et-Cher, Marne, Oise, Seine-et-Marne, Somme, Vendée i, Marœuil (Pas- de-Calais), Mareil (Sarthe, Seine-et-Oise), Mareau Loiret), Mareugheol (Puy-de-Dôme), Mareuge (Puy-de-Dôme , Maruéjols (Gard), Marvéjols (Lozère), Marvège (Gard). Il est à remarquer que dans les noms Mareugheol, Maruéjols et Marvéjols la der- nière syllabe est atone, et que ces noms se prononcent Mureiicjc, Mariu-rfc et Marvcr/e.

168. Najoialum, doù Nieuil (Charente, Vienne) et Nieul (Charente-Inférieure, \'endée, 1 laule-\'ienneK

169. Nantoialum, Ion reconnaît le mot gaulois /j,7///o.ç, (K'jà signalé, aurait le sens du latin val lest ris, et désignerait un lieu sis dans une vallée ; il a produit Nanteuil 'Aisne, Ardennes, Cha- rente, Dordogne, Marne, Oise, Seine-et-Marne), Nampteuil (Aisne) et, en composition Monampteuil (Aisne) : on verra des «limiiui-

68 LES NOMS DE LIEU

tifs de Nanteuil dans Nantouillet et Nanteau ,Seine-el-Marne).

170. N a voie lu m, d'où la forme basse Xavolium : Naveil (Loir-et-Cher).

171. Orgadoialum, d'où Orgedeuil (Charente).

172. Kotoialum est la forme orig-inelle des noms de Reuil (Marne, Oisei et de Rueil (Eure-et-Loir, Seine-et-Oise), et dési- gnait une villa royale que mentionne Grégoire de Tours, et dont le souvenir persiste dans l'appellation des communes de Notre- Dame-du-Vaudreuil et de Saint-Cyr-du-Vaudreuil (Eure), Vau- dreuil devant s'entendre « vau de Reuil ». Reuil (Seine-et-Marne) a une autre origine : ce nom, qui ne remonte qu'au vu*' siècle, désigna tout d'abord un monastère fondé par un frère de saint Ouen, Rado, qui de son nom, nous apprend la vie de saint Aile, abbé de Rebais, l'appela Radolium.

173. Septoialum, au ix*^ siècle Septogilum : Septeuil (Seine-et-Oise).

174. Spinoialum, d'où Spinogelum qui figure au vu'' siècle dans la chronique de Frédégaire. Ce nom, qui paraît formé sur le nom latin de l'épine, serait donc .synonyme de spinetum. Ses formes vulgaires sont Epineuil (Cher, Yonne), Epineil, adouci en Epinay. dans le nom d' Epinay-sur-Orge ; Seine-et-Oise) le Spinogilumdu Polyptique d'Irminon et d'Épinay-sur-Seine (Seine) le Spinogelum de Frédégaire enfin Epineau (Yonne).

175. Vernoialum, le nom le plus répandu du groupe avec Maroialum et Nantoialum, est formé sur le mot gaulois vernos, désignant l'aune : il a donné Verneuil (Aisne, Allier, Charente, Cher, Eure, Indre, Indre-et-Loire, Marne, Meuse, Nièvre, Oise, Seine-et-Marne, Seine-et-Oise, Haute-Vienne), Verneil 'Sarthe), et dans le Midi, oîi on en remarque bien moins de traces : "Vemeugheol ( Puy-de-Dôme I, Verneughol (Cantal), Vernuéjou (Cantal), Verneuge Haute-Loire, Puy-de- Dômei. Vernouillet Eure-et-Loir, Seine-et-Oise) est un diminu- tif de \ erncuil, commi; Xanlouillet de Nanteuil.

176. On fera observer en passant que le mot vernos, employé seul et latinisé en ver nu s ou vernum, est l'origine de plusieurs noms de lieu : Vern (Ille-el-Villaine, Maine-el-Loire) ; "Ver

(Calv.'idos, Manche, ()ise/, (lii l'rdi oj)soi\t' le niénie assourdisse-

OKKIINKS (^KI.riOUKS : -OIALOS 69

ment de Vn que dans four, hiver, Jour, Nevers, Anvers, dérivés de furnuni, hibernuni, diurnum, Nivernis, Alvernis ; et, par l'elFet dune notation vicieuse, Vert (Landes. Marne, Seine- et-Oise).

m. Vindoialum est la forme primitive du carolingien Vin- doilum, d'où Vendeuil (Aisne, Marne, Oise).

178. Vinoialum, forme primitive du caroling-ien Vinogilum, a donné Vineuil (Indre, Loir-et-Cher), et Vignols (Gorrèze).

179. Zezinoialum, dans la vie de saint Léger, écrite au vil'" siècle, désigne Jazeneuil (Vienne).

180. De ce que le plus grand nombre des vocables modernes qu'on vient de passer en revue sont terminés en -eull, on aurait tort d'induire que tout nom de lieu présentant cette désinence, représente nécessairement un primitif en -oialum. Ainsi le nom de Montreuil, porté par une trentaine de communes de France, provient du bas latin Monasteriolum, diminutif du nom com- mun monasterium, qui a donné le vieux mot français tnoutier ; et Marchespuil (Côte-d'Or, Saône-et-Loire) représente une forme diminutive du vieux mot marchais, représentant en bas latin mercasium, et désignant un lieu humide et marécageux.

181. Il convient d'examiner maintenant les diverses altérations de la finale gauloise oialum, accentuée sur la diphtongue oi. Dans la partie septentrionale de la France, ainsi que dans le Poitou, le Berry, le Bourbonnais, rAngoumois, la Saintonge, le Périgord et la Guyenne, cette finale est devenue -euil ou -eul : Valeuil, Arcjenteuil, Bailleul, Bonneuii, Bourg ueil, Buxeuil, Bisseuil, Casseneuil, Casseuil, Chasseneuil, Criteuil, Ehreuil. Liinenil, Nieuil, Nieul, Nanteuil, Orf/cdeuil, Beuil. Sep/cuiL EpincaiL Verneuil, Vendeuil et Vineuil. Au lieu de -euil on rencontre -eau dans le sud-ouest du département de Seine-et-Marne, dans une partie de celui de FYonne, dans le Loiret et dans Eure-et- Loir : Bailleau, Bléneau, Chanle^u, Jan/eau, Mareau, Manteau, Epineau : c'est dans la même région que Montreuil et Bagncux ce dernier dérivé du bas latin Balneolum réd'uit à Banio- lum ont pour équivalents Montereau et Hagneaux ou Bai- gneaux. La désinence -euil devient -cil aux environs de Paris, dans une partie im|)ortante du Maine et dans le Ven(b')mois, témoins les noms île linnncil, Cnrhcil, (Irctcil . (ic/iiic/cil. Lundi,

70 I>I-:S NOMS Di: LIEU

Mareil, Naveil, liueil et Verneil\ le son mouillé qui termine cette finale s'est éteint parfois : Baillel, Épinay, Sablé. Enfin dans l'Auvergne et les pays a voisinant s : Gévaudan, Velay et partie du

Languedoc départements du Gard et de l'Hérault oialum

est représenté par -iiéjols, -eugheol, -eiighol, -uéjou et même -ojouh, comme dans Caussiniojouls (Hérault) finales dans les- quelles le groupe ol ou oui est atone, et qui, dans le langage traditionnel du pays, se prononcent ueje et enge ; il en est ainsi des noms Valuéjols, Limejouls, Maleugheol, Marvpjols. Ver- neiigheol, et c'est de cette prononciation que dérivent les formes graphiques CJianteuges, Mareiige et Verneuge.

Dans un certain nombre des vocables qui viennent d'être pas- sés en revue, on peut déterminer la valeur du premier terme.

182. Celui-ci est assez souvent emprunté au règne végétal, on l'a vu par l'exemple d'Aballoialum, de Cassanoialum, de Garrigoialum, de Lemoialum et de 'N'ernoialum. ainsi que par celui de B u x o i a 1 u m , de G i n e s t o i a 1 u m et de S p i n o i a 1 u m . Dans ces derniers noms, le premier terme appartient à la langue latine, d'où 1 on est amené à conclure que l'usage du suffixe -oia- lum persista en Gaule postérieurement à la conquête romaine : iK^inr, on ne l'a pas oublié, que le suffixe ligure -asca s'est maintenu dans l'Italie septentrionale. Gonséquemment on peut supposer la formation de noms en -oialum sur d'autres mots latins désignant des arbres. Cerasoialum, formé sur le nom du ceinsier, serait le thème étymologique de Cerseuil (Aisne, Marne). Corn oialum, formé sur le nom du cornouiller, aurait donné Corneuil (Eure) et Cornuéjouls (Aveyron). A l*inoialum, formé sur le nom du pin, on devrait Pineuilh (Gironde. Et Péreuil (Charente), Pereuilh (Hautes-Pyrénées), Perruel (Eure), Perruéjoul (Cantal) se réclameraient de Piroiahim, formé sur le nom du poiiier.

183. Le ra|)[)rociiement, fait plus haut, dos noms d'Argcnlenil, de PrciiH et de Suhlé donnerait lieu dadmt'ttre que le suffixe -oialum s'est combiné avec des mots empruntés à la nomenclature (\n règne minéral.

184. Il est fort probable aussi ({u'il ait été combiné avec des noms d'animaux, témoin le nom Cabrogilum ([ui, dans un textcî du x*" siècle, conservé par le cartulaire de lirioude, désigne une localité d'Auvergne qu'on n'a pas identifiée ,

oMKii.Mvs (;i:L.iign;s : -oialos 71

185. Dans Maroialum, Nantoialum, et dans Arcoialum le premier terme évoque mie particularité d'ordre topographique.

186. Enfin le nom de Reuil (Seine-el-Marne) nous a montré le suffixe en question combiné, à une époque d'ailleurs tardive, avec un nom d'homme.

187. On a pu voir que les noms de lieu en -oialum se retrouvent du nord au midi de la France, du département du Pas-de-Calais à celui de l'Hérault. Ils ne semblent pas exister, ou du moins ne sont jçuère apparents, dans la Gascogne qui d'ailleurs représente l'Aquitaine de César, l'élément g-aulois devait être presque nul ni dans le Toulousain. On ne les trouve pas davantag'e semble-t-il, dans les provinces les plus orientales : Lorraine, Bourgogne, Franche-Comté, Dauphiné, Provence. Peut-être un jour l'ethnographie pourra-t-elle tirer parti de ces indications qui, fort sommaires du reste, auraient besoin d'être complétées.

XX

ORIGINES ANTÈROU AINES : IV URAIVD A OU IGORANDA^

188. On étudiera plus loin, parmi les noms de lieu d'origine romaine, ceux qui expriment une situation voisine des confins de deux cités. Tel parait avoir été le rôle du mot antéromain on nose dire g-aulois ivuranda ou igoranda.

Les formes vulgaires de ce mot sont au nombre d'au moins neuf'.

1. Nous reproduisons ici, en la condensant légèrement, une partie de la leçon, faite ie 13 mars 1890 au Collège de France, dans laquelle Auguste Longnon, après avoir étudié les vocables issus des mots latins fines et limi- tes, en rapprocha ceux de même signification, qui représentent le mol, sinon gaulois, à coup sûr antéromain, ivuranda ou igoranda. Depuis lors en 1802 on a vu paraître dans la Revue archéulor/ique [3'' série, t. XX) deux mémoires sur la matière: lun (p. 17U-175) de Julien Havet, sous le titre : "Igoranda ou * icoranda, frontière, note de toponymie gauloise ; l'autre (p. 281-287) d'Auguste Longnon lui-même, intitulé : Le nom de lieu gaulois ewiranda.

2. Il convient d'y ajouter les formes Âiguerande et Egarande, mention- nées par Julien llavet (p. 173), et qui désignent, la première un écart de Helleville-sur-Saone (Rhône), situé « àquehjues kilomètres de la limite sépa- vative des anciens diocèses de Lyon et de Màcon », la seconde un écart d'Eslivareilles (Loire) « dans Tancicn diocèse du Puy-en-Velay, à la limite de ceux de Lyon et de Clermont ». U'aulre jjarl le mémoire d'Auguste Longnon indiiim'' dans la note précédente signale (p. 284 et 285) la forme aphérésée Guirande, nom : d'un hameau de Lagorce (Gironde), qui appar- tenait à l'ancien diocèse de Hordeaux, el confinait à celui de Saintes; d'un hameau du dépariemenl de la Loire aciuellemont rattaché à Noirétable (ancien diocèse de ClermonI i, mais <[ui ()arai( avoir dépen<lu auparavant des Salles (ancien diocèse de Lyon) ; d'un hameau de Felzins (Lot), qui appartenait au diocèse de Cahors, et n'était séparé de celui de Rpdez que par une dislance de 1.(300 mètres : localité (|ui ne parait pas « dillériMite (\ii ci'Wv i\\n' \l' Dirtionnnirr des Postes [i'dW.. de 1876) mentionne sous le nom Enguirande, comme un écarl de Saint-Kélix », canton de Velzins ; d un aflluenl de la Sèvre Niortaise traversé •■ vers le milieu de son cours par la limite séparant avaiil 1317 h' iliocèse (h- Poitier-s... de celui de Saillies -•. l£n outre « les Guirandes, pi'lil li.iiricau de la couiniune <h' Monlignac-le-( lo(| ((^iiarenU-;, clail siluc dans l'anciru diocèM' (h' l'eri- gueux, «le S.iiiilcs cl d'AiigoMlêmc ■.

OHIOrNES ANTÉROMAINES '. IVl'BAXDA OU IGOHAXDA 7H

189. Aigurande (Indre) est une paroisse de l'ancien diocèse de Bourges (civitas Bilurl(jum) située près de celui de Limoges {civitas Lemovicuni).

190. Eygurande (Gorrèze, Dordogne) : lune des communes ainsi nommées se trouve Wr le territoire de l'ancien diocèse de Clermont ; l'autre, du diocèse de Périgueux, était voisine de celui de Bordeaux.

191. Iguerande (Saône-et-Loire), Ivuranda à l'époque caro- lingienne, appartenait au diocèse de Lyon, confinant à celui de Mâcon, qui fut formé d'un démembrement de la civitas Aediiorum.

192. Ingrande (Afaine-et-Loire, Mayenne, Vienne) est le nom de trois paroisses qui appartenaient respectivement aux diocèses d'Angers, du Mans et de Poitiers, dans les régions ils confi- naient, le premier à ceux de Nantes et de Poitiers, le second à celui d'Angers, le troisième à celui de Tours. D'ailleurs l'empla- cement d'Ingrande (Vienne) répond à celui de la station Fines de la voie romaine de Tours à Poitiers.

193. Dans l'ancien diocèse de Poitiers, vers celui de Bourges ; dans l'ancien diocèse de Tours, vers ceux d'Angers, d'une part, et de Poitiers, d'autre part ; et dans l'ancien diocèse d'Angers, vers celui de Nantes, on remarque quatre localités dont le nom s'écrit Ingrandes (Indre, Indre-et-Loire, Maine-et-Loire), et dont l'une correspond à la station Fines de la voie romaine de Bourges à Poitiers.

194. Ingrannes (Loiret), de l'ancien diocèse d'Orléans, confinait à celui de Sens.

195. Ygrande (Allier) était une paroisse du diocèse de Bourges à vingt-trois kilomètres de l'ancienne limite de celui d'Autun.

196. Yvrandes (Orne) est aux confins des anciens diocèses de Baveux et d'Avranches; il appartenait au premier.

197. Enfin la Délivrande, à Douvres (Calvados), dont le véri- table nom est Yvrande, encore employé au xiv'" siècle, se trouvait dans le diocèse de Baveux, à une vingtaine tle kilomètres do la limite occidentale de celui de Lisieux.

198. L'identité du nom Ingrande avec les noms Ai;/uran<lf et Igrande est nettement attestée par les formes anciennes du nom d'Ingrande (Vienne) : Evranda, Igoranda et Igranda. C)n voit par le peu de cas (ju'il faut faire de l'opinion (|ui, fondée sur ce

7i LRS NOMS l)K Lii;u

qu'il y a deux ou trois Ingrande k rextrémité du territoire angevin, tirait ce vocable de ingressus Andium, Andes étant le nom sous lequel César désigne les habitants de notre Anjou.

199. On voit que. sauf deux exceptions', toutes les localités énumérées plus haut étaient situées près des limites des diocèses auxquels elles appartenaient ; et l'on sait ({ue la circonscription des diocèses français, telle qu'elle se présentait encore au xviii® siècle, correspondait, dans son ensemble^ k celle des cités de 1 époque romaine. Or, il n'est pas interdit d'expliquer les deux exceptions que constituent Ygrande et la Délivrande par des modifications que la limite des Aedui et celle des Lexovii auraient subies, soit aux premiers siècles du moyen âge, soit même anté- rieurement à la conquête romaine, puisque le mot ivuranda ou igoranda est antéromain.

200. Il n'est pas sans intérêt de rapprocher de la désinence de ce mot les expressions rand et randon, qui, dans la partie méri- dionale du département de l'Aube, désignent certains tertres servant de limites aux territoires des communes, et qu'aux envi- rons de Troyes, on appelle pns.

l. Plus celle (jiie constitue Iiigrando, rcart de l,\ Rôoi'llio Veuflée'l situé « 011 plein Poitou >> (J. Havet, loc.cil., p. 171 j.

XXI

ORIGINES GALLO-ROMAINES : -ACOS

201. Le suffixe -acos, latinisé -acus. tient dans l'onomastique gauloise une place considérable, et a contribué à former un nombre immense de noms de lieu gallo-romains encore subsis- tants aujourd'hui.

La valeur de ce suffixe est un peu vag'ue, et comparable à cet ég^ard à celle du suffixe français -ier, -ière, dérivé du latin -arius, -aria, qui sert à former : des adjectifs dérivés dadjec- tifs, comme premier et sinf/ulier; des adjectifs dérivés de substantifs, comme régulier et séculier ; des noms d'ai^ents ou de professionnels, comme chevalier, potier, tuilier ; des noms locaux communs dérivés de noms communs, comme foyer, '/re- nier, ririère, sablière ; des noms de lieu dérivés de noms propres dhommes, comme Bernard ière, Blanchardière, Girardière.

202. Le suffixe -acos a subsisté dans les lang-ues néo-celtiques : dans les dialectes g-aéliques sous la forme -ach ; en gallois sous la forme aivc, souvent réduite aujourd'hui à og, et en breton armoricain sous la forme -ec qui. au xiri'' siècle, a remplacé le moyen-breton oc.

203. En breton, le suflixe -ec termine un grand nombre d ad- jectifs : harrec, « brancher », de barr, « branche » ; dourec, <( aqueux »>. de dour, « eau » \poullec, <( marécageux », de jtoul, « marécage ». Il sert aussi à donner aux substantifs une idée de collectivité : faoec, de fao, « hêtre », désigne une hêtraie ; spernec, de spern, « épine », un buisson d'épines. Cette dernière circonstance explique pourquoi les érudits qui les premiers ont consacré leurs loisirs à l'étude des anciens noms do lieu, onl pensé que le nom d'Épernay. en httin Sparnacus ou Sparna- cum, pouvait ollVïr le même sens que le breton spernec. et cons- tituer un synonyme des noms romans h'pinoi/. Jipinai/. (|iu représentent le latin spinetum. On ne saurait condamner abso- lument cette opinion formulée en 186 i par Mou/é. Mais il rt'sidle des études auxquelles d'autres savants se sont livrés, (pi en très

76

LFS Xt.AIS DE LIEU

grande majorité les noms de lieu terminés par le suffixe gaulois -acos. latinisé -acus, dérivent de noms d'hommes, et surtout de noms d'hommes latins : la très grande majorité, et non, comme le prétendait Henri d'Arbois de Jubainville, la totalité, car le nom de Mouzay (Meuse), en latin Mosacum, est visiblement formé sur celui de la Meuse, comme en Belgique les noms de Tilly (Brabanti, de Ligny (province de Namun. de Silly (Hai- naut) sur les noms des cours d'eau la Tille, la Lisrne et la Sille dont elles sont riveraines; à ces exemples on peut ajou- ter celui de Blézy i Haute-Marne) sur la Biaise.

204. Au sujet des noms de lieu en -acus de la Gaule, H. d'Arbois de Jubainville s'est livré à une statistique assez in- téressante. Il a constaté que sur quarante-cinq de ces noms dont l'existence est attestée à l'époque romaine, trente-six, soit les quatre cinquièmes, présentent un / avant le suffixe, en d'autres termes se terminent en - iacus : Blar-iacus, Catus-iacus, Cor- tor-iacus, Germin-iacus, etc. ; il a observé la même particula- rité dans quarante-cinq des cinquante-trois noms en -acus qui figurent dans les écrits de Grégoire de Tours ; et la proportion des noms en -iacus est bien plus forte encore parmi les noms de lieu que mentionnent les documents des siècles suivants.

205. En étudiant de plus pi'ès tous ces noms de lieu, cet éru- dit a constaté que la plupart du temps ils ont pour radical un nom d liomnie d'origine l'omaine, d'ordinaire un gentilice, c'est-à- dire un nom de famille, et il a observé avec beaucoup de justesse que c'est à cette dernière circonstance qu'est due la fréquence de Yi précédant le .suffixe -acus, la très grande majorité des genti- lices romains étant terminés en -ius. C'est alors qu'il a cru pou- voir présenter sa fliéorie, bien connue aujourd'hui, et à laquelle il a i(''ussi a donner une grande vraisemblance, qu'aux temj)s de 1 ind('[)endance gauloise, la propriété rurale était encore indivise dans chaque cité, et que ce fut le développement tle la culture des céréales, après la coïKjuête rinnainc, (jui anu^na le partage de cette propriété collective, c'est-à-dire la constitution de la pro- [)riél<'' individuelle dans notre pays.

La meilleure preuve de l'origine romaine di- la pi'oj)riété indi- viduelle en Gaule ri-sultc, à ses yeux, des non)s pro})res en -iacus <|ui. pour le plus grand nombre, dérivent de non)s de gentilices romains, et durent être, à l'origine, des noms de

ORIGINES GALLO-ROMAINES : -ACOS 77

fundi ou de propriétés immobilières : les noms de lieu gaulois, ou plutôt gallo-romains, en -iacus seraient donc analogues, comme formation, aux noms de lieu latins en -ianus, si nombreux en Italie et dans la Gaule méridionale, et qui seront ultérieurement étudiés.

206. Les noms de lieu dont la forme primitive était terminée en latin par le suffixe -a eus appartiennent à toutes les régions de la France actuelle, et cela prouverait, s'il était nécessaire, que les Celtes ou Gaulois ont occupé toutes les parties de notre pavs. Tous nos départements, à lexception des Alpes-Maritimes et du Var, possèdent des communes dont les noms appartiennent k cette catégorie ; encore cette exception prouverait-elle seulement que la population celtique était peu répandue dans la région cor- respondante, car le nom, qu'on a eu occasion de rencontrer, de Bezaudun (Var) est une preuve non équivoque de l'occupation de cette partie de la Provence par les Gaulois.

207. D'ailleurs, à en juger par la nomenclature communale moderne, les noms en -acus sont en général beaucoup moins nombreux dans l'ancienne province romaine et dans la Novem- populanie : la chose s'explique, en ce qui touche la première de ces régions, par ce fait que les noms de fundi y étaient, à la manière romaine, terminés le plus souvent en -anus, ce qui est un des indices nombreux et variés du haut degré de romanisa- tion de cette partie de la Gaule. Pour la Novempopulanie, l'explication est autre, car cette province, comprenant d'une façon à peu près complète le pays entre Garonne et Pyré- nées, représente l'Aquitaine de César, dont la population était de même race que les Ibères ; les noms en -ar, et ceux, signalés déjà, de Monlezun et de Tourdun (Gers) y attestent indéniablement une infdtration celtique dont les écrits de l'anti- quité parvenus jusqu'à nous ne font aucune mention.

Si nombreux sont les noms correspondant à des primitifs en -acus, qu'il n'en sera donné ici qu'un choix d exemples énumérés selon l'ordre alphabétique de ces primitifs.

208. Albiacus, formé sur le gentilice Albius, qui lui-même dérive du cofjnomen Albus : Alblac (Haulc-Garonno, Lot), Albieux (^Loire),Aubiac (Gironde, Lot-et-Garonne , Aubiat (Puy- de-Dôme), Auby (Nord), Augea (Jura), Augy (Aisne, Cher, Yonne), Aujac fCharente-Inférieure, Gard).

78 LES NOMS DE LIEL'

209. Albiniacus, du gentilice Albinius. formé lui-même sur le coijnomen Albinus : Albignac iCorrèzei, Albigneux (Loire), Albigny (Loire, Rhône, Savoie. Haute-Savoie), Aubignac (Aveyron. Gorrèze. Haute-Loiret, Aubignat Puy-de-Dome', Aubigné Ille-et-Vilaine. Maine-et-Loire, Sarthe, Deux-Sèvres), Aubigney Haute-Saône . Aubigny (Aisne. Allier, Ardennes, Aube, Calvados, Cher, Côte-d Or, Haute-Marne, Nord, Pas-de- Calais, Deux-Sèvres, Somme. Vendée). Arbigny (Ain, Haute- Marnei. Herbigny (Ardennesi, appelé Albiniacus vers 860, Herbignac ; Loire-Inférieure i, Arbignieu (Am).

210. Alciacus : Aussac (^Charente, Tarn,. Aucey (Manche), Aussy (Seine-et-Marne), Auchy (Nord. Oise. Pas-de-Calais"), 'Ausqiics, f[ui ligure en composition dans Nordausques et Zudausques ; Pas-de-Calais;.

211. Antoniacus: Antony (Seine). Antogny i Indre-et- Loire). Antoigni lOrnei, Antoigné (Maine-et-Loire i. Antonniat (Dordoj,!,ne,i.

212. Aureliacus : Aureillac (Lot-et-Garonne . Aurillac (Cantal), Orlac (Charente-Inférieure), Orliac (Corrèze, Dor- dognei, d'où le diminutif Orliaguet Dordog-ne), Orléat (Puy-de-Dôme), Orly (Seine).

213. Avitiacus : Avessac Loire-Inférieure i, Avezac (Hautes- Pyrénées , Avezé I Sarthe .

214. Blandiacus : Blanzac (Charente, Charente-Inférieure Haule-Loire, Haute-Vienne), d'où le diminutif Blanzaguet (Charente). Blanzat i Puy-ile-Dôme). Blanzay Charente-In- férieurei. Blanzée (Meuse), Blanzy (Aisne. Ardennes. Saône-et- Loire),Blandy (Seine-et-Marne, Seine-et-Oise). Blandecques ( Pas- de-Calaisj, Blangey iCôte-dOr . Blangy (Calvados, Pas-de-Ca- lais, Seine-Inférieure, Somme).

215. (^al via eus : Calviac ^Lot), Calviat Dordog-ne), Cauviac (Gard). Chaugey (Côte-dOr).

216. Calviniacus : Calvignac Loi). Chalvignac iCantali, Cauvignac Tiironde , Gauvigny (Oise), Ghauvigné (Ille-et- Vil- laine i, Ghauvigny (Loir-et-(]her, Vienne).

217. Campaniacus : Gampagnac (Dordogne, Tai-n), Gham- pagnac (Cantal, Charente-Inférieure, Corrèze, Creuse, Dordogne, HauU -Loire, Haute- Vienne; , Ghanipagnat (Puy-de-Dôme, S;iône-et-Loire . Ghampagné Sarlhe, Vendée, Vienne , Gham-

OKIGliNKS (;ALL0-KOMAIi\ES : -ACOS 71)

pagney Douhs, Jura, Haute-Saône), Ghampagny (Gôte-d'Oi-, Jura, Savoie), Champigné (Maine-et-Loire), Champigny (Aube, Eure, Indre-et-Loire. Loir-et-Cher, Marne, Haute-Marne, Seine. Vienne, Yonne).

218. (]assiacus : Chassac (Gorrèze, Gard), Chassé (Sarthe), Chassey (Gôte-d'Or. Meuse, Haute-Saône, Saône-et-Loire), Ghassiecq (Gharente), Chassieu (Isère), Ghassy (Gher, Saône-et- Loire, Yonne , Chessy (Aube, Rhône, Seine-et-Marne).

219. Domitiacus : Domezac (Gharente), Domecy (Yonne), Donzy (Nièvre), et sans doute aussi Donzac (Gironde, Tarn-et- Garonne), Donzacq (Landes).

220. Eburiacus, dérivé par l'intermédiaire d'un o-entilice Eburius du nom gaulois Eburos déjà rencontré dans Eburo- dunum, Eburobriga, Eburomagus : Evry (Seine-et-Marne. Seine-et-Oise, Yonne), Yvrac (Gharente, Gironde), Ivrey (Jura), Yvré (Sarthe), Ivry (Gôte-d'Or, Eure, Oise, Seine).

221. Flaviacus : Flaviac (Ardèche), Flavy (Aisne, Oise), Flayat (Greuse), Fléac (Gharente, Gharente-Inférieure), Fleix (Vienne), Fiée (Sarthe j et Saini-S;uireur-de-F\ée (Maine-et- Loire), Saint-Gernier-de-Y\y (Oise), Flaugeac (Dordognei, Flau- jac (Lot), Flageac (Dordogne, Haute-Loire), Flagey (Gôte-d'Or, Doubs, Haute-Marne), Flagy (Haute-Saôiie, Saône-et-Loire, Seine-et-Marne), Fyé (Sarthe). Fiée (Gôte-d'Or), a une autre origine, cette localité étant, aux viii*^ et ix'' siècles, conslamnient nommée F'iexus.

222. Flaviniacus : Flavignac (Haule-Vienne), Flavigny (Aisne, Gher, Gôte-d'Or, Marne, Meurlhe-et-Mosellc), Flaugnac (Lot), Flagnac (Aveyron), Flagnat (Gharente), Flagny (Nord, Seine-et-Marne).

223. Floriacus : Florac (Lozère), Florat i Haute-Loire), Floirac (Gharente-Inférieure, Gironde, Lot), Fleurac (Gharente, Dordogne), Fleurât (Greuse), Fleuré (Orne, Vienne), Fleurey (Gôle-d'Or, Doubs, Haute-Saône), Fleuriel (Allier), ancienne- ment Fleurie, Fleurieu (Rhône), Fleurieux (Rhône), Fleury (Aisne, Eure, Loiret, Manche, Marne, Meuse, Nièvre, Oise. Ras-de-Galais, Saône-et-Loire, Seine-et-Marne, Seine-el-Oise. Somme, Yonne) '.

I. Si le iiKiii ilr l'Ieuiv fi-inc dniis I:i Ticirtn-nclnhiro rommiinnlc du (h'pnr-

80 LES NOMS DE LIEU

224. Juliacus. du gentilice Jiilius. très répandu en Gaule, beaucoup de nobles Gaulois, qui devaient le droit de cité à Jules César, ayant pris son nom : Juillac ' Cbarente, Corrèze. Gers, Gironde). d'où le diminutif Juillaguet (Charente), JuiUé (Charente, Sarthe, Deux-Sèvres), JuUié (Rhône), Saint-Pierre- Je-Juillers i Charente-Inférieure), Juilley Manche). JuiUy (Côte- d'Or. Seine-et-Marne), Jully (Aube. Saône-et-Loire. Yonne), Juliers. en allemand Jiilich (Prusse rhénane, régence d'Aix-la- Chapelle).

225. Justiacus : Jussac \ Cantal). Jussas Charente-Infé- rieurei. Jussey (Haute-Saône), Jussy (Aisne, Cher. Yonne).

226. La tin ia eus : Ladignac l'Corrèze, Haute -'Vienne), Ladinhac (Cantal i. Ladignat Haute-Loire). Lagnat (Ain;, Lagney t Meurthe-et-Moselle . Lagnieu (Ain I. Lagny (Oise. Seine- et-Marne), Laigné (Mayenne, Sarthe), Laigny (Aisne).

227. Liciniacus : Lésignac Haute-Vienne). Léslgnat Cha- rente), Lésigné (Maine-et-Loire), Lésigny Seine-et-Marne, Vienne), Lusignac (Dordog-nei, Lusignat Ain. Creuse), Lusigny (Allier, Aube, Côte-d'Or . Lusignan (Vienne) est de même ori- gine ; la nasalisation de la dernière syllabe ne date que du temps de Philippe le Bel.

228. Marcelliacus : Marcillac (Aveyron, Charente, Corrèze, Dordogiie. Gironde, Lot . Marcillat l'AUier. Puy-de-Dôme). Marcillé ( lUe-el-Vilaine, Mayenne). MarciUieu (Loire), Marcilly (Aisne, .Vube, Cher, Côte-d'Or, Eure, Indre-et-Luire. Loir-et- Cher, Loire, Loiret. Manche, Marne. Haute-Marne, Hhône, Saône-et-Loire, Seine-et-Marne i. Marsilly Charente-Inférieure).

229. Ma.ximiacus: Meximieux (Ain., Messimy (Ain, Rhône), Massingy (Côte-d'Or, Haute-Savoie), Marsangis (Marne, Yonne), et peut-être aussi Marchangy fLoirej.

230. .Monta niacus : Montagnac (Basses-Alpes, Dordogne, Hérault, Lot-el-(iaronne), Montagna .Iuim . Montagnat (Ain), Montagney ' Doubs, Haute-Saône;, Montagnieu (.Vin, Isère), Montagny (Côte-d'Or, Loire, Oise, Rhône, Saôno-et-Loire,

IciiH'iil lit' l'AïKlf, ou il |)in;iit insf)lil»', c'csl en r.iisoii d iiiio circdii- slance spéciiile : réioclion, en mars ITiUj, do la leiic do l'éiif,Mian vu duché- pairie sous le nom de Fleury, en faveur de .lean-IIercule de Hossel do rienrv.

ORIGINES GALLO-ROMAINES I ACOS 81

Savoie, Haute-Savoie), Montignac (Charente, Dordogne, Gironde, Lot-et-Garonne, Hautes-Pyrénées), Montigné (Charente, Maine- et-Loire, Mayenne, Deux-Sèvres), Montigny, nom porté par une cinquantaine de communes, et par nombre d'écarts, dans la par- tie septentrionale de la France.

231. Pauliacus : Pauilhac (Gers), Pauillac (Gironde), Paulhac (Cantal, Haute-Garonne, Haute-Loire, Loire), d'où le diminutif Paulhaguet (Haute-Loire), Paulhiac (Lot-et-Ga- ronne), Pauliac (Ariège, Corrèze, etc.), Pauliat (Allier, Creuse), la plupart des Poilly, Pouillé, Pouilley, Pouilly de la moitié sep- tentrionale de la France, Peillac (Morbihan), et peut-être Paillé (Charente-Inférieure) et Pailly (Yonne).

232. Postumiacus : Pouthumé (Vienne), Potangey (Côte- d'Or), Potangis (Marne).

233. Quintiacus : Quinsac (Dordogne, Gironde), Quinssat (Puy-de-Dôme), Quinçay (Vienne), Quincé (Maine-et-Loire), Quincey (Aube, Côte-d'Or, Haute-Saône), Quincié (Rhône), Quincieu (Isère), Quincieux (Rhône), Quincy (Aisne, Cher, Côte- d'Or, Meuse, Seine-et-Marne, Seine-et-Oise), Guinchy (Pas-de- Calais), Cuincy (Nord). Quincy a pour diminutif Quincerot (Côte- d'Or, Yonne), qui est à rapprocher de Flavignerot et de Qiiéti- gnerot (Côte-d'Or), diminutifs de Flavignif et de Quétigny.

234. Romaniacus : Romagnac (Cantal), Romagnat (Puy-de- Dôme), Romagné (lUe-et- Vilaine), Romagnieu (Isère), Romagny (Manche, ancien Haut-Rhin), Romenay (Saône-et-Loire), Rome- ny (Aisne). ,

235. Sabiniacus : Savignac (Arièg-e, Aveyron, Dordogne, Gers, Gironde, Lot-et-Garonne), Savignat (Creuse), Savigpa (Jura), Savigné (Indre-et-Loire, Sarthe, Vienne), Savigneux (Ain), Savignies (Oise), Savigny, nom porté par plus de vingt communes de la France septentrionale.

236. S.everiacus : Séverac (Aveyron), Sévérac (Loire-Infé- rieure), Sevrai (Orne), Sevrey (Saône-et-Loire), Sivrey (Aube), Sivry (Ardennes, Marne, Meurthe-et-Moselle, Meuse, Seine-et- Marne), Cieurac (Lot), Civrac (Gironde), Civray (Cher, Indro- et-Loire, Vienne), Civrieux (Ain, Rhône), Givry (Côte-d'Or), Eure-et-Loire, Seine-et-Oise, Yonne), Xivray (Meuse), Xivry (Meurthe-et-Moselle).

237. Tilliacus! Tillac fGers), Tilly (Calvados, Eure. Indre, Les noms de lieu. "

82 LES NOMS LIE LIEU

Meuse, Pas-de-Calais, Seine-et-Oise), Teille (Loire-Inférieure), Tilques (Pas-de-Calais).

238. Valeriacus : Vallery (Haute-Savoie, Yonne), Vaudrey (Jura), Vaudry (Calvados).

239. Mais les noms de lieu g-allo-romains en -acus ne sont pas tous formés sur des j^^entilices en -ius, car si la plupart des g-entilices présentaient cette désinence, quel([ues autres étaient terminés différemment, par exemple en -enus : Antius, Avius, Lucius et Marcius ont pour doublets Antenus, Avenus, Lucenuset Marcenus, qui, combinés avec le suffixe -acus, ont formé des noms de lieu gallo-romains :

240. Antenacus : Anthenay (Marne).

241. Aven acus : Avenay (Marne).

242. Lucenacus : Lucenat (Allier), Lucenay (Côte-dOr, Nièvre, Saône-et- Loire), Luzenac (Ariège), Luzinay (Isère).

243. Marcenacus : Marcenat (Allier), Marcenay, Marsannay (Côte-d'Or).

On trouve aussi -acus combiné avec un cognomen latin ou un nom d'homme gaulois.

244. A vit a eu s est le nom sous lequel Sidoine Apollinaire désigne la villa qu'il possédait en Auvergne du chef de sa femme, fille de l'empereur Avitus ; l'emplacement en est aujour- d'hui marqué par Aydat (Puv-de-Dôme).

245. Brennacus, nom d'une ville royale du Soissonnais au vi*^ siècle, est formé sur le nom gaulois Brennos. Brennacus doit être identifié, non pas cpmme on a voulu le faire, avec Braisne (Xisne), mais avec Berny (Aisne), anciennement Breny.

246. Tu ma eus, formé sur le nom d'homme gaulois latinisé Turnus est l'origine des noms de Tournai (Belgique), de Tour- nay (Calvados, Marne), de Temay (Loir-et-C^her).

24T. L'usage de former des noms de lieu en -acus ne fut pas brusquement abandonné : il persista en Gaule pendant la période franque, comme d ailleurs en Gaule cisalpine, c"est-à-diro dans la Haute-Italie, pendant la période lombarde.

248. (juand les Francs s'établirent dans la Gaule du Nord, la très grande majorité des noms de lieu de notre pays, dérivés de "•enlilices romains en -ius, se terminaient en -iacus; mais à

D

cette époque, les gentiliccs n'existant plus, on ne comprenait

ORIGINES (lALLO-KO.MAlNES : -ACOS 83

plus bien le mode de formation usité dans les premiers siècles de notre ère, et les Francs, lorsqu'ils voulurent donner leurs noms aux propriétés qu'ils possédaient, combinèrent ces noms avec le groupe -iacus, au lieu de suivre les exemples que pou- vaient leur fournir Avit-acus, Brenn-acus et Turn-acus.

Les noms de lieu en -iacus formés sur des noms d'homme d'origine germanique, sont en nombre moins considérable que les vocables gallo-romains terminés de même ; ils paraissent sur- tout dans les pays colonisés par les Francs, soit en Belgique et dans la France du nord-est. On citera ici, à titre d'exemples, les noms suivants :

249. Achariacus, de x\charius : Achery (Aisne).

250. Alamundiacus. de Alamundus, devenu par aphé- rèse Lamontzée (Belgique, prov. de Liège).

251. Albericiacus, de Albericus : Obrechies (Nord) ; cf. Auberchicourt (Nord), représentant Albericiaca curtis.

252. Bertmariacus, de Bertmarus : Bermeries (Nordj ; cf. Berméricourt ( Marne ) .

253. Bettiniacus, de Betto, -onis : Bétheny (Marne); cf. Bétheniville (Marne).

254. Blitmariacus, de Blitmarus : Bluiîierey (Haute- Marne), Blémerey (Meurthe-et-Moselle, Vosges).

255. Carliacus, formé sur un radical Karl : Charly (Aisne).

256. Fulcoldiacus. de Fulcoaldus : Faucouzy 'Aisne).

257. Gerbertiacus, de Gairebertus : Gerbehaye (Belgique, prov. de Liège), au xiii*^ siècle Gerhercheis.

258. Gerhildiacus, du nom de femme Gairehildis : Grugis (Aisne).

259. Geroldiacus, de Gairoaldus : Grougis (Aisne).

260. Gislebertiacus, de Gislebertus : Gelbressée (^iici- gique, prov. de Namur).

261. Hildericiacus, de Childericus : Haudrecy (Ardennes).

262. Landericiacus, de Landericus : Landrecies (Nord).

263. Landoldiacus, de Landoaldus : Landouzy (Aisne).

264. Lantberciacus, de Landbertus : Lambercy (Aisne).

265. Leuthariacus, de Leutharius : La Hérie et Le Hérie (Aisne), qui devraient s'écrire tous deux en un seul mol.

266. Rathariacus, de Ratharius : Raray (Oise).

84 LES NOMS DE LIEU

267. Rotg-ariacus. de Rodogarius : Rougeries Aisue .

268. Theodebertiacus. de Theodebertus : Thiverzé. loca- lité aujourd hui englobée dans Fontenay-le-Comte \ endée .

269. Theodericiacus, de Theodoricus : Tiercé Maine- et-Loire).

270. Trudoniacus. de Trudo : Trignée Belg-ique, prov. de Liège).

271. Walismiacus. de Walisnius : Valmy Marne.

272. Waltbertiacus. de Waldebertus : Vaubercey Aube), Vaubexy Vosges .

273. Wariniacus, de Warinus : Guérigny Nièvre , War- gnies Nord. Somme).

274. Witmeriacus. de Widomarus : Gumery (Avibe).

275. Il V a lieu d'aborder l'étude des formes vulgaires du suffixe -acus. La question ne serait pas compliquée si cette ter- minaison était toujours précédée d'une consonne, comme dans les noms de lieu dérivés de gentilices en -enus : Dans ce cas, -acus devient en langue d'oïl -ay . et en langue d'oc -ac ou -at. Mais beaucoup plus fréquemment le suffixe est précédé d'un / ; or il s'est prodmt. par le voisinage de cet / et de Y a, une sorte d'amalgame qui, de bonne heure, dans les pays romans qui furent plus tard de langue d'oïl, fit substituer.au groupe ia un e ; c'est du moins ce que permettent de conjecturer les formes Criscecus et Erchj-ecus, substituées dans la seconde moitié du viu*^ siècle, par le pseudo-continuateur de Frédégaire. aux primitifs Criscia- cus et Ercuriacus, aujourd'hui représentés par Crécy et Ecry.

276. C'est vers le Poitou et la Saintonge que cette forme alté- rée -ecus s'est le mieux maintenue : au début du xiv*' siècle on notait encore -ec la finale, à présent réduite à -e, des noms Andillé. Chiré. Gissé, Cloué. Latillé. Ligugé (Vienne) ; d'ailleurs cette finale -ec et sa variante -ecq subsistent encore dans Cer- sec. Lirec. Pressée Vienne), Aizecq, Chassiecq. Ruffec Cha- rente . Prahec. Sciecq Deux-Sèvres), par exemple.

277. Tout au contraire, à droite de la Loire, le c de -ecus s'est de bonne heure vocalisé en -/ : au ix* siècle, dans le polyptique de Saint-Remy de lUims, Fleury-/^-/?/r/ère et ?d\\^-l a- Montagne (Marne; sont appelés Floreius et Risleius : cette linalc latine -ci us, remontant donc pour le moins au ix*" siècle, suppose une

ORIGINES GALLO-ROMAINES : -ACOS 83

forme vulg-aire contemporaine en -ei; celle-ci subsiste, sous la notation -ei/, dans nos provinces romanes de l'est, Lorraine, Franche-Comté, Bourgogne orientale, et même dans la Cham- pagne orientale et méridionale : Aubigney (Haute-Saône), Cham- pagney (Doubs, Jura, Haute-Saône), Vaudrey (Jura).

278. Dans la Picardie, le reste de la Champagne, l'Ile-de- France, l'Orléanais, le Berry, la forme -ei a de bonne heure, au xi^ siècle au plus tard, fait place à un -i que depuis déjà plusieurs siècles on note -y : Antony, Aubigny, Blanzy, Goucy, Domecy, etc. Dans les pays wallons cette lînale a pris la forme féminine plurielle -ies : Landrecies, Orchies.

279. Il convient d'observer que la finale -é, provenant de -iacus, domine non seulement en Poitou et en Saintonge, mais aussi dans TAunis, la Touraine, l'Anjou, le Maine, la partie de la Normandie représentée par le département de l'Orne, et les fractions de la Bretagne l'influence bretonne ne s'est exercée qu'à partir du ix® siècle.

280. Dans les pays de langue d'oc, l'a de -acus s'est maintenu, et la forme vulgaire de cette terminaison est -ac, Albignac, Albiac, Aurillac, Blanzac, Calviac. Calvignac, Chassac, etc. Mais dans les plus septentrionaux de ces pays la finale -ac s'est assourdie, et est remplacée par -at dans le sud du Bourbonnais, l'Auvergne, la Marche : Aubignat, Aubiat, Calviat. Ghampagnat, Fleurât, Ladignat, Lusignat, Marcillat, Quinssat, Savignat, etc. ; cet assourdissement est parfois même consacré par la prononcia- tion locale, bien que l'orthog-raphe officielle ait conservé la nota- tion -ac : le nom de Boussac Creuse), se prononce Boussa.

281. On constate aussi l'assourdissement du c final dans la partie méridionale du département du Jura, et dans la partie septentrionale de celui de l'Ain : la région qui avoisine la limite de ces deux départements présente un grand nombre de noms géographiques terminés aujourd'hui en -a ou en -ia, et dont la finale latine était -iacus : Bissia, Broissia. Dénia, Loisia. Savigna (Jura^ ; dans le département de l'Ain, ou observe par- fois, comme en Auverg-ne, la notation -at : Attignat. Ceyzériat. Curciat. Maillât, Martignat. Polliat. Pressiat.

282. Une autre forme vulgaire correspondant à -iacus est -/<•// ou -ieux, qui existe dans le pays arrosé i)ar le Bhône depuLs Seyssel jusqu'au confluent de l'Isère, et (jui, de l;i. s'itmtl sm-

86 LES NOMS DE LIEU

les départements de l'Ain, de l'Isère, du Rhône, de la Loire et de lArdèche. La plus ancienne notation de cette forme était -ié, qui s'est conservé dans les noms de Jullié et de Quincié (Rhône) ; du moins, c'est en -ié que se terminaient, vers le xii^ siècle, la plupart des noms qui sont aujourd'hui en -ieu ou ieux, parmi lesquels on mentionnera ici Albigneux ;Loire), Albieux (Loire), Ghassieu (Isère', Fleurieux (Ain, Rhonel, Jussieux Rhône), Lagnieu (Ain), Marcillieu (Loire), Montagnieu (Ain, Isère), Quincieu (Isère), Romagnieu (Isère). Savignieux Ain, Loire),

283. La détermination des zones occupées par les diverses formes vulgaires correspondant à -iacus. fort intéressante à coup sûr pour le linguiste, ne l'est par moins pour l'ethnographe. Celui-ci, toutefois, n'attachera pas plus d'importance qu il ne convient à la forme -y : originellement circonscrite dans une zone déterminée, elle en est sortie peu à peu sous l'influence de l'ex- tension de la langue française, et par l'etTet d'une sorte de cen- tralisation : c'est ce qu'on remarque à propos du nom de Coligny (Ain), qui dans le patois s'appelle encore Couligna.

284. La forme -ac, qui est, on la vu, celle de la langue d'oc, se rencontre aussi dans la partie de la Bretagne qui a été sou- mise, dès le v'' siècle, à l'influence bretonne : Campénéac (Mor- bihan), Comblessac (lUe-et-Vilaine), Marsac i Loire-Inférieure), Peillac (Morbihan), Ruffiac (Morbihan).

285. On trouve, il est vrai, ailleurs que dans le midi de la France et en Bretagne, quelques noms de lieu terminés par le son ac, tels que Brissac (Maine-et-Loire), Jaillac (Aube). Toiissac (Seine-et-Marne) et Cressonsac (Oise) ; mais ils ne représentent pas des primitifs en -ac'us. Jaillac est appelé JaiUard dans les textes anciens. Gressonsacq, dont le nom se prononce ou se pro- nonçait Crcssonsa, est pour Cressonesftnrf. Toussac, vocable appliqué exclusivement à des moulins, a son origine dans une locution facétieuse, tollit saccum, « enlève sac », allusion aux méfaits si souvent reprochés aux meuniers ; il en est vrai- semblablement de même de Brissac, à en juger par la forme ancienne lircchessac, dont malheureusement le premier terme est iiiexpli(jué.

286. Dans les pays ((uc les invasions ont germanisés, -iacus est devenu -/c/t, en hiis-allemand -icii : Hl.iriacus, Blerick (Pays-Bas, Limbourg"), C^)rloriacus. Coortryck, nom llamand

oiuftiNKs <;ai.lo-ro:mai.nes : -acos 87

de Gourtrai, Gemeniacus, Gemmenich (Belgique, province de Liège) ; Juliacus, Jtilich, nom allemand de Juliers (régence d'Aix-la-Ghapelle) ; Tiberiacus, Zieverich ^régence de Gologne), Tolbiacus ou Tulpiacus, Zûlpich (régence d'Aix-la-Ghapelle); Turnacus, Doornyck. nom flamand de Tournai ; ^^iroYiacus, Werwicq (Belgique, Flandre Occidentale).

287. Cette forme, dont on pourrait multiplier les exemples, semble avoir donné naissance à la finale germanique romanisée -ecques, observée dans la partie nord-ouest du département du Pas-de-Galais soit dans les arrondissements de Boulogne et de Saint-Omer qui avait reçu à l'époque des grandes invasions un fort appoint de population germanique. La forme -ecques Vs n'en date que du xvi'' siècle substituée au bas-allemand -ick implique nécessairement le recul de l'élément germanique devant l'élément roman . Elle paraît dans les noms de Blandecques, de Coyecques, d'Eperlecques, de Questrecques, deSenlecquesetde Wardrecques ; assez fréquemment un déplacement de l'accent tonique la réduite à -ques atone : Nordausques et Zudausques, Isques, Mentques, Quesques, Setques, Tilques, Wisques.

XXII

ORIGINES ROMAINES NOMS FORMÉS SUR DES GENTILIGES

Les Romains appelaient fréquemment les propriétés rurales du nom des propriétaires, et en France, depuis l'époque romaine, il en fut souvent ainsi. La plupart du temps le vocable du domaine rural était un adjectif formé sur le nom du propriétaire à l'aide du suffixe -anus, en sous-entendant le substantif fundus; cette formation est identique, on le voit, à celle des noms gallo- romains en -acus.

288. Mais aussi il est arrivé que le gentilice même du posses- seur ait été traité comme un véritable adjectif, fundus étant toujours sous-entendu : Albinius, Aubin l Aveyron) ; Anto- nius, Antoingt (Puy-de-Dôme), Antoing (Belg^ique, Hainaut) ; Aurelius, Aureil (Haute- Vienne) ; Calvinius, Calvin (Avey- ron); Grispinius, Crespin (Aveyron, Tarn); Flavinius, Fla- vin (Aveyron) ; Florentinius, Florentin Aveyron) ; Lucanius, Lugan (Aveyron, Tarn) ; Pomponius, Pontpoint (Oise), qu'on devrait écrire Pompoin ; Tiberius, Thiviers (Dordogne).

289. Parfois le gentilice est employé au féminin : alors le sub- stantif sous-entendu n'est plus fundus. mais casa, villa ou domus : Albania, Aubagne (Bouches-du-Rhône) ; Aurélia, Aureille l'Bouches-du-Rhône) ; A vitia. Avèze (Gard); Gamu- lia. Charaouille (Aisne) ; Ilispania, Espagne (Gorrèze), Épagne (Aube, Indre, Somme, Vendée); Epaignes (Eure); Lusitania, Luisetaines 'Seine-et-Marne); Marc-tllia. Marseille (Oise), Marseilles Gher) et leur diminutif Marseillette (Audej ; Pom- pon ia, Pompogne (Lot-et-Garonne), Pomponne (Seine-et-Marne).

Mais ces noms, <jui consistent uniquement dans les gentilices j)ris adjectivement, sont comme perdus dans la foule de ceux qui ont été formés sur lesgentilices au moyen des suffixes -acus et -anus.

290. Los noms en -anus sont aussi fré(juenls dans l'ancienne l'idvincft roinaini' (lue ceux on -acus dans \o rosto de la Gaido.

ORIGINES ROMAINES : iNOMS FORMÉS SUR DES GENTILICES 89

291. Abellianus, dérivé du gentilice Abellius : Abeilhan (Hérault).

292. Albianus, de Albius : Aubian (Hérault).

293. Albinianus, de Albinius : Aubignan (Vaucluse).

294. Anicianus, du g-entilice Anicius, qui, pris adjective- ment, constitue le nom primitif, Anicium, de la ville du Puy (Haute-Loire) : Nissan (Hérault), pour Anissan, par aphérèse de l'a initial, confondu avec un locatif.

295. Anianus, de Anius : Aignan (Gers), Agnin (Isère).

296. Aurelianus, de Aurelius : Aurellhan (Landes, Hautes-Pyrénées j, Orellhan (Hérault), Oreilla (Pyrénées-Orien- tales).

297. Avitianus, de Avitius : Avezan (Gers).

298. Balbianus, de Balbius : Balbins (Isère).

299. Barba rianus, de Barbarius : Barbaira (Aude)

300. Bassianus, de Bassins : Bassan (Hérault).

301. Blandianus, de Blandius : Blandin (Isère).

302. Bojanus, de Boius : Boujan (Hérault).

303. Caprilianus, de Gaprilius : ChabriUan (Drôme).

304. Cassianus, de Cassius : Cassan (Cantal).

305. Clarianus, de Clarius : Clérans (Dordo^ne), Claira et Clara (Pyrénées-Orientales).

306. Clementianus, de Glementius : Glémençan (Hérault).

307. Cornelianus, de Cornélius : 'Gorneilhan (Hérault), Corneillan (Gers), Corneilla (Pyrénées-Orientales).

308. Grispianus, de Crispius : Grespian (Gard).

309. Curtianus, de Curtius : Coursan (Aude).

310. Dalmatianus, de Dalmatius : Daumazan (Ariège).

311. Domitianus, de Domitius : Domessin (Savoie), Domezain (Basses-Pyrénées).

312. Fabricianus, de Fabricius : Fabrezan (Aude).

313. Flaccianus, deFlaccius : Flassans(Var), Flassa (Pyré- nées-Orientales).

314. Florianus, de Florins : Florian (Gard), Fleurian (Haute-Garonne), Floure (Aude).

315. Frontinianus, de Frontinius : Frontignan (Ilaulo- Garonne, Hérault).

316. Gallianus, de Gallus : Gaillan ((nronde). Galhan (Gard).

90 LES NOMS DE Llt:i'

317. Gratianus, de Gratins : Grazan (Gers).

318. Julianus. deJulius: Juillan ( Hautes-Pyrénées), Julians (Vaucluse). Julhians(Bouches-du-Rliône), Julia (Haute-Garonne, Pyrénées-Orientales).

319. Licinianus, de Licinius : Lézignan (Aude, Hérault, Hautes- Pyrénées).

320. Lucanianus, de Lucanius : Lugagnan (Hautes- Pyré- nées).

321. Lucianus, de Lucius : Lussan (Gard, Haute-Garonne, Gers), Lucia (Pyrénées-Orientales).

322. Lupianus, de Lupius : Loupian ,'Hérault), Loupia (Aude).

323. Mari ni a nus, de Mari ni us : Marignan (Gers),

324. Marcellianus, de Marcellius : Marseillan (Gers, Hérault, Hautes- Pyrénées).

325. Martianus, de Martius : Marsan (Gers), Marsa (Aude, Lot).

326. Maurianus, deMaurius: Maurian (Gironde, Hérault).

327. Maurillianus, de Maurillius ; Maureilhan (Hérault, Landes).

328. Naevianus, de Naevius : Névian (Aude), Nébian (Hérault).

329. Pardelianus. de Pardelius : Pardailhan (Hérault), Pardaillan (Lot-et-Garonne), Pardeillan (Gers).

330. Paulianus, de Paulius : Paulhan (Hérault).

331. Pomponianus, de Pomponius : Pompignan ((iard, Tarn-et-Garonne) .

332. Pontianus, de Pou Lias : Ponsan (Gers), Ponsas (Drôme», Poncin (Ain;, Poncins (Loire).

333. Porcianus, de Porcins : Poussan (Hérault).

334. Priscianus, de l^iscius : Preixan (Aude), Pressins misère).

335. (hiin l ilianus, de (Jui n tilius : Quintillan (Aude).

336. Salvianus, de Salvius : Sauvian (Hérault).

337. Soi anus, dn Seius : Sigean (Aude).

338. Scscianus. de Scscius : Seissan (Gers, Bouches-du- Hh«')nei. Seyssins ' Isère).

339. Soin ia II us. de Soniius : Sournia ( Pyrénéos-Orien- tales .

OHIGLNES ROMAINES : NOMS FORMÉS SUR DES GENTILICES 91

340. Taurinionus, de Taurinius : Taurignan (Ariège), Taurinya (Pyrénées-Orientales).

341. Tiberianus, de Tiberius : Tibiran (Hautes-Pyrénées).

342. Trebellianiis, de Trebellius : Travaillai! (Vaucluse).

343. Tullianus, de Tullius : TuUins (Isère).

344. Ursianus, de Ursus : Orsan (Gard).

345. Valentianus, de Valentius ; Valencin (Isère).

346. Valerianus, de Valerius : Vallerins (Nièvre).

347. Vindemianus, de Vin de mi us : Vendémian Hérault).

348. Si l'on cherche à déterminer l'étendue de pays se ren- contre le suffixe latin -anus dans les noms de lieu de l'époque romaine, on constatera qu'elle correspond, d'une manière générale, à l'ancienne Province romaine et à l'ancienne Aquitaine, c'est-à- dire précisément aux parties de la Gaule les noms gallo-romains en -acus sont le moins nombreux. Le fait s'explique, pour la Province romaine, par une romanisation plus complète que celle des autres parties de la Gaule, et pour l'Aquitaine, parce que, ce pays n'étant pas, à proprement parler, celtique, on y forma peut-être les vocables de domaines ruraux dérivés de noms d'homme en se servant, de préférence, du suffixe latin -anus.

349. On a pu constater que les formes vulgaires revêtues par le suffixe -anus sont au nombre de trois : -an, -in et -a. La pre- mière est la plus fréquente, mais on ne l'observe pas dans la partie orientale de la Province romaine, en deçà de l'Isère ; dans les départements de l'Isère et de la Savoie, et, moins fréquem- ment d'ailleurs, dans ceux de la Loire et du Rhône, la combinai- son de l'a de -an vis avec Yi qui le précédait a eu pour résultat la forme -in ou, par l'addition d'un s parasite, -ins ; le nom de Domezain (Basses-Pyrénées), atteste que le même phénomène a pu se produire assez loin de la région qui vient d'être indiquée. Quant à la forme -a, les exemples cités plus haut montrent qu'elle se rencontre presque exclusivement dans le département des Pyrénées-Orientales et dans la partie méridionale de celui de l'Aude : elle résulte d'un phénomène phonétique très connu dans le Midi de la France, la chute de Vn placé entre deux voyelles. Parfois cet a final, bien que tonique, a été francisé en un c nuiet atone, on l'a vu par l'exemple de Floure, représentant le latin Florianum.

92

LES NO^IS DE LIEU

350. A la différence de ceux formés à l'aide du suffixe mascu- lin -anus, fort nombreux, et dont il n'a été cité qu'un choix, les noms de lieu qui présentaient le féminin de ce suffixe, -an a, sont assez rares. On peut citer pourtant, dans la Province romaine Chichilianne et Séchilienne (Isère), de Caeciliana ; Maillanne (Bouches-du-Rhône) de Mal lia na ou Manliana ; Marsanne (Drôme), de Marciana ; Marignane (Bouches-du- Hhône), de Mariniana; Reillanne (Basses-Alpes) et son dimi- nutif Reilhanette (Drôme), de Reguliana. C'est vraisemblable- ment à la même catégorie qu'appartiennent Glamensane, Sau- mane et Taulanne (Basses-x\lpes), Maussanne, Pélissanne et Simiane (Bouches-du-Rhône), Gumiàne (Drôme). Hors de la région provençale, ces formes féminines sont encore plus rares ; cependant on note, dans la France septentrionale Louveciennes (Seine-et-Oise), de Lupiciana; Marchiennes (Nord), de Mar- ciana; Valenciennes (Nord), de Valentiana ; Vauciennes (Marne), de Veltiana.

351. Plus rares encore sont les noms de lieu dont le thème étymologique présente le suffixe -anus sous sa forme masculine plurielle ; toutefois, il en existe un spécimen bien connu : Orléans (Loiret) répond au latin Aurélia ni ; jusqu'au xiv* siècle on disait Orliens et Olliens ; la forme actuelle est l'effet d'une réaction savante.

352. 11 convient de rappeler ici que dans le sud-est de la Gaule un certain nombre de noms de lieu ont été formés sur des gentilices, au moyen des suffixes d'origine ligure -a s eu s et -oscus, dont l'usage avait persisté dans cette contrée.

353. Les nombreux vocables géographiques en -in, -ain, -aing^ qu'on rencontre dans les pays wallons de France et de Belgique, tels que Hesdin (Pas-de-Calais), Crespin, Bouchain, Gantaing, Vertain (Nord), sont, dans les textes carolingiens, terminés en -inium; on peut supposer qu'ils ont été formés, eux aussi, sur des gentilices romains, et que le suffixe -inius était particulier k la Gaule Belgi(pie ; comme, au dire de César, certaines popula- tions belgiques étaient apparentées aux populations germaniques, |)eut-èlre ce suffixe est-il une vai'iante (Ui suffixe germanicjue -inr/, qui termine tant de noms de lieu ayant pour racine un nom

fit' IKMSOIMIC.

ORIGINES ROMAINES : NOMS FORMÉS SUK DES GENTILICES 93

354. Sur les gentilices romains ont été formés encore des noms de lieu imparisyllabiques en -o, -onis :

355. Albucio, formé sur le g-entilice Albucius auquel on doit Albussac (Corrèzei et Aiihussay (Cher) a donné Aubusson (Creuse).

356. Bullio, de BuUius cf. Bouillac (Aveyron, Dor- dog-ne. Tarn-et-Garonnej : Bouillon Belgique, Luxembourg).

357. Cabellio, de Cabellius : Gavaillon (Vaucluse).

358. Cassio, de Cassius : »Sam/-Pau Ze^-c/e-Caisson (Gard) et Caixon (Hautes-Pvrénées).

359. Cornelio, de Cornélius cf. Cornil (Corrèze), Cor- nille (Dordogne), Cornillac (Drôme), Cornillé (lUe-et-Vilaine, Maine-et-Loire), Corneilhan (Hérault), Corneillan (Gers), Cor- neilla (Pyrénées-Orientales) : Cornillon (Bouches-du-Rhône, Drôme, Gard, Isère).

360. Crispio, de Crispius : Crépion (Meuse).

361. Curlio, de Curtius cf. Coursan (Aude), Courcy (Calvados, Loiret, Manche, Marne) : Courson (Calvados).

362. Divio, de Divins : Digeon (Cantal, Somme), Dijon (Côte-d"Or).

363. Fulvio, de Fulvius : Fougeon (Aube).

364. Linio, de Linius cf. Lignan (Hérault), Lignac (Indre), Ligné (Charente, Loire-Inférieure), Ligny (Loiret, Meuse, Nord, Pas-de-Calais, Yonne) : Lignon (Marne).

365. Martio, de Martius : Marçon (Sarthe), Marson (Marne, Meuse).

366. Pontio, de Pontius : Ponson i Basses-Pyrénées) .

367. Pullio, de Pullius : Pouillon (Landes, Marne).

368. Rogio, de Rogius cf. Royer (Saône-et- Loire) et peut-être aussi Rony (Aisne, Nièvre, Somme) : Royon (Pas- de-Calais).

369. Sylvanio, de Sylvanius : Sauvagnon (Basses-Pyré- nées).

370. Tullio, de TuUius : Touillon ^Cote-d'Or, Doubs).

371. Viridio, de Viridius cf. Viessat (Creuse), Vicrzy (Aisne), Verzy (Marne) : Vierzon (Cher).

372. De tous les noms d'origine romaine qu'on vient d'étudier, il convient de rapprocher la catégorie des noms do lieu en

94 LES NOMS DE LIEU

-ailicus. Il n'est pas impossible que ces vocables aient été formés, au moyen du suffixe -icus, sur des cognomina en -anus ; mais il est aussi bien permis de voir dans -anicus un suffixe spécial dont l'adjectif graecanicus, employé par Suétone, Pline et ^ arron. atteste l'existence, et qui aurait été joint, tels les suffixes -acus et -anus, à des g-entilices : dans l'une comme dans l'autre hypothèse, c'est sur l'a que porte l'accent tonique.

Acutianicus, Guzargues (Hérault) ; Albucianicus, Aubus- sargues (Gard); BuUianicus, Bouillargues (Gard); Cassia- nicus, Caissargues (Gard); Celsinianicus, Sauxillanges (Puy-de-Dùme), pour Saussu/nanges ] Domitianicus, Doilies- sargues (Gard) ; Gallianicus, Gallargues (Gard); Gallinia- nicus, Galinagues fAude) ; Gordianicus, Gondargues (Gard); Graniauicus, Gragnague (Haute-Garonne) ; Har[)ilianicus, Arpaillargues (Gard); Julianicus, Julianges (Lozère), Jul- lianges (Haute-Loire); Mallianicus, Maillargues (Cantal); Marcellianicus,Marsillargues (Hérault), Massillargues (Aude, Gard, Lozère), Marcelange (Allier, Puy-de-Dôme); Marciani- cus. Massargues (Gard), Marsange (Haute-Loire), Massanges (Puy-de-Dôme) ; Martinianicus. Martignargues ( Gard) ; Mau- rontianicus, Mauressargues Gard; anciennement Mauron- sargues; Patronianicus, Parignargues (Gard); Porcariani- cus, Portiragnes (Hérault), au xvir' siècle encore Porcairagnes ou Pourcairagnes ; Probilianicus, Provilhergues (Tarn); Sabinianicus, Savignargues (Gard); Saturianicus, Satu- rargues (Hérault;; Silvinianicus, Souvignargues (Gard); Venerianicus, Vendargues (Hérault), anciennement Ven- (Jrargues; Veranicus, Verargues. Il convient de rapprocher de ce dernier nom celui de Vauvenargues (Bouches-du-llhône), jadis Vauverargues, représentant Vallis Veranica.

373. On le voit, les formes par lesquelles est représenté le suflixe -anicus, sont au nombre de quatre : -argues, la plus fréquente, (ju on rencontre dans les déparlements des lîouches- du-Uhône, du Gard, de ITiérault, du Tarn, de LAveyron, du Cantal; -ague.t, dans l'Aude et la Haute-Garonne; -agnos, dont un seul exemple e.sl fourni par Portlragiiea (Hérault) ; enfin -ange qui apparlicnl aux ii'-^ions plus si'pleiihionales, déparlemenls du Puy-de-Dôme et de la Corrè/.e. Plus d un auteur, nu^ne parmi les moderjies, a prélendu (pie -a/gucs représentitit le latin ager,

ORIGINES ROMAINES : NOMS FORMÉS SUR DES GENTILICES 1J5

u champ » ; il n'en est rien, et le passage de -anicus à -argues n'a rien de surprenant pour qui sait que les noms propres Domerf/Lic et Houerguc viennent de Dominicus et Rutheni- cus. Il faut voir, semble-t-ii^ dans -agnes une altération phoné- tique de -agues, qui lui-même est une réduction de -argues. Quant à la forme -anges, elle s'explique non moins aisément, si l'on considère que le même nom Dominicus, qui vient d être cité, est devenu en pays de langue doïl Domange ou Démange. L's terminal des noms modernes qui viennent d'être énumérés n'est pas étymolog-ique : c'est vers 1 an mil que l'usage s'est intro- duit d'employer au pluriel les noms latins correspondants.

374. La terminaison -ange ne représente pas toujours le latin -anicus : les exemples qu'on en trouve en Lorraine et en Franche-Comté correspondent à une terminaison germanique -ing ou -ingen.

375. Qu'ils aient été employés adjectivement au masculin ou au féminin, ou bien qu'ils aient été combinés soit avec le suffixe d'origine gauloise -acus, soit avec les suffixes d'origine ligure -ascus et -oscus, soit avec les suffixes latins -o, -anviset -ani- cus, les gentilices romains ont produit un nombre de noms de lieu si considérable, qu'on sera peut-être tenté d'accueillir avec quelque scepticisme l'exposé qui précède. L'usage d'appliquer à une localité un nom d'homme remonte cependant à la plus haute antiquité, témoin ce passage de la Genèse (IV, 17) relatif à Caïn : Et aedificavit civitatem, vocavitque nomen ejus, ex nomine filii sui, Henoch. Et cet usage s'est perpétué jus- qu'aux temps modernes.

376. Une quantité de localités rurales en France sont dénom- mées à l'aide de noms de famille français : ceux-ci ont été combinés avec des suffixes différant, à la vérité, de c(;ux étudiés dans ces dernières pages, mais jouant exactement le même rôle. Le plus fréquent de ces suffixes est -iàre, forme française de -aria : lai Ghampionnière, la Rigaudière, formés sur les noms patrony- miques Champion et Jiigaud ; parfois, il est remplacé par -crie : la Doucetterie, la Marchanderie, de Dmicciei Marchand.

A côté de ces deux suffixc^s, employés aussi généralement que l'était, il y a dix-sept siècles, le gallo-romain -acus, il en est d'autres, comparables à cet égard au suffixe latin -anicus. dont l'usage est particulier à telle ou telle région.

96 LES NOMS m: LIEU

377. Tels sont, par exemple, dans la Bretagne non bretonnante et les parties qui l'avoisinent des départements de la Mayenne et de Maine-et-Loire, les suffixes -a/e et -ais : la Hunaudaie, la Robi- nais, la Séguinais.

378. En Limousin, en Auvergne, en Périgord, et dans une partie de TAngoumois, c'est le suffixe -ie qu'on a employé : la Robertie. Leyraarie, Lasteyrie, dérivent de Robert, d'Eymar et d'Asiier.

Ce sont d'inconscientes applications de la méthode des Romains. On ne peut nier que parfois tel des noms de lieu dont il s'agit a pour racine, non pas un nom de famille, mais un nom de baptême; mais la distinction n'est pas aisée à faire, bien des noms de baptême étant devenus noms de famille à partir du xii^ siècle.

XXIII

SOUVENIRS DES ANCIENNES POPULATIONS DE LA GAULE

Lors de Tarrivée de Jules César, la Gaule, exception faite de la Province romaine déjà soumise, se divisait, au témoignage du conquérant, en trois parties, habitées respectivement par les Belges, les Gaulois et les Aquitains : de les noms de Belgica et d'Aquitania, donnés plus tard à des provinces de la Gaule romanisée ; de aussi le nom de Gaule, Gallia, qu'oi} donnait, dès lors, non plus au seul pays, situé entre Seine et Garonne, que César dit être habité par les Gaulois, mais à toute la région comprise entre le Rhin et les Pyrénées.

Ces trois noms, Gallia, Aquitania, Belgica, subsistent encore, mais il semble bien que les deux premiers seuls ont été conservés dans le langage populaire ; quant au nom de Belgique, qui s'appliquait à 1 vme des parties de la Gaule, s'étendant de la Marne aux Vosges et à la Meuse, il ne semble pas avoir été connu au moyen âge, et c'est par une sorte d'évocation du passé que, depuis un siècle, il a été appliqué à une importante portion du pays qui l'avait jadis porté.

379. Le mot « Gaule » provient régulièrement de Gallia, moyennant la consonnification du premier l ; mais il n'appartient pas au dialecte français, le g initial fût devenu j, comme il est arrivé dans notre mot « jaune », représentant le latin galbinus : « Gaule » est, suivant toute apparence, une forme wallonne.

380. Tandis qu'à l'origine le pays des Aquitains était limité parles Pyrénées et la Garonne, l'empereur Auguste étendit l'ap- pellation d'Aquitania à toute la région située au sud delà Loire, en dehors de la Province romaine. Dès le ni*' siècle, l'Aquitaine primitive était désignée par le nom de Novempopulanie, qu'oUo échangea depuis contre celui de Gasco(/ne, Vasconia, par suite de l'établissement d'une nouvelle population venue des Pyrénées espagnoles. En français primitif, le mol .V ([ u i l;i n i ;i rsl devenu

Les noms de lien.

98 l-ES NOMS DE LIEU

Aguiaine ou Agiiienne, bientôt réduit à Guyenne, par une aphé- rèse dont le nom de la Fouille, répondant au latin Apulia, four- nit un exemple non moins connu.

381. Le souvenir d'une cinquantaine dépeuples, ou, comme on dis9it dans l'antiquité, de civiiates, de la Gaule, subsiste dans des noms de villes, parfois de régions : ces noms géog-ra- phiques, extrêmement précieux, ont puissamment contribué à donner une base solide aux recherches concernant la géographie antique de notre pays.

Par un phénomène presque particulier à la Gaule, et qu'on n'observe qu'une fois dans la Province romaine, les noms de la plupart des anciens peuples ou civiiates passèrent, du m'' au iv^ siècle, aux chefs-lieux ; et ceux-ci perdirent dès lors les noms qui, jusque là, les désignaient : ainsi le nom de Duro- cortorum qui, dès le temps de César, désignait le chef-lieu de la nation des Rémi, fit place au nom même de cette nation, nom dont la forme accusative Remos a donné en français Reims.

Il est aisé de comprendre comment de tels changements de noms se sont opérés. La confusion entre la civitas, c'est-à-dire le peuple antique, et le chef-lieu siégeaient ses magistrats dut se faire rapidement : de l'emploi, qu'on trouve dès le premier siècle de notre ère, notamment dans Frontin, du mot civitas au sens de « ville » ; de aussi,, par un mouvement parallèle, l'ap- plication du nom propre de la civitas à son chef-lieu.

Pour déterminer les noms de civiiates gauloises qui passèrent aux villes siégeaient les administrations respectives de ces civiiates, il n'est pas de guide plus commode que la Notilia pro- vinciarum et civitatum Gallise ', précieux document rédigé après 375, probablement au début du v'^ siècle, et dans lequel les cités gauloises alors existantes sont réparties entre les dix-sept pro- vinces de la Gaule, selon un ordre qu'on va suivre ici.

Des trois cités que comprenait la Première Lyonnaise, deux seulement poitaient des noms df peuples : la civitas Aedtioruni et la civitas Linr/o/iuni.

i. Ce flocumonl, maiiiles lois imprimé, a élé reproduit, « accompagné des variantes que louiuisseiil les deux phis anciens inanuscrils connus >>, par Aufç. Lonj^non, dans le Texte explicatif des plandies (Paris, 1907, in-i") de .son .l/Z/is liixlori</iii' ih In h'rnncf, p. li-lC.

ORIGhMES ROMAINKS : SOIIVEMHS DES ANClENNliS l'( tPLLATIONS 99

382. Le nom de la cioitas Aeduorum semble indiquer qu'Autun, Aug^ustodunum, avait abandonné ce nom, remontant à sa fon- dation sous le règ-ne d'Aug-uste, pour y substituer le nom du peuple dont il était le chef-lieu ; mais cet abandon ne fut que momentané, YHistoria Francorum de Grégoire de Tours en fait foi, et le mot Aedui n'a laissé aucune trace dans la géographie du moyen âge.

383. Lingones, substitué à Andematunnum, est Torigine du nom de Langres(Hante-Marne), qui s'est formé de Lingones, accentué sur l'antépénultième, comme diacre, coffre, ordre, pampre et timbre sont formés de diaconum, cophinum, ordi- nem. pampanum et tympanum. De Lingones est dérivée l'expression Lingonicum, désignant le pays dont Langres était le chef-lieu, et qu on trouve en français du xiii*^ siècle sous la forme I.angoinc.

Dans la Provincia Liif/dunensis secunda la Notifia compte sept villes dont cinq portent des noms de peuples : ce sont les civi- tates Bajocassium, Abrincatum, Ebroicorum, Sagiorum et Lexo- viorum.

384. Le nom des Bajocasses, qui a pris la place de celui d'Augustodurum, était accentué sur l'antépénultième : il a donc formé régulièrement le nom de Bayeux (Calvados), dont le territoire Bajocassinum est appelé le Bessill.

385. Le nom des Abrincates les Abrincatui de Pline accentué sur l'antépénultième, est devenu en français Avranches (Manche'; le territoire de cette ville Al)rinca tinum est appelé rAvranchin.

386. Ebroici, altération d'Eburovices. était accentué sur l'antépénultième; substitué à Mediolanium, ce nom est devenu Evreux (Eure), et son dérivé Ebroicinuni adonné Évrecin.

387. Le nom des Sagii, qui paraît avoir remplacé un nom de ville Nudionnum, est le thème étymologicpie du nom de Sées (Orne).

388. Le nom des Lexovii, ({ui a pris la place de ci'lui <\c Noviomagus, est devenu Lisieux (Calvados); h^ tei-rildin' de Lisieux Léxovinum est le Lieuvin.

En dehors de ces cinq noms de peupk^s de la Seconde Lyon-

100 LES NOMS DE LIEU

naise, mentionnés dans la Notitia, il en est trois autres qui sub- sistent, l'un comme nom de lieu, les deux autres dans des noms de régions.

389. La civitas Viducassium, mentionnée au m'' siècle dans la fameuse inscription de Torigni-sur-Vire K était sans doute, quand fut écrite la Notitia, fondue dans la cité des Bajocasses ; mais le nom des Viducasses subsiste dans celui de Vieux (Calvados).

390. La cité de Rouen mentionnée dans la Notitia résultait de l'union des cités des Caleti et des Veliocasses qu'on avait ren- contrés dans César. Le nom des premiers se retrouve dans celui d'une circonscription de Fépoque franque, le pagus Cal et us, ou pays de Caux; de même le nom des Veliocasses est l'ori- gine du pagus Vilcassinus ou Velcassinus, en français du moyen âge Vequessin, qu'on écrit aujourd'hui Vexin.

La Notitia comprend sous la Troisième Lyonnaise neuf cités, toutes désignées par des noms de peuples : Turoiies, Ceno- manni, Redones, Andecavi, Namnetes, Coriosolites, Venetes, Osismii et Diablintes.

391. Le nom de Turones a remplacé celui de Caesarodu- num; accentué sur l'antépénultième, il se présente en français sous la forme Tours (Indre-et-Loire); c'est probablement de Turonicum, mot formé à l'aide du suffixe -icum dont l'i est atone, que provient le mot Touraine pour Touroine ; l'ethnique tourangeau dérive du même mot par l'intermédiaire d'un primitif Tour ange, dont il est le diminutif.

392. Cenomanni, qui a remplacé le nom de lieu Subdin- num ou Suindinum, est la forme primitive du nom du Mans (Sarthe); mais la chose a été fort bien expliquée par Jules Qui- cherat, à l'aide d'une forme donnée par un document de 7(i5, Cilmannis : la forme vulgaire qui en est résultée a passé par un substantif Mann précédé d'un adjectif démonstratif, auquel l'article a été substitué. Le nom de la province du Maine, en latin Cenomann icum ou (^ilman nicun», a subi la même altération.

393. Le nom (les Kedones, qui a remplacé le nom de lieu

{. Voir, relativement à cette inscription, K. Dcsjardins, Gt^ofjraphie... <ie la (iaiilr romaine {V:u\s, IKTO-lSy"., 4 vol. iii-4»), III, I'.)H-2(>0.

ORfOLNES ROMAINES : SO( VKNIRS DES ANCIENNES POPULATIONS lOl

Condate, était accentué sur l'antépénultième : il est devenu Rennes (Ule-et- Vilaine).

394. Le nom des Andegavi, qu'on trouve sous cette forme dans Pline, et sous la forme Andecavi dans Tacite, est un dérivé du mot Andes, par lequel César désig-ne le même peuple. Substituée à Juliomag-us, la forme oblique Andfegavis est le thème étymologique du nom d'Angers (Maine-et-Loire) ; et, d'autre part, le nom Andeg-avum, par lequel on désignait, à l'époque franque, le territoire dont Angers était le chef-lieu, a produit le mot Anjou.

395. Le nom des Namnetes a remplacé le nom de lieu Con- divicnum et a donné naissance au nom français Nantes (Loire- Inférieure).

396. Le nom des Goriosolites ou Guriosolites, peuple mentionné par César, subsiste dans celui de Gorseul (Gôtes-du- Nord), l'on a retrouvé, en 1709, les vestiges de cette cité ; celle-ci ne subsistait peut-être plus quand fut écrite la Notitia, car les plus anciens manuscrits portent, non pas civitas Corio- solitum, mais bien civitas Coriosopitum, ce qui est l'ancien nom de Quimper (Finistère).

397. Le nom des Venetes, substitué à Dariorigum, a donné Vennes, qui s'est prononcé, puis écrit Vannes (Morbihan).

398. Le nom des Osismii, qui a pris la place de Vorganium, n'a pas laissé de trace bien apparente. M. J. Loth prétend le reconnaître dans le dernier terme du nom de Coz-Castell-Ach, cest-à-dire « le vieux château d'Ach », porté par une ruine sise en Plouguerneau (Finistère) ; en dehors d'arguments phonétiques empruntés à la langue bretonne, l'opinion de M. Loth se fonde sur ce que le pays dont Coz-Castell-Ach était le chef-lieu, est appelé pagus Achmensis, ce qui serait une altération de pagus Osismiensis. Par contre, dans l'opinion de M. Ferdinand Lot, l'emplacement de l'antique Vorganium serait représenté par Carhaix (Finistère), anciennement Kaer-Ahes, dont le nom, par son second terme, répondrait à Osismii. Il est difficile d'opter entre ces deux solutions.

399. Mais si l'on n'est pas très fixé touchant les traces que les Osismii ont laissées dans la péninsule armoricaine, le souve- nir s'en rencontre ailleurs. Il semble évident que des familles de ce peuple avaient émigré et fondé dos villages appelés Osismas

102 LES XOMS DE LIEU

OU Osisma : telle paraitètre lorig-ine dExmes Orne), à l'époque mérovingienne Oxma; d'Huismes i Indre-et-Loire), au x*^ siècle Oximensis villa ; de Hûmes (Haute-Marne), que Flodoard appelle Isma ; et de Hiesmes, nom porté jusqu'au xvni^ siècle par Villiers-le-Morhiers (Eure-et-Loir), qui représente un Oximas mérovingien.

400. Le nom des Diablintes, substitué à celui de Noiodu- num se retrouve dans celui de Jublains (^Mayenne).

Des sept cités qui composaient la Quatrième Lyonnaise, cinq étaient désignées par des noms de peuples : Senones, Carnutes ou Carnotes, Tricasses, Parisii et Meldi.

401. Le nom des Senones, qui a remplacé le nom de ville Agedincum. était accentué sur l'antépénultième : de \l\, la forme vulgaire Sens (Yonne). Sens-de-Brefa(jne (Ille-et-Vilaine) doit peut-être son orig-ine à une colonie de Senones établie chez les Redones.

402. Carnutes, également accentué sur l'antépénultième, et qui a remplacé TAutricum de César, est devenu Chartres (Eure-et-Loir), son dérivé Carnotenum, appliqué à la circons- cription dont Chartres était le chef-lieu, a donné Chartrain, anciennement Charfain. Il y avait chez les Bédanes un pagus Carnutenus dont le souvenir survit dans le nom de Chartres (Ille-et-Vilaine) ; et il est probable que Chartrettes ; Seine-et- Marne), dont le nom est traduit aux xu'' et xni*' siècles par Carnotule, s'appelait aussi Chartres, la terminaison dimina- tive ayant été ajoutée pour prévenir toute confusion.

403. Le nom des Tricasses, qui a fait oublier le nom de ville Augustobona, et dans lequel, comme dans Bfijocasses et Viducasses. la linale -casses était atone, a donné Troyes (.Aube); le dérivé Tricassinum, (jui désignait, à réi)oque franque, le territoire de Troyes, est devenu en franc^-ais du moyen âge Troiesin.

404. Substitué à Lutetia, le nom des Parisii est l'origine de celui de Paris, et son dérivé Parisiacum a produit le vocable de région Parisis.

405. Le nom des Meldi, substitué à ctdui de jatinum ou de H'ixtinum, est l'origine du nom de Meaux 'Seine-et-Marne) ; le vocable bas-latin Melcianum, pai- le(piel on (b'-signait le pays de Meaux, est devenu en l'ianvais Mrussir/i et Multien.

ORl(ilNI':S ROMAINKS : SOUVENIRS DES ANCIENNES POPULATIONS 103

Dans la Première Belgique, trois cités sur quatre étaient dési- gnées par des noms de peuples : Treveri, Medionmlrici et Leuci.

406. Le nom des Treveri, qui remplaça celui d" A ug us ta, est devenu Trèves (Prusse rhénane), en allemand Trier.

407. Substitué à Divodurum, le nom des Alediomatrici a lui-même bientôt cédé la place à un autre vocable, Mettis, qui sans doute ne désignait à l'origine qu'un quartier de la ville de Metz. Mediomatrici n'a donc laissé aucune trace dans la topo- nomastique française.

408. Il en est de même du nom des Leuci, substitué momen- tanément au nom primitif de la ville de Toul, TuUum. qui finit par prévaloir. *

Neuf noms de villes sur douze, dans la Seconde Belgique, sont empruntés aux peuples gaulois : Rémi, Siiessiones^ Catalauni ou Catuellauni, Veromandui, Atrehates, Silvanectes, Bellouaciy Amhiani et Morini.

409. Rémi, substitué à Durocortorum, est l'origine du nom de Reims (Marne) ; de aussi le nom de région Remtianus, en français du moyen âge Rancien.

410. Suessiones. qui a pris la place du nom Augusta, a produit le nom moderne Soissons (Aisne).

411. Catalauni, substitué à Duro catalauni, est devenu Cliaalons, aujourd'hui ChàlOïiS-sur- Marne.

412. Le nom des Veromandui, qui avait été substitué à celui d'Augusta, fit à son tour place, vers le ix* siècle, au nom du martyr dont ce lieu possédait le tombeau. Le vocable de la ville de Saint-Quentin (Aisne) n'a pas elFacé complètement le souve- nir de l'appellation antérieure, dont dérive le nom de région Vermandois, en latin médiéval Vermandense, et qui, pour des raisons archéologiques, fut transportée, dans le cours du moyen âge, aux ruines d'un ancien vicus romain, près desquelles s'éleva le bourg actuel de Vermand (Aisne).

413. Atrebates, qui avait supplanté Nemetacum, s'est de bonne heure contracté en Atrades ou Atradis, d'où Arras (Pas-de-Calais) ; le i)agus Atradensis, puis Artonsis, est devenu F Artois.

414. Silvanectes, substitué à Augustomagus, s'est réduit,

104 LES NOMS DE LIEU

dès l'époque méroving-ienne, à Selnectis. dont une métathèse fît Senlectis : de le nom moderne Senlis (Oise). Au moj^en âg-e le territoire de Senlis était appelé le Sellentois.

415. Le nom des Bellovaci, qui avait fait oublier Gaesaro- magus, est devenu celui de la ville de Beauvais lOise).

416. Le nom des Ambiani, quia remplacé celui de Sama- rabriva, est la forme primitive du nom d'Amiens (Somme).

417. Il ne reste pas trace du nom des Mo ri ni : leur chef-lieu était Thérouanne (Pas-de-Calais), en latin Taruenna, dont le pays, Taruanense, fut appelé Ternois. Il convient de noter qu'au moyen âge l'évêque de Thérouanne se disait episcopus Morinensis.

' 418. Le nom des Menapii, qui avaient pour ville principale Touinai (Belgique), subsista, à l'époque franque et jusqu'au xii*^ siècle, dans celui de Mempiscum, formé à laide du suffixe germanique isc ou isch, et qui désignait une partie au moins de leur territoire.

419. Des quatre cités de la Première Germanie, deux portaient des noms de peuples, Nemetes et Vangiones ; mais ces deux vocables, qui avaient remplacé, le premier Noviomagus, le second Borbetomagus, furent à leur tour abandonnés respec- tivement pour Spira, d'où Spire (Bavière rhénane), en allemand Speier, et Warmatia, d'où T'Forms (Hesse rhénane).

420. Une des deux cités qui composaient la Seconde Germanie portait un nom de peuple ; c'est Tungri, primitivement Adua- tuca. aujourd'hui Tongres (Belgique, Limbourg).

421 . Sur les quatre cités qu'indique la Nolitia pour la Provin- cia maxirna Serfiianorum, une seule porte un nom de peuple, la civi/as Elvelionun ; mais c'est le nom du chi'f-lieu, Aventica, ÂDenches (Suisse, canton de Vaud), qui a prévalu, (^est par une évocation des souvenirs de l'antiquité qu'a été créée, à la fin du xvin'' siècle, 1 expression république hclvétit/uc ». Le nom du castrum Raiirncensc, que la Nolilia mentionne également à pro- pos de ha Séquanie, et qui rappelait le souvenir des anciens liau- raci, n'a pas davantage survécu, ce castrum ayant repris son nom d'Augusta, aujourd'hui Aiiffs/ /Suisse, canton de Bâle).

ORir.hNKS ROMAINES : SOUVENIRS DES ANCIENNES POPULATIONS lOo

422. Les deux cités de la province des Alpes Graies et Pen- nines étaient désignées par des noms de peuples : Centrones et Vallenses : ces deux noms ont rendre la place aux noms pri- mitifs Darantasia aujourd'hui Moiitiers-en-Tareniaise (Savoie), et Octodurum ; mais le nom des Vallenses est devenu celui de la région, le Valais, qui est l'un des cantons de la Confédération suisse ; il est à noter, d'autre part, que le nom d'une des quatre tribus qui composaient la cité des Vallenses, les Seduni, est l'oi-igine du nom de Sion, capitale du Valais.

423. Dans la Viennoise, formée d'un démembrement de la Province romaine, une seule cité sur treize portait un nom de peuple, Tricastini, substitué à Augusta : ce nom subsiste, avec une dérivation qui résulte d'une étymologie populaire, dans le surnom de la ville de Sai/ï/-Pat//-Trois-Ghâteaux (Drôme).

La Première Aquitaine comptait huit cités, dont sept dési- gnées par des noms de peuples gaulois : Bituriges, Arverni, Ruteni, Cadui'ci, Lemovices, Gabales et Vellavi.

424. Le nom des Bituriges, accentué sur l'antépénultième, et qu'on substitua au nom de ville Avaricum, a produit le nom moderne Bourges (Cher), anciennement Beorges ou Beourges ; c'est d'un adjectif Bituricum, accentué sur la pénultième, qu'est dérivé le nom de province Berry.

425. Le nom des Arverni, qui a remplacé le nom de ville Augustonemetum, a lui-même été abandonné à l'époque caro- lingienne pour le nom Clarus Mon s, qui désignait la citadelle de la cité arverne, aujourd'hui Clermont (Puy-de-Dôme). Mais c'est d'Arverni que dérive le nom de région Arvernia ou Alvernia, en français Auvergne. La forme basse Alvernis (jui, dans des textes carolingiens, désigne plusieurs villages de la France septentrionale, rappelle vraisemblablement de petites colonies auvergnates : elle est l'origine des noms d'Auvers-sf//'- Oise et d^ Auvers-Sainf-Georges (Seine-et-Oise), dont le second a un diminutif, Auvernaux (Seine-et-Oise), dans lequel ïn s'est conservé, Arverni ou Alverni semble être aussi la ratine d'Alvernicum, dénomination primitive de Vernègues ! Houches- du-Rhône).

426. Hutenis. (|ui s'est substitué à Segoduiuim, n produit

IO(i LKS NOMS DE lAF.V

Rodez (Aveyron), moyennant la chute de Yn latin placé entre deux voyelles ; son dérivé Rutenicum, accentué sur l'antépé- nultième, est l'origine du nom du Rouergue.

427. Le nom des Cadurci. qui remplaça le nom de ville Divona. est l'orig-ine du nom de Cahors (Lot) ; son dérivé Cadurci num a produit, par la double chute de la dentale et de In intervocaux, le nom territorial de ûuercy.

428. Lemovices. substituée Aug-ustoritum, et son dérivé Lemovicinum ont donné respectivement Limoges (Haute- Vienne) et Limousin. Le villag-e de Limoges (Seine-et-Marne), qu une charte du roi Robert appelle Lemovices, représente évidemment une ancienne colonie de Limousins.

429. Cabales, qui a pris la place d'Anderitum, est le thème étymologique du nom de Javols (Lozère), et son dérivé Gabalitanum, celui du mot Gévaudan. Les éditeurs des Afonw- menta Germaniae hisforica ont traduit pagus Gabaldanus, qu'ils ont imprimé Galvadanus, par Calvados, erreur d'autant plus étrange que la notoriété du Calvados ne date que de la créa- tion du département de ce nom.

430. Le nom de Vella vi, substitué au nom de lieu Revessio, a été lui-même remplacé au cours du moyen âge par le nom de Sainf-Paulien (Haute-Loire), emprunté à un sanctuaire chrétien, mais, grâce à son dérivé Vellavicum. puis Vellaicum, le souvenir en est conservé dans le nom du Velay, que porte leur ancien pays.

Dans la Seconde Aquitaine, trois noms de cités sur six sont des noms de peuples : Sanlone.s, Pictavi et Pefrocorii.

431. Le vocal de Santones, qui a pris la place du nom de ville .Mediolanium, étant accentué sur l'antépénultième, a pro- duit le nom (\v Saintes 'Charente-Inférieure), et son dérivé S an- ton i eu m it produit le nom de la Saintonge.

432. Pictavi, variante du nom di's anciens Lie to ne s, ou pluir)t son cas oblicjue Pictavis pareil fait a été signalé poiu' Andegavis est le thème étym(»logi(|ue du nom de Poitiers (N'ieiine], ville originairement connue sons le nom deLemonum. Le nom du PoitOU Nient de Piclavum.

433. l'elrocorii, substitué ii \c'sunna, et son dérivé I' elrocoi- i cum, accentué sur l'antépénultième, ont donné res- |)e(livernent Périgueux ''1 )<ir(logne i et Périgord.

ORUilNES ROMAliNES : SOUVENIRS DKS ANCIENNPIS POPULATIONS 107

Sur douze noms de cités, la Novempopulanie n'en comptait que quatre qui fussent des noms de peuples : Convenae, Conso- ranni^ Vasates et Aiiscii.

434. Les deux premiers de ces noms, qui avaient été substitués, le premier à Lugdununi, le second peut-être à Austria. ne paraissent pas avoir survécu au monde romain ; toutefois, ils subsistent dans les noms de pays Cominges Gon venicum et GouSerans Consoranum qui désignent aujourd'hui encore le territoire de ces deux cités.

435. Vasates, qui a pris la place de Gossium, se retrouve aujourd'hui dans le nom de Bazas (Gironde).

436. Le nom des Auscii, qui a détrôné les noms successifs d'Elimberris et d'Aug-usta, a produit le nom d'Auch (Gers).

437. La Notifia p\a.ce encore dans la Novempopulanie la civitas Boiatium, dont on ignore l'emplacement exact, mais dont le territoire, pagus Boicus, devint l'une des divisions du diocèse de Bordeaux, l'archiprêtré de Buch ; dans Boiates et dans Boicus on reconnaît le nom des Boii, duquel dérivent ceux delà Bohême, Boiohemum et de la Bavière^ Boioaria.

Aucune des cités de la Première Narbonnaise n'était désignée par un nom de peuple.

438. La Seconde Narbonnaise, sur sept cités, n'en oll're qu'une seule, la civitas Reiorum, qui soit désignée par un nom de peuple : c'est de ce nom que provient celui de Riez (Basses- Alpes).

439. Dans la province des Alpes-Maritimes, la Xofitia ne désigne aucune des huit cités par un nom de peuple ; mais la métropole de cette cité, Embrun, était comprise dans la cité des Gaturiges, dont le nom se retrouve dans celui de Chorges (Hautes-Alpes). Que les Gaturiges aient, comme les Arverni et les Lemooiccs, colonisé hors de leur pays, le fait paraît résulter de ce que leur nom est attribué parla Table de Peutiiiger, à l'une des stations de la voie de Reims àToul, station dont l'emplace- ment est marqué par la ville actuelle de Bar-le-l)uc (Meuse).

XXIV LIMITES DES CITÉS

440. Les textes itinéraires de l'époque romaine mentionnent des stations désig'nées seulement par le mot Fines; on n'en compte pas moins de dix-sept en Gaule. Grâce aux ressources qu'offrent, pour la connaissance du territoire des anciennes cités, les documents relatifs à la géographie ecclésiastique du moyen âge, on arrive, pour la plupart de ces stations, à une certitude absolue touchant leur situation aux confins de deux cités ; les cas exceptionnels pareille preuve n'a pu être faite, sont impu- tables évidemment à l'insuffisance des moyens d'information dont on dispose actuellement.

441. Les localités du nom de Fines qu'on rencontre dans les documents itinéraires, étaient le plus souvent de simples relais de poste qui n'auront pas survécu k la chute de l'empire romain : deux seulement d'entre elles, Pfyn et Fismes, ont conservé, plus ou moins altérée, leur appellation primitive. En revanche, la nomenclature topographique de notre pays fournit plusieurs autres localités qui, bien quelles ne soient pas nommées dans les textes antiques, représentent, sans nul doute, des Fines pri- mitifs.

442. Fains-/a-Fo//p (Eure-et-Loir), au diocèse de Chartres, était éloigné de cinq kilomètres seulement du diocèse d'Orléans. La graphie Fains est condamnable, car elle fait d'un Fines antique l'équivalent des noms qui paraissent représenter le latin Fa nu m.

443. C'est également à l'ancienne limite des mêmes diocèses (juest situé Feings Loir-et-Cher), dont un homonyme, compris dans le département de l'Orne, appartenait au diocèse de Sées, et confinait à celui (k- Chartres.

444. Le nom de Feins (llle-et-\'ilaine, Loiretj, désigne deux localités sises aux confins, la jjrt'micre des diocèses de Hennés et de Sîiint-Malo, la seconde de ceux de Sens et d'Auxerre ; la paroisse de Sainf-Michel-dr-YeiïiS (Mayoniu'), au diocèse d'An- gers, était contiguë au diocèse du Mans.

ORIGINES ROMAINES : LIMITES DES CITÉS 109

445. Fins (Somme) était du diocèse de Noyon, aux confins de celui de Cambrai.

446. Yix-Saint-Geneys eiTix-Villeneuve, qu'on appelle aujour- d'hui Sainte-Eugénie-de- Villeneuve (Haute-Loire), appartenaient, avant 1317, au diocèse de Clermont, près des limites de celui du Puy. La forme Flx procède de la chute de Yn latin intervocal, phénomène observé déjà à propos du nom de Rodez.

447. Fismes (Marne), à la limite des diocèses de Reims et de Soissons, est l'un des Fines de l'Itinéraire d'Antonin : la forme insolite de son nom s'explique par le datif Finibus, l'm résul- tant du contact de Yn et du h, après la chute de Vi atone de la désinence.

448. Hinx (Landes) est le nom d'une paroisse de l'ancien dio- cèse de Dax, confinant à celui d'Aire ; la transformation de 1 /' latin en h est un fait phonétique commun à l'espag-nol et au dia- lecte gascon.

449. Hix. hameau de Bourg-Madame (Pyrénées-Orientales) est situé près de la frontière espagnole qui, sans doute, a toujours été une ligne de démarcation.

450.. Pfyn (Suisse, Thurgovie) est le Fines placé, par l'Itiné- raire d'Antonin, sur la route à'Augusta Vindelicorum à Trêves. La situation de Pfyn correspondait à la limite même de la Gaule, car, à partir de ce point, la mesure itinéraire des Romains, le mille, fait place à la lieue gauloise.

451. Le nom commun fines nest pas le seul qui ait été employé à l'époque romaine pour désigner, en Gaule, des locali- tés situées sur les confins de cités. On paraît s'être servi, dans le même ordre d'idées, du nom commun limes, au génitif limitis, qui est l'origine de notre mot limite. En effet, une charte de 813 prouve que Limites était le nom primitif du village de Linthes \ (Marne), sis à l'ancienne limite des diocèses de Troyes et de Châlons. Peut-être faut-il reconnaître le même nom commun dans la dernière partie du nom de Ghamplitte (Haute-Saône), qu'à 1 époque mérovingienne on appelait Cantolimete.

XXV

SANCTUAIRES

Parmi les noms de lieu qui attestent l'influence de la civili- sation romaine en Gaule, ceux qui rappellent le souvenir des divinités du paganisme, ou, pour mieux dire, des sanctuaires qui leur étaient consacrés, ne sont pas les moins intéressants.

Ces noms de lieu sont de deux sortes : les uns représentent un nom commun fa nu m. par exemple régissant un nom de divinité; les autres sont dérivés dun nom divin, au moyen d'un suffixe, ou bien présentent le nom divin accompag-né de la préposition ad.

452. Les noms composés à l'aide du mot fanum ne sont pas les plus nombreux, et les textes de 1 époque romaine n'en font connaître que trois pour la Gaule : deux Fanum Martis et un Fanum Minervae.

453. De même que les noms d"Aix (Bouches-du-Rhône), de Cologne (Prusse rhénane), de Fos (Bouches-du-Rhône) et de Luc-en-Diois (Drôme), représentent les antiques Aquae Sextiae, Colonia Agrippina, Fossae Marianae et Lucus Augusti, de même il est permis d'admettre que, dans un certain nombre de noms de lieu comprenant le mot fanum et un déterminatif, ce dernier est tombé en désuétude : de les noms de Fain-Z^s- Monthard, de Tain-lès-Mou fiers 'Cùte-dOr) et de Fains (Cal- vados, Eure, Meuse). Dans les pays de langue d'oc, fanum a produit fan, ou fa, par la chute de Vn : la Hoque-de-TB. (Aude).

454. Le nom de Jupiter, qui .se présente, à l'époque romaine, dans les noms géographi(juos Ad Jovem et Fanum Jovis, se retrouve aujourd'hui dans les noms do lieu Jeu (Indre), Jeux (Cote-d'Or), Joux (Rhône I, si toutefois ces noms ne représentent pas un mot gaulois latinisé jugum, au sons do a montagne », comme cela se constate ;i piopos do Brnii/ru. synonyme de Boau- nioul ; d;ins le nom de Montjoux. (pii ;• désigné le Grand-Saint- Bernard, s'élevait un [iuij)lo dfdii' il Jupilor; dans la dernière partie du nom do Sinri/-/'unl-(!ajt-tlc-3o\iX (Tarn), lieu riche en

UUlGl^ES ROMAINES : SANCTUAIRES 111

antiquités romaines, l'on découvrit, dit-on, une tête de Jupi- ter. Les noms de Fanjeaux (Aude et de Fanjoux (Haute- Garonne) ont pour thème étymologique Fanum Jovis.

455. Mercure est peut-être la divinité dont la toponomastique française évoque le plus fréquemment le souvenir, en raison sans doute de l'importance et de l'universalité du culte d'une divinité gauloise qui fut, après la conquête romaine, assimilée au fils de Maia. De les noms de lieu mjodcrnes Mercœur (Gorrèze, Haute-Loire), Mercoire (Lozère), Mercuer (Ardèche), Mercuès (Lot), Mercueil (Côte-d'Or), qui se prononce Merqucux ; leurs diminutifs Mercoiret (Gard), Mercuriol (Gard), Mercurol (Allier, Drame et Puy-de-Dôme). De aussi l'expression Mons Mer- curii, qui d'une part a désigné Montmalchus ou Saint-Michcl- Mont-Mercure (Vendée), et qui, d'autre part, fig-ure dans la chronique dite de Frédégaire, sous la forme Mercori Mons pour désigner la hauteur de Montmartre, aujourd'hui comprise dans l'enceinte de Paris ; à vrai dire, Montmartre procède, non pas de Mons Mercurii, ce dernier mot étant accentué sur l'an- tépénultième, mais bien de lappellation Mons Martyrum, que l'usag-e populaire fil prévaloir, soucieux d'abolir le souvenir d'un culte païen dans un lieu qui passe pour avoir vu le martyre de saint Denis et de ses compagnons.

456. Le nom de Mars se retrouve dans Famars (Nord) le Fanum Martis de la Notitia. dujnitatum iinperii et dans Talmas (Somme), qui traduit Te mplu m Martis. Il est possible que Mars, nom porté par des localités de diverses régions de la France, provienne parfois de quelque sanctuaire du dieu guerrier ; mais cela n'est pas vrai pour toutes, car Mars (Ardennes) est appelé Medarcum dans le latin du moyen âge. Chamars (Eure-et-Loin est désigné a.u ix^ siècle par Campus Martis.

457. Le nom de Vénus subsiste dans plusieurs noms de lieu : Vendres (Hérault), dérivé d'un cas oblique. Venerem par exemple, du nom de la déesse ; Port-Vendres (Pyrénées-Orien- tales), le Portus Veneris de Pompouius Mêla ; Monivendre (Drome), Mons Veneris.

458. Le nom de Minerve se retrouve aujourd'hui dans Minerve (Hérault), dans Menerbes (Vaucluse), et dans Menesbles iCote- d'Or).

459. Le nom de Diane est l'origine de ceux de Dienne (Can-

112 LES NOMS DE LIEU

tal) et de Dieniies (Nièvre). Le surnom de Villiers-en-j)ésœ\ivre (Eure) i-eprésente Dianae SiU^a, silva ayant subi la même altération que dans le nom bizarrement écrit de Pleines-OEuvres (Calvados) qu'a produit Plana Silva.

460. Le nom de Latone, mère de Diane et d'Apollon, est le thème étymolog-ique du nom de Losne (Côte-d'Or) que la chronique de Frédégaire appelle effectivement Latona et peut-être aussi celui de Lannes (Haute- Marne).

461. Le nom de Cupidon paraît être l'origine de Cupedonia, pour Cupidonia, qui, au viii* siècle, désigne Gouvonges (Meuse). La formation de Cupidonia serait aussi régulière que celle du nom de lieu Apollonia, fréquent dans l'antiquité.

462. Enfin, et l'on pourrait sans doute en citer bien d'autres, certains noms de lieu de la France méridionale et de l'Espagne rappellent le souvenir d'une divinité romaine que l'on nommait Tutela. et dont le culte reposait essentiellement sur une méto- nymie, car il consistait à adorer, sous ce vocable, le dieu inconnu protecteur d'une ville. Le nom de Tutela, considéré comme celui dune divinité, n'apparaît guère que dans les inscriptions du sud- ouest de la Gaule, de l'Espagne et des bords du Rhin ; il est l'origine des noms de Tulle (Corrèze) et de Tudela (Espagne). On sait qu'à Bordeaux, les ruines du grand sanctuaire de Tutela sont dénommées « piliers de Tutelle ».

463. Le souvenir d'Apollon paraît n avoir été rappelé, dans la toponomastique de notre pays, que par l'ancien nom de la ville de Riez (Basses-Alpes), Reii Apollinares ; mais ce détermina- tif Apollinares n'a pas survécu, semble-t-il, à la civilisation romaine, (^uant aux noms Polignac, Poligmj, qu'on a souvent apparentés à celui d'Apollon, on sait maintenant que la forme latine en est Podem[)niacus ou Polemniacus. Mais à défaut de dérivés du nom divin A polio, on compte en France plus d'un vocable rappelant le nom d'une des divinités gauloises assimilées par- les Romains à Apollon.

464. Parmi ces dieux indigètes de Gaule, il faut citer en pre- mier lieu Belenus, (jue mentionnent des inscriptions votives de l'époque romaine retrouvées à Langres, à Vienne et à Clermont- Ferrand, et dont parle aussi le j)oète Ausone. (Test dans le nom de Belenus. acc(Mitué sur l'aMtépénultième, (]u il faut chercher l'origine (I<^s noms «U; Beaune (Allier, (iorrè/.e, Gôte-d'Gr, Haute-

ORIGINES ROMAINES ! SANCTLIAIRES II3

Loire, Loiret, Puy-de-Dôme, Savoie, Haute-Vienne), de Beaulne (Aisne), Baulne (Aisne, Seine-et-Oise) ; cette origine, phonétiquement rég-ulière, est d'ailleurs attestée par la légende BELENO CAS[TRO] d'un triens mérovingien, qui est la plus ancienne mention de Beaune (Côte-d'Or). A Bêle nu s on doit rapporter Beaunotte (Gôte-d'Or), caractérisé par une désinence diminutive moderne, et sans doute aussi Belenas et Mons Belenatensis, noms sous lesquels on désignait, au vi^ siècle. Saint- Bonne t-prèa-Biom (Puy-de-Dôme). Belenas est vraisem- blablement une forme adjective, de même que Belenacus qui paraît être le thème étymologique de Beaunay (Marne, Seine- Inférieure).

465. Borvo ou Bormo les inscriptions de l'époque romaine présentent l'une et l'autre de ces formes fut aussi considéré comme le même dieu que l'Apollon des Grecs et des Romains : une inscription votive de Bourbonne-les-Bains porte en effet DEO APOLLINI BORVONI. En réalité, Borvo ou Bormo était une divinité indigète à laquelle nos plus anciens ancêtres consa- crèrent plusieurs des eaux thermales qu'ils avaient su apprécier et utiliser. Les monuments épigraphiques mentionnent, en effet, le dieu Bormo aux stations de Bourbonne-les-Bains et d'Aix en Savoie, et le dieu Borvo à Bourbon-Lancy, à Bourbon-l'Archam- bault, et encore à Bourbonne-les-Bains. Il est probable que toutes ces stations étaient désignées, au temps des Romains sous le nom d'Aquae Bormonis la Table de Peutinger atteste le fait pour Bourbon-Lancy ou d'Aquae Borvonis ; mais chacune n'aurait, dans ce cas, gardé qu'une partie de son appel- lation antique, car les noms de BourbOïl-Z-anc.?/ (Saône-et-Loire), de 'Qo\XThow-l' Archanihaiilt (Allier), et de Bourbonne-/es-J5ams (Haute-Marne) représentent le cas oblique du nom divin Borvo, tandis que le vocable de la ville d'^ta^-les-Bains (Savoie) est la transcription romane du latin A qui s, qui a également fourni les noms d'^f'a^-en-Provence, d'^t.r-la-Ghapelle, de Dax (Landes), anciennement Acqs, et à' Ax (Ariège).

466. Le dieu gaulois Grannus, connu par'sjdes inscriptions rhénanes, était également assimilé à Apollon, témoin la dédi- cace APOLLINI GRANNO, qu'on voit, gravée sur la pierre, k, Erp (régence deGologne), à Neuenstadt (Wurtemberg) et à Hor- bourg (Alsace). On lui consacrait, comme à Borvo, K^s sources

Les noms de lieu. 8

*H4 LES NOMS DE LIEU

thermales : de laie nom d'Aquae Granni, qui désigna Aix-la- Chapelle jusqu'au temps de Gharlemagne. C'est sans doute aussi ce nom divin que reproduit la dénomination de Grand (Vosg-es), jadis Gra/i, localité bien connue des archéologues en raison des vestiges romains qu'on y a découverts.

467. La dédicace APOLLINI VIROTVTI d'un autel romain dont on a retrouvé les vestiges en 1844, près d'Annecy, fait con- naître une autre des divinités indigètes qui furent, après la con- quête romaine, assimilées à Apollon. Virotus ou Virotutes paraît offrir l'explication du nom de Vertus (Marne), et de celui d'une autre localité de la même région, Vertuelle, dont le nom n'a pris la terminaison diminutive qu'à une date relativement récente.

468. Vellaunus est une des divinités gauloises qui ont été rap- prochées du Mercure romain ; on lit, en effet, sur un autel décou- vert en 1857, dans le mur du cimetière d'Hiéres (Isère) : DEC MERGVRIO VlCTORl MAGNIACO VEILAUNO. Sans doute peut-on tirer de l'explication du nom de Vellaunodunum, que portait, au temps de Jules César, l'un des oppida des Senones.

469. Le nom d'un autre Mercure gaulois, Artaius, figurait sur un autel votif découvert au xviii^ siècle, près de Beaucrois- sant (Isère) : MERGVRIO AVGVSTO ARÏAIO ; le lieu même de cette découverte était appelé Artay. C'est peut-être à la même divinité que le village d'Artaix (Saùne-et- Loire) doit son nom.

470. Le dieu Vin tins, adoré .surtout dans la région alpestre ou rhodanienne, était peut-être, en raison de cette circonstance, une divinité ligure plutôt que gauloise. Certains traits caracté- ristiques le (iront considérer comme une sorte de Mars^ d'où la dédicace MARTI VINTIO trouvée à Vence (Alpes-Maritimes) ; ailleurs, ou du moins à Seyssel (Ain), c'est à PoUux qu'on l'assimilait, comme en fait foi la dédicace DEO VINTIO POL- LVCI, gravée sur un autel découvert en ce lieu. Il est intéressant de constater que le souvenir de l'un et l'autre des sanctuaires auxquels on doit ces deux inscriptions s'est conservé dans le nom de la ville d(^ Vence, el dans celui de Vence ou Vens, que porte une coljine voisine de Sevssel.

ORIGINES ROMAlMiS : SANCTUAIRES H5

471. La déesse gauloise Belisama, assimilée à la Minerve romaine dans une inscription de Saint-Lizier (Arièg-e), a égale- ment donné son nom à plusieurs localités de notre pays. Du moins, Belisama, accentué sur l'antépénultième, paraît être le thème étymologique des noms de Bellême (Orne) et de Blesmes (Aisne, Marne).

472. Il convient de citer encore la déesse Andarta, dont le culte fut apparemment très populaire chez les Vocontii, puisqu'on ne cite pas moins de huit inscriptions votives en son honneur : DEAE ANDARTAE ou DEAE AVGVSTAE ANDARTAE dans l'ancienne ville romaine de Die (Drôme) ou aux environs. Toutes ces inscriptions font précéder le nom d'Andarta du titre de « déesse », dea, sous lequel il est vraisemblable qu'on dési- gnait vulgairement Andarta, puisque c'est de ce mot que vient le nom même de Die.

473. En se bornant à n'envisager ici que des divinités dont le culte et le caractère ne peuvent être discutés, on a voulu ne pas risquer de considérer comme formés de noms divins, des noms de localités qui ont, tout au contraire, servi à désigner les génies protecteurs de celles-ci. C'est pourquoi on a passé sous silence la déesse Bibracte, honorée au mont Beuvray, et les dieux Aramo, Letinno, Nemausus et Vasio, honorés respective- ment à Ara/non (Gard), à Lédenon (Gard), à Nîmes (Gard) et à Vaison (Vaucluse).

XXVI VOIES ROMAINES

474. Parmi les noms de lieu empruntés à diverses circonstances du parcours des voies de l'Empire romain, il n'en est point dont le sens soit moins douteux que celui des stations mentionnées par les Itinéraires, sous les noms Ad Quintum, Ad Sextum, Ad Septimum, etc. L'examen des textes qui les concernent prouve que ces localités devaient leurs vocables à leur situation sur une route, aux cinquième, sixième, septième... milliaire, par rapport au chef-lieu de la cité dont elles dépendaient, car ces adjectifs numériques étaient marqués sur le milliaire même, et la numérotation commençait ordinairement au chef-lieu de la cité, pour se terminer aux confins de son territoire. Les noms Ad Quintum, Ad Sextum, étaient des locutions vulgaires pour Ad quintum lapidem. Ad sextum lapidem.

475. Beaucoup d'autres localités, que n'indiquent pas les iti- néraires romains, portaient des noms analogues. En Gaule, du moins, on peut signaler quelques noms de lieu empruntés aux milliaires des voies romaines qui, en dehors de la Province romaine, étaient distants l'un de l'autre d'une lieue gauloise, soit de 2.222 mètres, tandis que le mille romain, employé dans la Province comme dans la plupart des parties de l'Empire, ne mesurait <|ue 1.481 mètres. Voici ces noms de lieu, selon l'ordre numérique :

476. Quartes, hameau de Pont-sur-Sambre (Nord), le locus Quartensis de la Nolitia dujnilalum imperli romani, doit évi- demment son nom au quatrième milliaire de la voie romaine de Bavai à Reims.

477. Sixte, hameau de Michery (Yonne), mentionné, dès 803, sous le nom de Sexta, était au sixième milliaire de la voie (jui, de Sens, se dirigeait sur Paris.

478. Septême (^ Isère et Oytier (Isère), sur la voie anti(jue de Vienne a Genève, sont situéii à sept et huit milles romains de la première de ces